Football: 2012, l'année de la Suède en France

le
0
2012, ANNÉE DE LA SUÈDE POUR LE FOOTBALL FRANÇAIS
2012, ANNÉE DE LA SUÈDE POUR LE FOOTBALL FRANÇAIS

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - Il y a pour le football français un avant et un après sa rencontre avec la Suède.

L'avant, c'est un Paris Saint-Germain qui n'a pas su être à la hauteur de ses ambitions, coiffé en mai par plus petit que lui en Ligue 1, puis une équipe de France dont la chute a été précipitée par la sélection scandinave.

L'après, c'est un PSG qui semble enfin en route pour dominer durablement ses rivaux hexagonaux par la grâce d'un homme né à Malmö et des Bleus trop soudés à l'automne pour les imaginer se faire piétiner encore par une équipe déjà éliminée de l'Euro.

En tête de la Ligue 1 au moment de la reprise en janvier dernier, Paris devait marcher sur le championnat de France.

Le vent a tourné en février, lorsque Montpellier est venu en conquérant au Parc des princes pour arracher un nul au parfum de victoire. Une semaine après, les Héraultais prenaient la tête.

La bande de René Girard, assez insouciante pour exprimer son talent dans le sillage d'Olivier Giroud ou Younès Belhanda, et suffisamment cadrée pour ne pas commettre de péché de jeunesse, ira chercher un inattendu premier titre dans l'histoire du club.

Le PSG atteint tout de même un objectif : retrouver la Ligue des champions, en vue de laquelle il fait sensation durant l'été en déboursant près de 150 millions d'euros pour débaucher, notamment, Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva au Milan AC.

Le premier symbolise depuis la puissance de son club.

Financière parce qu'il s'est vu offrir un salaire net que peu d'équipes européennes sont en mesure de verser. Sportive parce qu'il est très au-dessus du lot des joueurs de Ligue 1, en témoignent ses 17 buts en 15 matches de championnat joués.

DE ZLATAN ON FAIT UN VERBE

Dans ces temps de vaches maigres - les clubs français ont presque tous vendu plus qu'ils n'ont recruté cet été, Lyon et Marseille inclus -, Paris fait exception, même à l'échelle européenne.

Il vient de soumettre à la Direction nationale du contrôle de gestion un contrat d'image avec le Qatar qui doit lui rapporter 150 à 200 millions par an. Plus que le budget de Lyon.

Cette force doit encore amener des titres.

Le PSG était en tête de la Ligue 1 après 18 journées mais ça ne garantit rien, il l'a appris cette année. Et son retour brillant en Ligue des champions n'aura d'allure que s'il bat Valence, adversaire à sa portée, en huitième de finale.

Il n'empêche, l'arrivée d'Ibrahimovic, dont le prénom est devenu un verbe en Une des quotidiens et sur internet, dont un but en sélection a fait le tour de la planète, dont le salaire a fait parler autant à l'Assemblée qu'aux comptoirs des cafés, a placé pour de bon le PSG au centre du football français.

Le même Zlatan a pesé sur le destin de l'équipe de France, mais d'une tout autre manière. Moins spectaculaire que son récent retourné acrobatique de 30 m contre l'Angleterre, sa volée puissante a fait vaciller les Bleus à l'Euro.

Ce n'était qu'un but mais il a symbolisé l'impuissance de l'équipe de Laurent Blanc, laminée par une Suède orgueilleuse, renvoyée à la deuxième place de son groupe et donc envoyée au pilori en quart de finale face à l'Espagne, championne du monde et d'Europe en titre.

A la mi-temps du match contre les Suédois, Hatem ben Arfa avait eu un accrochage avec le sélectionneur. Contre l'Espagne, Jérémy Ménez l'a ignoré au moment de sortir du terrain.

Dès le premier match contre l'Angleterre, Samir Nasri avait "célébré" son but égalisateur en recommandant à un journaliste de "fermer (sa) gueule". Après l'Espagne, il en insultera un autre et sera suspendu trois matches par la Fédération.

Pendant deux ans, Laurent Blanc avait paru en mesure de faire oublier la Coupe du monde en Afrique du Sud, épisode le plus lamentable de l'histoire de l'équipe nationale.

Les répliques du séisme sud-africain se font encore sentir : Raymond Domenech a raconté son expérience de sélectionneur dans un livre ; Yann M'Vila a servi d'exemple après son escapade nocturne avec quatre joueurs de l'équipe de France Espoirs et se retrouve privé de sélections jusqu'au 30 juin 2014.

Au moins est-il jeune (22 ans) et pourra-t-il se refaire. Ce ne sera pas le cas du Montpelliérain Cyril Jeunechamp, 37 ans, que l'on ne verra peut-être plus en Ligue 1 après sa suspension d'un an pour avoir frappé un journaliste de L'Equipe.

LE TOURNANT À MADRID

Avec Laurent Blanc, l'année 2012 avait commencé par un nouveau succès de prestige, en Allemagne, dont le nom venait s'accoler à ceux de l'Angleterre, battue à Wembley fin 2010, et du Brésil, tombé au Stade de France en 2011.

A l'Euro, les débuts contre l'Angleterre (1-1) et l'Ukraine, battue 2-0 chez elle après un déluge sur la Donbass Arena de Donetsk, s'accompagnaient de promesses.

Le match contre la Suède a (re)mis au jour les failles profondes de l'équipe de France, tant dans le jeu que dans la tête. Derrière, l'Espagne n'a plus eu qu'à se servir.

Le "Président" a rempli sa mission première - aller en quarts de finale -, mais sa légitimité sportive n'a pas suffi à en faire un cornac autoritaire et écouté.

Didier Deschamps donne davantage de gages de ce point de vue et, une fois entériné son départ de l'OM après trois saisons qu'il dit lui-même épuisantes et couronnées de six trophées, il a donc fait son retour à Clairefontaine.

En quelques mois, avec le plein soutien du président réélu de la FFF, Noël Le Graët, sceptique vis-à-vis de Blanc, il a réveillé ses joueurs et fait des ajustements que l'on devine durables : Nasri n'a pas été rappelé. Des leaders en club, comme Rio Mavuba, ont fait leur retour.

Surtout, la machine à capituler s'est transformée. Le match nul obtenu à la dernière minute à Madrid en qualifications pour la Coupe du monde 2014, après une excellente seconde période, a fini de convaincre : les Bleus ne tomberont plus sans combattre.

La France bataille pour la première place du groupe et jouera une partie de son avenir le 26 mars, contre l'Espagne.

Elle a moins de talent collectif ou individuel que son adversaire mais elle est à l'image du joueur Deschamps, pas le plus doué ballon au pied, loin s'en faut, mais dont la carrière s'est construite sur un refus absolu de rendre les armes.

Sa première victoire de joueur en bleu coïncida avec sa première titularisation. C'était le 16 août 1989, la France avait gagné 4-2. Son adversaire ? La Suède.

Edité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant