Football: Domergue ne voit "plus de perles" à Montpellier

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par Dimitri Moulins

MONTPELLIER (Reuters) - La disparition du football spontané, joué dans la rue, prive de "perles rares" les clubs professionnels, estime Jean-François Domergue, chargé de la formation à Montpellier.

Cette organisation du football a modifié le travail avec les jeunes, de même que son évolution financière et médiatique, qui influence les choix des adolescents mais aussi de leurs parents, souligne l'ancien défenseur international dans un entretien à Reuters.

A Montpellier, classé septième sur les 33 centres de formation agréés par la Fédération française de football en 2012, les footballeurs en herbe sont pris en charge dès l'âge de 6 ans. Mais le cycle de pré-formation et de formation ne débute qu'à 13 ans.

Le club héraultais a toujours beaucoup misé sur les joueurs qu'il a lui-même façonnés et doit en grande partie le titre de champion de France conquis l'année dernière aux Younès Belhanda, Rémy Cabella ou autres Mapou Yanga-Mbiwa.

Les deux premiers sont des techniciens doués balle au pied, vifs et instinctifs dans les dribbles, les déplacements, les courses, un profil que Jean-François Domergue, "manager sportif chargé de la formation depuis 2009, ne voit que trop rarement.

"Aujourd'hui, tu ne vois plus d'enfants hors normes sur un terrain", dit-il.

"Tu n'as plus d'enfants qui jouent dans les cours, dans les rues, qui jouent le football spontané. Ce sont des enfants qui sont dans des clubs, où ils ont des ateliers, intéressants ou pas", observe le champion d'Europe 1984 avec les Bleus.

"On n'a jamais fait autant de travail d'appui-coordination depuis sept ans sur les enfants, parce que c'est une nécessité. Avant, quand tu jouais dans la rue, tu ne faisais pas avec les cerceaux, les haies et les plots. Tu avais le trottoir, le trou, tu passais, tu dribblais, tac-tac, tu étais coordonné !"

"SI TU LE LOUPES, CE N'EST PAS GRAVE"

L'image d'Epinal du joueur découvert sur un terrain vague ou au pied d'un immeuble relève encore de la réalité dans certains cas mais plus souvent dans les pays où les populations sont plus pauvres - en Afrique, en Amérique du Sud.

Or les règlements empêchent les clubs professionnels d'aller chercher dans ces pays-là des joueurs âgés de moins de 18 ans, quand ils ont les moyens financiers de le faire, ce qui est rarement le cas en France, comme à Montpellier.

"C'est très compliqué. On n'a pas l'organisation structurelle, humaine, pour aller au Brésil, en Afrique, voyager, aller voir là-bas", explique Jean-François Domergue dont le club a toutefois des liens privilégiés avec le Sénégal.

Si les profils de joueur sont donc étudiés attentivement et sur quatre critères essentiels - la technique, la vision du jeu, l'intelligence de jeu et la vitesse -, les clubs composent aussi avec la personnalité et l'entourage des adolescents.

Jean-François Domergue met particulièrement l'accent sur le rôle des parents, aussi bien avant qu'un jeune garçon intègre le centre que pendant sa formation.

L'idée est de les conseiller au mieux pour se préserver de l'autre évolution majeure de son sport, l'attractivité financière, d'autant plus dangereuse pour des garçons de talent.

"Souvent, dans la spontanéité des décisions, le cas d'enfants dont les parents sont séparés, où cela ne se passe pas tellement bien, c'est plus compliqué", explique-t-il.

"Par exemple, une maman s'occupe d'un enfant seule, le papa n'est jamais là, et quand il y a un club, tout d'un coup, le papa débarque et veut contrôler la situation. Là, tu mets un peu de frein, tu regardes. Si tu le loupes, ce n'est pas grave."

LES PARENTS, "MEILLEURS DES AGENTS"

Comme dans la plupart des clubs français, où la formation fait partie intégrante de la politique de recrutement depuis plusieurs dizaines d'années, Montpellier veille à ce que le désir de football soit donc celui de l'enfant.

"Quand on rencontre les parents, on passe cinq à sept heures ensemble. Tu vois s'ils accompagnent l'enfant, si, quand tu poses une question, c'est l'enfant qui répond ou les parents à sa place, si c'est le projet de l'enfant ou plutôt celui des parents, tu ressens tout cela", explique Jean-François Domergue.

Cette motivation sera une des clés de la réussite dans un environnement où la concurrence est rude, même si Montpellier sort beaucoup de joueurs et expose ce succès grâce au tableau installé par Domergue pour matérialiser le parcours des équipes de jeunes aux professionnels.

"C'est l'objectif. Les parents ont une vision globale, une vision vraie", dit-il.

Cet outil leur permettra de mieux cerner un monde qu'ils connaissent parfois très mal et qui présente certains risques.

"Les parents sont souvent interpellés par les agents sur des jeunes qui ont 16 ans (...) C'est quand même grave, ils sont en train de se bouffer pour être sur les plus jeunes", relève Jean-François Domergue.

"C'est quelque chose de très fréquent depuis deux ans. Les parents te disent 'J'ai été approché, qu'est-ce que vous en pensez ?' Moi, je leur dis que le meilleur des agents, c'est eux. Accompagnez l'enfant dans le plaisir, accompagnez-le normalement."

Avec Gregory Blachier; Edité par Julien Prétot

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