Football: l'Angleterre mise très gros sur la formation

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L'ANGLETERRE À LA RECHERCHE DU FUTUR WAYNE ROONEY
L'ANGLETERRE À LA RECHERCHE DU FUTUR WAYNE ROONEY

par Martyn Herman

LONDRES (Reuters) - Que ce soit par nécessité ou par volonté, la formation est devenue une priorité pour les clubs anglais qui ne reculent devant aucune dépense pour dénicher le nouveau Wayne Rooney ou le futur Steven Gerrard.

A travers tout le pays, les recruteurs des plus grands clubs observent des gamins à peine assez grands pour faire leurs lacets tout seuls en espérant trouver le joueur qui vaudra, un jour, des dizaines de millions sur le marché des transferts.

Dès l'âge de sept ou huit ans, certains garçons intègrent le système de formation anglais. A 16 ans, ceux qui ont tenu le choc se voient offrir un contrat de deux ans dans les meilleurs centres, où ils sont intégralement pris en charge.

Manchester City, l'un des clubs les plus riches d'Europe, peut s'offrir n'importe quel joueur mais, contraint de se conformer au fair-play financier introduit par l'UEFA, a investi 100 millions de livres (près de 120 millions d'euros) pour former des jeunes.

La Premier League elle-même s'est donné des moyens démesurés en injectant 350 millions de livres (415 millions d'euros) dans l'Elite Player Performance Plan (EPPP), un programme-cadre mis en place en 1998.

NEUF MILLE JEUNES

Son acte de création énonce le but de voir émerger "plus et de meilleurs joueurs du cru", à l'image de Wayne Rooney, formé à Everton. Pour cela, l'EPPP s'appuie sur 120 entraîneurs en chef entourés de 4.500 autres dans 96 clubs professionnels au total.

Certaines équipes de l'élite comme West Ham ou Aston Villa disent travailler sur la formation depuis longtemps, quand Manchester United s'appuie encore sur la génération dorée couvée avant que la création, en 1992, de la Premier League telle qu'on la connaît aujourd'hui, ne change tout.

Les autres doivent réduire leurs dépenses et appliquer les règles européennes. La formation a donc le vent en poupe.

"L'EPPP revient à faire en sorte qu'un gamin, formé dans le club de sa ville dès huit ou neuf ans, puisse porter le maillot de l'équipe première du club où il a grandi", résume le directeur des jeunes pour la Premier League, Ged Roddy.

Neuf mille garçons évoluent dans ce système de formation mais une infime partie d'entre eux finiront professionnels.

Pour atteindre son objectif, l'EPPP s'est doté de règles de fonctionnement et de financement strictes. Les clubs sont classés par catégorie -de un à quatre- et ceux de la première catégorie reçoivent davantage de fonds.

Aston Villa, nouvellement classé en catégorie 1, se voit donc obligé d'investir au minimum un million et demi de livres par an dans la formation. La Premier League contribue à hauteur de 775.000 livres. Un club de Catégorie 4 reçoit 100.000 livres.

Mais quels que soient les efforts ainsi déployés, la clé du succès réside selon Tony Carr, directeur de l'école d'excellence de West Ham, dans la possibilité d'intégrer l'équipe fanion.

Or, souligne celui qui a notamment fait éclore Frank Lampard, Rio Ferdinand, Michael Carrick ou Jermain Defoe, les recruteurs continuent de faire venir de jeunes joueurs français, espagnols, ou autres.

Les joueurs des équipes de moins de 18 ans et de moins de 21 ans d'Arsenal viennent notamment d'Argentine, de Macédoine, de Suisse, d'Espagne ou d'Allemagne. Et on ne parle ici que des seuls défenseurs.

"La chose la plus importante de toutes, c'est qu'à 18 ou 19 ans, ils aient une chance de jouer et je pense qu'en venant dans un club comme West Ham, ils l'ont", souligne Tony Carr.

Il déplore en outre que certains grands clubs contournent les règlements de l'UEFA grâce à de jeunes étrangers.

"On peut faire venir un Espagnol à 15 ans et, s'il reste dans le système de formation pendant trois ans, il est considéré comme un joueur formé localement", relève-t-il.

"C'est un peu de la triche."

"TRÈS, TRÈS LOIN..."

L'EPPP n'a en outre pas que des partisans et des bienfaits.

Ses détracteurs le jugent trop favorable aux grands clubs qui ont les moyens financiers pour avoir un centre de Catégorie 1 et peuvent donc recruter les joueurs à partir de 12 ans dans tout le pays alors qu'à cet âge, les autres doivent respecter la règle des 90 minutes de trajet maximum.

De même, les retombées financières sont incertaines tant que le joueur n'évolue pas régulièrement en Premier League. L'indemnité de formation de base est maigre et le club touche ensuite 150.000 livres par série de dix matches disputés.

Au lancement de l'EPPP, le président de Crystal Palace en avait parlé en ces termes: "Une audacieuse tentative de la part de l'élite fortunée de Premier League de se garder la crème des jeunes joueurs."

Reste que la Premier League croit fort en ce projet qui doit faire augmenter sensiblement le taux de joueurs anglais dans le championnat et la qualité de celui-ci.

Au début de la saison, 38% seulement des joueurs de l'élite étaient des Britanniques, contre plus de 60% en Espagne.

"Barcelone le fait depuis 35 ans et nous seulement depuis quelques années. On est encore très, très loin derrière", prévient l'ex-milieu des Bleus Patrick Vieira, chargé du développement du football à Manchester City.

Gregory Blachier pour le service français, édité par Olivier Guillemain

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