Football: grève des clubs fin novembre contre la taxe à 75%

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LES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL EN GRÈVE FIN NOVEMBRE CONTRE LA TAXE À 75%
LES CLUBS PROFESSIONNELS DE FOOTBALL EN GRÈVE FIN NOVEMBRE CONTRE LA TAXE À 75%

PARIS (Reuters) - Les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 ont menacé jeudi de ne pas jouer de match de football en France le week-end du 29 novembre au 2 décembre si le gouvernement ne retirait pas la taxe à 75% sur les très hautes rémunérations.

Selon les dirigeants du football français, cet impôt, voté la semaine dernière par les députés, menace directement la survie de nombreux clubs qui se trouvent déjà, disent-ils, au bord de l'asphyxie financière.

"Le pays est en danger et le football est en danger très grave", a déclaré le président du conseil de surveillance de l'AS Saint-Etienne, Bernard Caïazzo, à l'issue d'une réunion à Paris des dirigeants tenue sous l'égide de l'Union des clubs professionnels de football (UCPF).

Depuis que le projet est sur la table, les dirigeants ont alerté les pouvoirs publics sur le danger qu'il ferait peser, selon eux, sur le football français.

"Il y aura à la fin du mois (de novembre) un week-end sans match", a dit sur un ton offensif Jean-Pierre Louvel, président du club du Havre, en Ligue 2, et président de l'UCPF.

Par conséquent, la 15e journée de Ligue 1 et la 16e journée de Ligue 2, les deux échelons du football professionnel, devraient être reportées à des dates ultérieures.

"Les stades pourront être ouverts (le week-end du 29), être à la disposition des fans, avec les joueurs", a déclaré Jean-Pierre Louvel à la presse, précisant que des opérations de communication seraient organisées.

RÉUNION PRÉVUE AVEC HOLLANDE

La décision de faire grève a été prise à l'unanimité des clubs lors d'une réunion qui a rassemblé des représentants de tout le football français, dont Vincent Labrune pour l'Olympique de Marseille et Jean-Claude Blanc au nom du Paris Saint-Germain.

"J'approuve entièrement la détermination des clubs et leur exaspération", a déclaré le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez.

Seul un recul du gouvernement pourrait empêcher la tenue de cette journée blanche. Une rencontre est prévue la semaine prochaine avec François Hollande à l'Elysée. "Nous allons lui rappeler nos demandes depuis le départ, c'est-à-dire l'abandon de cette taxe. Et j'espère qu'il nous apportera des réponses qui seront à la hauteur de l'enjeu", a déclaré Jean-Pierre Louvel.

Le gouvernement a aussitôt fait savoir qu'il ne comptait pas faire d'entorse à la taxe à 75%, rappelant qu'elle ne pourrait peser pour plus de 5% du chiffre d'affaires d'une entreprise.

"La taxe à 75% a été plafonnée avec justement le souci qu'elle ne pèse pas indument sur les acteurs économiques", a-t-on déclaré dans l'entourage du Premier ministre, Jean-Marc Ayraut. "En surplomb de tout dispositif fiscal, il y a le principe d'égalité. (...) Un club de football est traité au regard de cette taxe comme une entreprise comme une autre".

"FOOTBALL D'EN BAS"

L'annonce d'un week-end sans match n'est pas le premier signe de protestation des clubs.

Mercredi, la LFP et les syndicats avaient annoncé qu'ils suspendaient leur participation à un groupe de travail du ministère des Sports censé réfléchir au "football durable".

Conscients que leur opposition à la mesure du gouvernement pourrait être impopulaire dans l'opinion, les dirigeants ont insisté sur l'écart entre les nouveaux riches du football français, PSG en tête, et les autres clubs.

"Il n'y a pas que le football de Zlatan (Ibrahimovic) et de (Radamel) Falcao. Il y a aussi le football d'en bas, qui doit faire attention à ses dépenses. C'est un football qui souffre et qui est en danger", a expliqué Bernard Caïazzo.

Jean-Pierre Louvel a fait remarquer que "derrière le football français, il y a 25.000 emplois directs et indirects. Il n'y a pas que des joueurs qui, soi-disant, sont trop payés".

"Que veut le public?", s'est interrogé Michel Seydoux, président du club de Lille. "Il veut les plus grands joueurs dans son stade, il veut que son équipe soit la meilleure. On ne peut pas concilier cette taxe et les grands joueurs."

"Les Français comprendront très bien. Ils vont comprendre que leur lien social du week-end, qu'est le football, est en danger à cause de cette taxe complètement anarchique et anachronique."

Selon les calculs de la LFP, la taxe à 75%, payée par les entreprises sur les rémunérations supérieures à un million d'euros versées en 2013 et 2014, coûtera 44 millions aux clubs français. Au total, elle devrait rapporter 420 millions d'euros à l'Etat sur deux ans, dont 260 millions en 2014.

Le Paris Saint-Germain, propulsé au sommet du football français par des fonds qataris, sera le club le plus touché. Monaco, sous perfusion russe, n'est pas concerné car non soumis au droit fiscal français.

Simon Carraud, avec Elizabeth Pineau, édité par Gilles Trequesser

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