Football: l'Italie se met à la formation mais reste à la traîne

le
0
L'ITALIE SE MET À LA FORMATION
L'ITALIE SE MET À LA FORMATION

par Terry Daley

ROME (Reuters) - Longtemps réticents à l'idée de développer la formation, les grands clubs italiens en sont désormais réduits à essayer de rattraper tant bien que mal leur retard.

Jusqu'à une époque très récente, la Juventus Turin, l'Inter Milan ou l'AC Milan avaient tendance à se renforcer en recrutant à grands frais des noms prestigieux. Mais le climat économique les pousse à revoir leur politique en la matière.

"La situation économique actuelle conjuguée à la nouvelle régulation de l'UEFA (le 'fair play' financier) a contraint les grands clubs d'Europe à investir massivement dans la formation", explique à Reuters Mauro Bianchessi, chargé de découvrir de jeunes talents pour le compte du Milan.

Reste que, selon le Centre international d'étude du sport (CIES) basé en Suisse, l'Italie affiche en Europe le plus faible taux de joueurs qui ont passé au moins trois ans dans leur club entre l'âge de 15 et 21 ans.

Ce chiffre s'élève à 7,8%, bien loin de la moyenne de 17,2%dans les quatre autres grands championnats européens, Angleterre, Espagne, Allemagne et France.

Francesco Totti et Daniele De Rossi, tous les deux formés à l'AS Rome où ils ont fait toute leur carrière, font donc figure d'exceptions. Mais ils pourraient à l'avenir se sentir moins seuls si les clubs poursuivent leurs efforts actuels.

Ce revirement des gros d'Italie pourrait toutefois, selon Mauro Bianchessi, avoir par ricochet un effet négatif sur des clubs plus modestes, comme l'Atalanta Bergame, qui ont bâti leur modèle économique sur la formation et la revente de joueurs.

"Pour gagner le championnat ou la Ligue des champions, il faut des joueurs déjà prêts et donc, pas des jeunes, à moins qu'ils soient phénoménaux", explique ce bon connaisseur de la question, qui a travaillé pendant quinze ans à l'Atalanta avant de passer en 2006 au Milan.

"Un club comme l'Atalanta, qui n'a pas ce genre d'objectifs, avait la chance de pouvoir former des joueurs, de les intégrer à l'équipe première et ensuite de les vendre. Et avec cet argent, ils arrivaient à rester à flot."

DES JEUNES "JETABLES"

"Les plus petits clubs comme l'Atalanta sont en grande difficulté maintenant", diagnostique Mauro Bianchessi.

Le club de Bergame compte actuellement huit joueurs façonnés dans son centre de formation. Et, selon un classement établi à partir des données du CIES, c'est le premier club italien dans le domaine et le huitième en Europe.

Mais en dépit des efforts fournis par les grandes formations, il reste du chemin à parcourir si l'on en croit les données de l'Association des footballeurs italiens.

Sur les 1.215 jeunes qui évoluaient en 2009-2010 dans les dernières catégories de jeunes au sein des clubs de première et deuxième division, seulement 5% jouent aujourd'hui en Serie A et 11% en Serie B.

Plus surprenant encore, 58% des jeunes suivis durant cette étude ne sont pas devenus des footballeurs professionnels. En tous cas pas en Italie, l'étude ne donnant pas d'informations sur les éventuels expatriés.

Et 22% des jeunes de cette génération sont bien enregistrés comme joueurs professionnels, mais sont sans employeur.

Parmi ceux qui ont percé en Italie, 58% sont soit en prêt soit en partie détenus par d'autres clubs, souvent en troisième ou en quatrième division.

Selon l'association, cette part élevée de jeunes en troisième division s'explique par le fait que ces clubs perçoivent une prime de la Fédération italienne de football pour chaque joueur de moins de 22 ans aligné.

Mais cette règle a aussi des effets pervers, selon le syndicat des joueurs.

"L'effet de cette règle est d'encourager un usage 'jetable' des joueurs de moins de 22 ans", peut-on lire dans les conclusions de l'étude.

"Des gamins qui, une année donnée, permettent à des clubs d'obtenir des aides de la Fédération, sont obligés d'arrêter le football professionnel l'année suivante. Pas parce qu'ils ne sont plus assez bons, mais parce qu'ils ont dépassé les 22 ans."

Simon Carraud pour le service français, édité par Grégory Blachier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant