Football: la FIFpro veut restreindre le mercato d'hiver

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LA FIFPRO VEUT RESTREINDRE LE MERCATO D'HIVER
LA FIFPRO VEUT RESTREINDRE LE MERCATO D'HIVER

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - Le respect des dispositions européennes sur les contrats des joueurs et la restriction du marché hivernal réglerait une grande partie des problèmes engendrés par le système des transferts, estime Philippe Piat, vice-président de la FIFpro.

Pour le dirigeant de la confédération internationale des syndicats de joueurs, qui doit prendre la semaine prochaine la tête de cette organisation, les excès voire l'opacité reprochés au football sont pour bonne partie liés au marché des transferts.

"Le problème du système des transferts aujourd'hui, c'est qu'il cultive une bulle financière", a-t-il dit dans une interview à Reuters. "Les clubs n'ont de cesse de vouloir détourner l'arrêt Bosman, et de faire que les joueurs ne soient jamais libres en prolongeant leurs contrats indéfiniment.

"Sauf que pour prolonger les contrats, ils sont obligés d'augmenter les salaires pour que le joueur accepte (...) donc on est dans un cycle infernal", ajoute-il.

S'il est conscient que les joueurs peuvent profiter du système, il rappelle aussi que les clubs dans "un grand nombre de pays ne respectent pas les contrats. Par exemple la Turquie, la Grèce. On enrôle un joueur, paie un transfert, lui offre une salaire important pour qu'ils acceptent de venir et puis au bout de trois mois, comme ils sont mal classés on ne le paie plus."

Jean-Marc Bosman avait saisi la justice européenne pour faire valoir sa liberté de circulation en tant que travailleur et avait obtenu gain de cause en 1995.

Il a entraîné la suppression de la limitation du nombre de ressortissants européens dans les clubs et, en théorie, de l'obligation de réclamer une indemnité de transfert.

L'Union européenne a par ailleurs décidé, en 2001, que clubs et joueurs devaient observer une période de stabilité de trois ans après laquelle chacun serait libre de rompre le contrat les liant, moyennant compensation sur le restant dû.

BAISSER LES MONTANTS POUR ÉLIMINER LES PROFITS

Pour Philippe Piat, le respect de cette disposition aurait pour conséquence directe une limitation des transferts donc un assainissement du football.

"Du moment que les transferts sont une source de profit pour certains, c'est la valse des transferts, des mutations de joueurs. On ne respecte plus les contrats, ça crée une image détestable pour le football, d'autant plus en temps de crise", dit-il.

"La modification fondamentale, c'est qu'après la période protégée, un joueur ou un club peut (...) mettre fin au contrat avec le 'rest value'. Un joueur qui entre dans sa quatrième année et qui gagne 100.000 euros par mois, il lui reste 24 mois, ça fait 2,4 millions de transferts et pas 24 ou 30 millions."

"Ça, c'est une révolution, parce que les montants des transferts vont nettement baisser et tout ce qui est corollaire du problème des transferts - commission, rétro-commissions et surcommissions, qui est lié au montant du transfert, ça devrait sinon disparaître, en tout cas baisser."

Ce serait aussi un moyen, veut-il croire, de faire fondre considérablement l'intérêt des sociétés ou fonds de pension qui acquièrent parfois les droits de joueurs comme l'Argentin Carlos Tevez, "acheté" en 2004 par le groupe Media Sports Investments.

"En Espagne, au Portugal, dans les pays sud-américains, c'est très répandu", déplore Philippe Piat.

"Un fonds de pension est intéressé parce qu'en mettant 10 millions, il va peut-être en gagner 30 ou 40. Si le montant des transferts baisse, ce fonds de pension n'a plus d'intérêt à acquérir une partie d'un joueur."

Puisque les textes sont mal ou peu appliqués et que 28% du montant d'un transfert ne revient ni aux clubs ni aux joueurs, souligne-t-il, Philippe Piat voit dans une restriction du marché hivernal la solution pour engager un progrès.

A titre personnel, il préconiserait la suppression du mercato d'hiver, créé en 2002-03, mais en tant que dirigeant, juge une redéfinition plus raisonnable.

"C'est vrai qu'il peut y avoir des ajustements, un joueur qui ne joue pas, c'est peut-être mieux qu'il trouve un club, ou un club peut avoir un blessé. Donc je serais pour le limiter à un ou deux joueurs", dit-il.

Il soutient son argument en rappelant qu'à l'origine, la période de mutation de janvier devait permettre des opérations "exceptionnelles".

"Aujourd'hui, il y a des clubs qui prennent beaucoup de joueurs. Ce n'est pas normal par rapport à l'éthique parce qu'une équipe mal classée peut s'en sortir si elle a de l'argent et change la moitié de l'équipe", souligne-t-il.

"Deuxièmement, on critique les commissions versées aux agents mais c'est un moyen de verser encore plus de commissions s'il y a des transferts en janvier. Et puis ça permet aussi aux joueurs ou clubs de faire pression."

Et de retrouver des situations de conflits telles que celles vues cet été à Lyon, avec la mise à l'écart de Bafétimbi Gomis, ou à Lille, avec le bras de fer engagé par Florian Thauvin pour rejoindre Marseille, ce qu'il a finalement réussi.

Edité par Julien Prétot

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