Football: la France face à ses fantômes

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LA FRANCE FACE À SES FANTÔMES
LA FRANCE FACE À SES FANTÔMES

par Simon Carraud

PARIS (Reuters) - A un match près, la France du football a failli revenir près de vingt ans en arrière, en 1994 précisément, à une époque où le Paris Saint-Germain était champion et où le pays ne participait pas à la Coupe du monde.

Mais voilà : si le PSG a bien reconquis son titre en 2013, les Bleus ont arraché in extremis leur billet pour le Brésil et chassé le spectre d'Emil Kostadinov, l'homme qui avait privé leurs aînés du voyage aux Etats-Unis il y a deux décennies.

En marquant à la 90e minute d'un match que la France ne devait pas perdre, le Bulgare avait précipité la fin de Jean-Pierre Papin et d'Eric Cantona, sous le maillot bleu du moins. En 2013, l'histoire a bégayé, mais ne s'est pas répétée.

Tout s'est joué quelque part entre le 15 et le 19 novembre, entre une défaite 2-0 contre l'Ukraine en barrage aller du prochain Mondial et une victoire 3-0 en laquelle plus grand monde, même parmi les supporters, ne voulait croire.

Subitement, le pays, qui s'apprêtait à ouvrir le procès de l'ère Didier Deschamps, a replongé au moins pour un temps dans l'euphorie du tournant des années 2000, quand ses footballeurs régnaient sur le monde.

Une image restera peut-être, celle de la Marseillaise improvisée par Olivier Giroud et reprise en choeur par ses coéquipiers puis par le Stade de France en communion, pour une fois, avec ses joueurs.

Par la grâce de cette qualification inattendue, tout s'est comme envolé : les insultes de Patrice Evra adressées à des consultants ès football quelques semaines auparavant, les sondages calamiteux, les fantômes de Knysna où avait sombré la génération Raymond Domenech et celui, tenace, de ce France-Bulgarie de novembre 1993.

Et la France s'est tout à coup souvenue qu'elle avait sous la main d'honnêtes joueurs, à commencer par Franck Ribéry, désigné par l'UEFA comme le meilleur d'Europe cette année, devant Lionel Messi et Cristiano Ronaldo.

Grisé par ce titre, l'ailier du Bayern Munich fait campagne pour le Ballon d'or qui se jouera en janvier entre lui, le Portugais et l'Argentin, diminué cette année par des blessures.

L'ancien Marseillais doit sa présence aux côtés de ces deux habitués à ses qualités propres mais également à sa participation à l'incroyable saison du Bayern, couronnée par un triplé championnat-Coupe-Ligue des champions et une leçon magistrale infligée au FC Barcelone, 7-0 en deux matches.

LE SECRET D'UNE MI-TEMPS

Hormis Franck Ribéry, il y a dans cette équipe de France-là deux espoirs du football mondial, qui n'avaient que quelques mois lorsque Kostadinov a tiré sous la transversale de Bernard Lama : le milieu Paul Pogba et le défenseur Raphaël Varane.

Avec eux, la France n'a pas gagné par miracle un statut de favori pour le Mondial mais, dans un parfum d'année pré-électorale, ce moment où chacun aiguise ses arguments et évalue sa capacité à supplanter le sortant, elle a retrouvé un peu de sa confiance perdue.

En réalité, ce regain d'optimisme s'est produit en deux moments-clés : lors de la double confrontation contre l'Ukraine mais aussi, en secret, à la mi-temps d'un match en Biélorussie, au mois de septembre, alors que les Bleus étaient menés 1-0.

Avant ? La France a perdu contre l'Allemagne, le Brésil, l'Uruguay en matches amicaux et contre l'Espagne en éliminatoires. Après ? Elle a renversé la Biélorussie, écrasé l'Australie et pris son billet pour l'Amérique du Sud.

Là-bas, à des milliers de kilomètres de Paris, la tâche ne sera pas facile car, outre le pays hôte, les anciens vainqueurs de la Coupe du monde convergeront tous vers le Brésil : Italie, Uruguay, Argentine, Allemagne, Angleterre, et Espagne.

Mais la France aura au moins un premier tour à sa portée avec le Honduras, l'Equateur et la Suisse, quand l'Italie devra se frotter à l'Angleterre, à l'Uruguay et au Costa Rica et le Brésil au Mexique, au Cameroun et à la Croatie.

Les dés, jetés début décembre, ont roulé en faveur de la France.

En gagnant ainsi sa place au soleil du Brésil, Didier Deschamps, l'un des acteurs français de la tragédie du match France-Bulgarie, a obtenu le droit d'emmener ses joueurs - sauf catastrophe - jusqu'à l'Euro 2016 en France.

D'où cette question sourde : le Mondial 2014 ne sera-t-il, pour les Bleus, qu'une compétition transitoire en attendant l'échéance suivante sur leur sol ?

Le président de la Fédération française de football a quand même assigné un objectif minimal à son équipe à l'issue du tirage au sort miraculeux pour les Bleus : "Sortir de cette poule."

Pour le PSG, les choses paraissent plus limpides. Depuis sa reprise en main pas un fonds d'investissement qatari en 2011, le club joue chaque match pour le gagner et chaque tournoi pour le remporter.

Cette obsession de la victoire avait cours sous le mandat de l'entraîneur italien Carlo Ancelotti, qui a guidé le club en mai à son premier sacre en championnat depuis 1994, le premier depuis Vincent Guérin, David Ginola, Rai et consorts.

Une fois le titre acquis, l'Italien a refait ses cartons et pris la direction du Real Madrid pour y remplacer José Mourinho, lui-même parti à Chelsea.

A Madrid, Carlo Ancelotti couve désormais les deux hommes les plus chers de l'histoire du football, Cristiano Ronaldo et le Gallois Gareth Bale, recruté à Tottenham pour une somme dont on ne connaît toujours pas avec certitude, plusieurs mois après, le montant précis - entre 90 et 100 millions d'euros.

119E FORTUNE MONDIALE

Tout cumulé, ces deux-là pèsent près de 200 millions d'euros.

Le départ de Carlo Ancelotti et son remplacement par Laurent Blanc, énième choix des propriétaires qataris, n'ont toutefois eu aucune incidence sur la faculté du PSG à gagner, à gagner encore et à gagner - presque - toujours. Au contraire.

Les Parisiens ont enchaîné 36 matches sans défaite, entre un déplacement le 2 mars au stade Auguste-Delaune de Reims et un crochet par le Parc des Sports d'Annecy, le stade d'Evian, le 4 décembre.

Si le PSG enchaîne les bons, voire les très bons résultats avec une telle régularité, c'est qu'il a fini par trouver une formule stable et efficace autour de la colonne vertébrale Thiago Silva - Thiago Motta - Zlatan Ibrahimovic.

Et l'attaquant suédois, qui a ajouté encore cette année quelques pages à l'album de ses plus beaux buts, est désormais épaulé par l'Uruguayen Edinson Cavani, dont la valeur marchande s'est élevée en juillet à 64 millions d'euros, un record en France.

Quelques soubresauts ont, certes, alimenté la chronique parisienne : débordements lors de la célébration du titre au Trocadéro, lourde suspension infligée au désormais ex-directeur sportif Leonardo pour un coup d'épaule à un arbitre, suivie de son départ.

Mais le PSG a définitivement réussi, fin 2013, sa mutation de club correct de Ligue 1 à candidat sérieux - mais pas unique - au titre le plus convoité du continent, la Ligue des champions.

Parti à la conquête de l'Europe, le PSG devra tout de même surveiller ses arrières, d'autant qu'un nouveau rival à sa mesure s'est levé un peu plus au sud, l'AS Monaco, revenu en Ligue 1 avec des moyens colossaux et une ambition au diapason.

Deux hommes incarnent ce Monaco nouveau : le propriétaire et président, l'homme d'affaires russe Dmitry Rybolovlev, 119e fortune mondiale selon le classement du magazine Forbes, et l'attaquant colombien Radamel Falcao, venu pour 60 millions d'euros.

Les Monégasques semblent devoir suivre le sillon tracé par le PSG. Asseoir son autorité sur la France d'abord, sur l'Europe ensuite.

Actuellement deuxième de Ligue 1, l'ASM est bien partie pour retrouver la Ligue des champions dont elle a atteint la finale en 2004 et les demi-finales à deux reprises.

La première fois, c'était il y a près de vingt ans, en 1994 précisément.

Edité par Olivier Guillemain

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