Football: Avec Nasri, Deschamps fait rentrer l'excusé

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par Gregory Blachier

CLAIREFONTAINE, Yvelines (Reuters) - Privé de sélection après ses écarts de conduite à l'Euro 2012 puis faute d'avoir été bon en club, Samir Nasri revient après avoir fait des excuses, sans rien revendiquer, et assure qu'il va se faire "tout petit", sauf sur le terrain.

Talentueux mais rarement au niveau attendu en équipe de France, Nasri avait quitté l'équipe de France au soir du quart de finale de l'Euro 2012 perdu contre l'Espagne (0-2) sur des insultes lancées à un journaliste.

Elles avaient succédé à l'injonction faite à un autre de "fermer (s)a gueule" après son but égalisateur lors du premier match face à l'Angleterre.

Elles s'étaient par ailleurs inscrites au bas d'une longue liste de reproches sur son comportement et lui avaient valu d'être suspendu trois matches par la Fédération.

Passé cette période de probation et grâce à une fin de saison remarquée avec Manchester City, Nasri devait faire son retour en Bleu en juin, pour la tournée sud-américaine, mais une blessure avait empêché ces retrouvailles loin des regards.

Didier Deschamps croyait en ce joueur polyvalent, très vite considéré comme le meneur d'avenir de l'équipe de France, et à l'idée d'offrir une "seconde chance". Il l'a rappelé.

Nasri était donc de retour lundi à Clairefontaine où il a été envoyé au front immédiatement, afin de fermer avec la presse le chapitre de relations tumultueuses.

Le joueur, qui a présenté des excuses dans les médias ces dernières semaines, a pris la parole le premier pour un préambule : "Je tiens encore une fois à m'excuser, je n'ai pas eu un comportement professionnel, j'espère que vous respecterez mon souhait de pas reparler du passé", a-t-il dit.

Mais si aucune question n'a porté directement sur les coups de sang qui lui ont valu cet mise au ban, toutes l'ont renvoyé à son statut de joueur à qui l'on offre une ultime opportunité de bien figurer sous le maillot de l'équipe nationale.

Nasri, 26 ans et 35 sélections, évoque ses parents ou son agent comme moteurs de sa "prise de conscience".

"Mon entourage n'a cessé de me dire de m'exprimer, de dire que je regrettais ce qui s'était passé. De temps en temps, on a tellement d'ego et de fierté qu'on ne veut pas admettre certaines choses", a-t-il expliqué.

"Quand la situation affecte tes performances ou ta façon d'être, tu te rends compte qu'ils ont raison, que tu as tort. Il faut assumer, s'excuser et avoir un comportement différent."

"JE LUI DOIS PAS MAL DE CHOSES"

S'il fait amende honorable, Nasri se sait en résidence surveillée à Clairefontaine, où le sélectionneur avait prévu un entretien en tête-à-tête. En retour, il assure qu'il fera le nécessaire pour que seules ses prestations soient commentées.

"Je sais que mon comportement sera forcément sous le regard de tout le monde", dit-il. "Je sais ce que j'ai à faire (...) À moi de montrer que dans la vie de groupe, je ne suis pas un problème, à moi de m'intégrer, de me faire tout petit et de me montrer sur le terrain."

Il faudra que Didier Deschamps lui donne l'occasion de jouer, alors que Franck Ribéry est installé à droite et Mathieu Valbuena au centre. À gauche, voire dans un rôle de doublure ? Samir Nasri affirme ne plus rien réclamer.

"C'est clair, je peux mieux faire en sélection. C'est une certitude", relève celui qui, il y a encore peu, avait les clés du jeu et a toujours été très sûr de ses capacités.

"Je vais me concentrer uniquement sur le terrain, essayer d'être performant et apporter ce qu'un joueur avec mon potentiel doit faire en sélection. C'est un niveau au-dessus et je dois le faire (...) Je reviens, je n'ai pas de revendication à faire."

"Je suis à disposition. A gauche, c'est bien, à droite, c'est bien, dans l'axe, c'est bien, sur le banc, c'est bien. Je n'ai rien à revendiquer, je lui dois pas mal de choses (à Deschamps), d'être revenu en équipe de France", a-t-il insisté.

C'est que Nasri a douté d'un possible retour dans une équipe avec laquelle il a une histoire tourmenté, entre ses accrochages du passé avec de grands anciens - "ce qui a été dit n'a pas toujours été des mensonges", a-t-il admis - et son absence de la Coupe du monde 2010.

"Lorsqu'on est éloigné de la sélection pendant un an, on se pose pas mal de questions", a-t-il reconnu, ajoutant n'avoir jamais envisagé de boycotter la sélection.

"Non, pas ça, croyez moi ! Il y a une Coupe du monde au Brésil, c'est le rêve de tout joueur. J'ai raté une Coupe du monde en 2010, aujourd'hui, j'y pense encore (...) Lorsqu'il y a la trêve internationale et qu'on se retrouve à deux, trois joueurs pour s'entraîner, c'est pas sympa."

S'il veut éviter ces grands moments de solitude, il devra saisir sa chance sur la pelouse comme en dehors. Nasri connaît par coeur les conditions de sa réhabilitation : "À moi de pas répéter le genre d'erreurs qui m'ont mis à l'écart de l'équipe de France pendant un an."

Gregory Blachier

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