Football: Alex Ferguson ou l'importance d'être constant

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ALEX FERGUSON SE RETIRE
ALEX FERGUSON SE RETIRE

par Mitch Phillips

LONDRES (Reuters) - S'en doutait-il lui-même quand il a pris les commandes de Manchester United en 1986 ? Sir Alex Ferguson a transformé en un peu plus de 26 ans un club alors moribond en un petit empire qui règne quasiment sans partage sur le football anglais.

Le futur roi de Manchester a puisé dans les rues du Glasgow de l'après-guerre les ingrédients qui ont fait et font encore son succès: le goût du travail, le refus d'abdiquer même dans la tempête et l'amour, toujours intact, du football.

Ce triptyque est devenu le fil conducteur de sa carrière, d'attaquant d'abord, d'entraîneur ensuite. Car - on l'oublie souvent - Alex Ferguson a d'abord joué au football avant de se reconvertir.

Cet attaquant un peu chétif mais téméraire a même battu en 1966, lors de son passage de Dunfermline aux Glasgow Rangers, le record du transfert le plus cher de l'histoire du football écossais, pour un montant de 65.000 livres.

Son séjour aux Rangers, son club de coeur quand il était enfant, aurait pu constituer l'apogée de ses années de joueur. Mais il s'est soldé par un malentendu en 1969 après une défaite en finale de Coupe qui lui a été imputée.

Cinq ans après son départ des Rangers, il a fini par raccrocher les crampons pour prendre un tournant. Sans jamais baisser le rythme, depuis 39 ans.

A 71 ans, alors qu'il a à sa disposition une armée d'adjoints en tout genre, il est toujours le premier arrivé le matin au centre d'entraînement de Manchester United.

Et il manifeste toujours la même joie quasi enfantine devant un match de football, qu'il s'agisse d'une rencontre entre ados ou d'une finale de Ligue des champions regardée par des centaines de millions de spectateurs.

La plupart des amateurs d'aujourd'hui, y compris une partie des supporters de Manchester United dont les premiers souvenirs remontent au titre de champion en 1993, ont probablement du mal à saisir à quel point le club s'est métamorphosé sous l'ère Ferguson.

LONG DÉCLIN

A son arrivée, les Red Devils n'avaient plus été champions depuis 19 ans - depuis l'époque de George Best -. Suprême humiliation, le club avait été brièvement relégué en deuxième division en 1974.

Certes, Manchester United était resté le club le plus populaire du pays et sans doute le plus connu dans le monde. Mais son prestige avait fini par s'éroder.

Les dirigeants de l'époque ont alors vu en Alex Ferguson l'homme providentiel.

Le technicien s'était déjà construit un solide CV à Aberdeen. En quelques années, il avait réussi à mettre à bas l'hégémonie traditionnelle du Celtic et des Rangers sur le football écossais.

Il avait même connu la consécration européenne en offrant à son club une Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe. Le finaliste malheureux ? Le Real Madrid.

Mais entre l'Ecosse et l'Angleterre, la marche était haute. Presque trop.

Liverpool dominait à cette époque le football britannique, en compagnie d'Arsenal et Everton, et ne semblait pas prêt à faire de place à un nouveau rival.

La première année, la sauce a pris et Manchester United a fini à la deuxième place. Mais, les deux saisons suivantes se sont soldées par une onzième puis une 13e place, si bien que la question de son limogeage s'est sérieusement posée.

Alex Ferguson jetait alors les bases de "son" Manchester United, quitte à écarter quelques cadres populaires. Son but: distiller de nouvelles valeurs au club et le débarrasser de sa culture tenace de la boisson et du jeu d'argent.

Mais la patience du club avait des limites.

Chose difficilement imaginable aujourd'hui, certains supporters ont brandi au tournant des années 1980 et 1990 des banderoles appelant à son départ. Et tout, à l'époque, semblait leur donner raison.

LE CATALYSEUR CANTONA

Un échec aurait été le deuxième pour le technicien qui n'avait jusque-là était remercié qu'une fois, à la fin des années 1970, quand il faisait son apprentissage du métier d'entraîneur à St Mirren.

Un but, resté dans la mythologie mancunienne, lui a permis de gagner du temps. Un but de Mark Robins au troisième tour de la FA Cup en 1990 contre Nottingham Forest.

Dans les mois qui ont suivi, les Red Devils ont gagné la Coupe, le premier trophée de l'ère Ferguson.

Lors de la finale retour, contre Crystal Palace, Alex Ferguson a donné un aperçu de sa méthode de management qui ne laisse que très peu de place aux sentiments.

Il n'a pas hésité à retirer au gardien Jim Leighton, qui l'avait suivi d'Aberdeen à Manchester United, sa place de titulaire.

Par la suite, il a répété la même opération avec quelques grands noms de l'histoire mancunienne, comme Roy Keane, David Beckham ou Ruud van Nistelrooy. Le but étant de reconstruire son équipe saison après saison pour échapper à la menace du déclin.

En 1993, les Red Devils ont remporté le championnat et mis fin à 26 ans d'attente, en partie grâce à un homme: Eric Cantona, souvent considéré comme l'un des recrutements les plus judicieux de Ferguson et comme le catalyseur des victoires à venir.

Depuis le début des années 1990, Manchester United n'a jamais quitté le sommet. Au point de signer en 1999 un triplé championnat - Ligue des champions - Coupe d'Angleterre.

Dans un sport qui broie les entraîneurs les uns après les autres, même les plus prestigieux, la longévité d'Alex Ferguson relève de l'incongruité. Elle s'explique par son palmarès.

Alex Ferguson pourra quitter Old Trafford avec la fierté d'avoir remporté 25 trophées majeurs et d'avoir toujours fini dans le top 3 depuis les débuts de la Premier League dans son format actuel, en 1992.

Celui dont l'objectif affiché était de faire tomber Liverpool "de son perchoir" a réussi bien au-delà de cette ambition. S'en doutait-il lui-même ?

Simon Carraud pour le service français, édité par Julien Prétot

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