Football: la formation, une indispensable tradition française

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LES TALENTS DU FOOTBALL ISSUS DES CLUBS DE FORMATION
LES TALENTS DU FOOTBALL ISSUS DES CLUBS DE FORMATION

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - Ils s'appellent Neal Maupay, Florian Thauvin ou Lucas Digne et sont les derniers enfants de la formation française, devenue une référence mondiale mais aussi, à l'heure de l'austérité en Ligue 1, un vivier plus nécessaire que jamais.

Qu'ils découvrent l'élite, comme le Niçois de 16 ans ou le Bastiais de 20 ans, en imposent déjà à 19 ans tel le défenseur lillois, ils font partie des visages parfois poupins qui repeuplent le championnat chaque semaine ou presque.

Exsangues pour la plupart, avec un déficit cumulé en Ligue 1 établi à 130 millions d'euros la saison dernière, de plus en plus de clubs ont recours aux jeunes. "C'est le sens de l'histoire", disait cet hiver le président de l'OM, Vincent Labrune.

Lyon, dont le centre de formation a vu éclore Karim Benzema, Loïc Rémy ou Ludovic Giuly, est l'exemple de ce rééquilibrage. Il a ainsi aligné neuf joueurs formés au club en Ligue Europa à Prague, en novembre.

Contraint d'éponger de lourdes pertes (28 millions d'euros la saison dernière) donc de mettre un frein aux recrutements dispendieux opérés ces dernières années, l'OL a misé un peu plus qu'à l'habitude sur ses joueurs d'avenir.

Son centre de formation, troisième du classement 2012 de la Fédération française de football (FFF) derrière ceux de Sochaux et Rennes, est plus qu'un fournisseur de joueurs d'appoint pour le groupe professionnel, actuel quatrième de Ligue 1.

Trois des quatre joueurs les plus utilisés cette saison - Maxime Gonalons, Alexandre Lacazette et Steed Malbranque - en sont issus. Clément Grenier et Samuel Umtiti sont apparus lors de 21 des 31 premières journées de championnat.

L'OL investit dix millions d'euros par an dans son centre, soit près de 8% de son budget annuel, et se situe ainsi dans la moyenne des clubs performants dans ce domaine.

Certains l'ont toujours fait, comme Sochaux, meilleur club formateur de France selon le dernier classement de la FFF qui tient compte de critères sportifs mais aussi de l'éducation scolaire, des conditions d'accueil et d'encadrement.

"POUMON DU CLUB"

Les 33 centres de formation agréés sont soumis à des règles strictes, la première condition pour être homologué étant une présence de trois années consécutives en Ligue 1 ou Ligue 2.

"Il y a des obligations dans les conventions de formation: formation scolaire, hygiène alimentaire, formation sur le dopage, etc.", rappelle Jean-Luc Ruty, directeur du centre de Sochaux.

Chacun définit ensuite l'âge de recrutement -entre 11 et 15 ans, voire moins s'il existe une "école de foot"-, le périmètre ou le nombre de joueurs pris en charge -d'une trentaine comme à Rennes, meilleur centre de 2005 à 2012, à une soixantaine.

Sochaux est l'un des premiers à s'être doté, en 1974, d'un centre de formation, après Nantes ou Saint-Etienne. La structure est rapidement devenue le "poumon du club", selon Jean-Luc Ruty.

Elle compte pour "un petit 10%" du budget total et, outre qu'elle fournit beaucoup de joueurs à l'équipe première, permet au club de vivre, selon Ruty: "En trois ans, on a (transféré) Marvin Martin et Mevlut Erding, dix et neuf millions."

Dans le Doubs, les joueurs sont repérés et recrutés dès 12 ou 13 ans, grâce aux détections fédérales ou au travail "d'une dizaine de 'scouts' sur presque toute la France, qui ont l'habitude de connaître les bons clubs amateurs formateurs".

Sochaux s'appuie aussi, comme de nombreux autres, sur un réseau de clubs partenaires, à l'échelle locale ou régionale.

Même si certains clubs prospectent dans tous le pays, la région proche est souvent privilégiée, notamment pour maintenir le plus longtemps possible de jeunes garçons dans leur famille.

Lille échange avec une quarantaine de clubs partenaires et dispose d'une école de football pour les garçons à partir de six ans. Il recrute dans un rayon de 50 km jusqu'à l'âge de 15 ans.

"Les 6-15 ans, c'est uniquement des joueurs de la région ou juste de l'autre côté de la frontière belge. Il ne faut pas déraciner l'enfant", souligne Jean-Michel Vandamme, directeur de la formation au Losc.

Ensuite seulement, le club voit plus loin, s'appuyant sur une vingtaine de recruteurs, des informateurs et des agents pour chercher des joueurs âgés de 16 à 18 ans dans toute l'Europe.

Pas au-delà. Car hors du continent, il faut attendre qu'ils aient 18 ans révolus, à moins de disposer d'une "antenne" sur place, comme ce fut le cas il y a quelques années pour Bordeaux en Argentine ou Monaco à Dakar, au Sénégal.

ENVIRON 10% FINISSENT PROS

Si la formation a pour finalité de faire émerger les joueurs de demain -la FFF y contribue à travers les 15 pôles Espoirs où sont accueillis des joueurs de 13 à 15 ans, dont l'INF à Clairefontaine-, elle ne peut s'y restreindre.

Environ 10% des 700 à 800 jeunes formés dans chaque classe d'âge signeront un contrat professionnel. Beaucoup moins feront une longue carrière.

Par delà les aspects physiques, techniques ou collectifs, il faut donc les préparer à une autre vie que le football.

"L'objectif est avant tout de former des joueurs mais aussi des hommes (...) En 2012 encore, 16 jeunes ont passé le bac, 14 l'ont obtenu soit un taux de 87,5%", souligne Patrick Battiston, directeur du centre de Bordeaux.

Or cette mission est de plus en plus difficile, à écouter les directeurs de centre qui voient leur métier évoluer parce que les finances de certains clubs pipent les dés, parce que les mentalités évoluent, parce que les modèles ont changé.

Les entourages, familiaux ou amicaux, sont souvent pointés du doigt, notamment lorsqu'un jeune très doué se présente: "Il peut se croire arrivé, il peut avoir un environnement qui lui donne des conseils pas toujours bien éclairés", dit Battiston.

Le football français a souffert récemment d'écarts plus ou moins graves -insultes publiques, escapade nocturne pour cinq Espoirs, grève de l'entraînement à la Coupe du monde 2010, mise en cause par des prostituées- qui contraignent les formateurs à devenir plus exigeants encore.

A devenir plus éducateurs qu'entraîneurs de football.

"Avant c'était 30% éducation, 70% football. Aujourd'hui, les pourcentages sont presque inversés", juge le Lillois Jean-Michel Vandamme. "L'éducation des jeunes est parasitée par le contexte psycho-social dans lequel ils vivent. La compréhension du haut niveau et de ses exigences n'est pas simple à faire passer."

Parfois, le couperet peut tomber: "sur la génération 1994, on avait des garçons avec de la qualité sportive mais un comportement à la con, donc on a viré. On en a gardé huit seulement sur 16", explique Jean-François Domergue, patron du centre de formation de Montpellier.

Un club sacré champion en mai dernier grâce, entre autres, à Younès Belhanda, Mapou Yanga-Mbiwa, Rémy Cabella ou Benjamin Stambouli. Autant de preuves que la formation fonctionne s'avère plus indispensable que jamais au football français.

Avec Pierre Savary à Lille, Dimitri Rahmelow à Nancy, Claude Canellas à Bordeaux, Jean-François Rosnoblet à Marseille, Pierre-Henri Allain à Rennes, André Assier à Lyon et Dimitri Moulins à Montpellier; édité par Julien Prétot

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