Football: crise oblige, l'Espagne mise sur la formation des jeunes

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LES TALENTS ISSUS DES CLUBS DE FORMATION
LES TALENTS ISSUS DES CLUBS DE FORMATION

par Iain Rogers

MADRID (Reuters) - Le FC Barcelone, qui a bâti ces dernières années son succès en football sur son centre de formation, n'est pas tout à fait un cas isolé en Espagne.

Equipe surprise de l'année en Liga, la Real Sociedad s'est hissée à la quatrième place du championnat, devant des équipes comme Valence ou le FC Séville, en grande partie grâce à ses 16 joueurs formés sur place.

Comme le Barça ou la Sociedad, l'Athletic Bilbao joue beaucoup sur la fibre régionale, au point de ne recruter que des joueurs nés en terre basque. Cette saison, 20 joueurs formés en interne ont évolué avec l'équipe première.

Le Barça complète le podium informel des équipes qui font le plus confiance à leurs jeunes, avec 15 joueurs issus de son centre de formation, la Masia, dans son effectif professionnel.

Parmi les grands clubs de cinq principaux championnats européens, seul Lyon peut également se targuer d'avoir au moins dix joueurs dans son effectif formés au club.

Selon Philippe Montanier, l'entraîneur français de la Real Sociedad, la formation espagnole connaît un tel succès pour la simple raison qu'elle privilégie les qualités techniques à la puissance athlétique.

Trois exemples: Andrès Iniesta, Xavi et Sergio Busquets, qui font les beaux jours du Barça et de l'équipe nationale.

"L'Espagne a pris le chemin inverse de la France, en s'attardant davantage sur des joueurs plus fluets mais dotés d'une grande intelligence de jeu", disait récemment l'ancien entraîneur de Valenciennes sur Eurosport.

CHUTE DES TRANSFERTS

"En France, l'entraînement est très exigeant et rigoureux. Et peut-être que quand les jeunes arrivent à 18 ou 19 ans, ils ont oublié leur amour du football."

Mais les clubs espagnols, frappés par la crise, ont-ils seulement le choix? La question se pose d'autant plus que l'UEFA est en train de mettre en place son "fair play financier", ou la rigueur budgétaire appliquée au football.

Les clubs de première division ont dépensé seulement 12,3 millions d'euros en janvier sur le marché des transferts, selon un calcul de l'agence Prime Time Sport basée à Barcelone.

Si l'on ajoute les montants investis cet été, les dépenses ont chuté de 62% par rapport à l'année précédente pour atteindre 140 millions d'euros. Le total le plus bas depuis cinq ans.

"Malgré cette baisse, le championnat espagnol n'a pas perdu sa compétitivité à court terme grâce aux efforts des dirigeants pour réduire les dépenses", explique Esteve Calzada, fondateur de Prime Time Sport et ancien responsable du marketing au Barça.

La réduction des dépenses passe par le recrutement de joueurs sous la forme de prêts, voire de joueurs libres. Mais aussi par une plus grande confiance accordée aux ressources internes des clubs.

Le nombre de joueurs formés en interne est ainsi passé en Liga de 137 lors de la saison 2010-2011 à 155 cette année.

Mais, selon Placido Rodriguez, professeur d'économie à l'Université d'Oviedo et ancien président du Sporting Gijon, il est peu probable que la formation soit le remède ultime contre les difficultés financières des clubs.

EFFET INDÉSIRABLE

L'ancien dirigeant rappelle que, au-delà du cas de Barcelone, Bilbao et la Sociedad, peu de clubs plongent un grand nombre de leurs jeunes dans le bain professionnel.

"Je crois que les choses se passeront comme cela: beaucoup d'équipes vont prendre des joueurs libres sur le marché des transferts mais, en règle générale, très peu de jeunes joueurs vont être promus en équipe première, en dehors de cas comme Bilbao", anticipe-t-il.

Et la crise pourrait avoir un effet indésirable : l'exode massif des jeunes talents vers les championnats étrangers. C'est le scénario noir envisagé par Angel Barajas, professeur de finances à l'Université de Vigo.

"Malheureusement, il me semble que les difficultés financières des clubs de Liga ne se traduisent pas nécessairement par une confiance accrue accordée aux jeunes formés par les clubs", a-t-il dit à Reuters.

"Nous assistons à l'exportation de jeunes joueurs vers des championnats étrangers."

Malaga fait partie des ces clubs qui ont malgré tout décidé de miser sur la formation pour maintenir autant que possible les finances sous contrôle.

La formation andalouse, qui est arrivée en quarts de finale de la Ligue des champions, a recruté il y a deux ans le très chevronné Manuel Casanova à l'Espanyol Barcelone pour mettre en place "une formation d'élite".

"L'objectif est de créer un centre de formation comme celui du Barça ou de Bilbao", explique-t-il.

Selon lui, un outil est indispensable pour repérer les futurs grands joueurs et cet outil n'a pas de prix: le flair.

"Quand je vais sur le terrain, j'ai besoin de 15 minutes pour savoir qui est bon et qui ne l'est pas", dit-il. "Certaines personnes ont un don, comme les chanteurs d'opéra. Moi, j'ai ce don-là."

Simon Carraud pour le service français, édité par Grégory Blachier

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