FOCUS sur les marchés des matières premières agricoles en 2012 : l'année de tous les records

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Les incidents climatiques (sécheresses exceptionnelles cette année), plus que la spéculation, restent l'élément déterminant pour expliquer l'envolée récente des prix du maïs et du blé rappelle Michel Portier, directeur général d'Agritel.

Au printemps, tous les opérateurs étaient confiants. Les agriculteurs américains n'avaient jamais autant semé de maïs : 96,4 millions d'acres, une surface record, en augmentation de 4,8 % par rapport à l'année précédente, du jamais vu. A tel point que les cours du maïs ont commencé par baisser, car la production devait être suffisante, quoi qu'il arrive.

C'était sans compter sur la hausse fulgurante des températures. Un record là aussi, avec une sécheresse historique aux Etats-Unis. Une vague de chaleur et un manque d'eau sans précédent, au pire moment pour les cultures : la période de floraison, pendant laquelle les grains de maïs se forment. Quinze jours pendant lesquels la plante a besoin d'eau, sous peine de pertes irréversibles. L'offre devient alors difficilement quantifiable, car une pluie peut inverser la situation. Face à ces incertitudes, les marchés deviennent nerveux, d'autant que la situation en soja semble prendre le même chemin. Les prix commencent à monter.

Au fur et à mesure des semaines, la sécheresse prend de l'ampleur. Le ministère de l'Agriculture américain (USDA) révise constamment ses estimations à la baisse : alors qu'au printemps la production américaine 2012 de maïs était estimée à 380 millions de tonnes, elle est revue à 273 millions début août. Plus de 100 millions de tonnes perdues, un nouveau record : l'équivalent des échanges internationaux en maïs d'une année entière.

L'agriculture a cette faculté d'adaptation étonnante : au contraire du secteur industriel, il existe des produits dits « de substitution ». Le maïs peut, pour certains usages, être remplacé par le blé, notamment l'alimentation animale. Si le prix du maïs augmente, les opérateurs peuvent basculer sur le blé, et inversement.

Mais le contexte climatique est inédit : au-delà de la sécheresse historique des Etats-Unis, de nombreux autres bassins de production sont touchés, notamment le bassin de production de la mer Noire, grenier à blé de l'Europe. En Ukraine, en Russie et au Kazakhstan, les conséquences sur les potentiels de production sont importantes : 37 millions de tonnes de blé manquent, conduisant à réduire les volumes exportables de près de 50% par rapport à l'an dernier, avec à peine 18 millions de tonnes disponibles à l'export cette année.

Record du nombre de sécheresses donc, qui se cumulent et touchent les deux céréales principales, dans les bassins de production les plus importants.

A l'heure des récoltes et du bilan quantitatif et qualitatif des cultures, les marchés mondiaux restent encore très tendus. La Russie ne devrait finalement exporter que 8 Mt de blé sur la campagne. Les stocks de maïs devraient à nouveau se réduire sous 124 Mt, soit moins de deux mois de consommation mondiale aujourd'hui en stock. De récentes enquêtes de terrain aux Etats-Unis continuent d'alimenter ces craintes.

En France, les cours du blé et du maïs affichent une forte progression et reviennent sur des niveaux record : + 28 % d'augmentation sur le blé à 260 ¤/t et + 35 % en maïs à 255 ¤/t sur les deux derniers mois.

La répercussion des hausses des prix est déjà prévue et les autorités de surveillance doivent se réunir. Si le poids de certains financiers et spéculateurs est un facteur d'augmentation de cette volatilité, ce n'est pas l'élément déclencheur. L'année 2012 le démontre bien : les incidents climatiques sont la première cause de la variabilité des prix des matières premières agricoles. Et l'augmentation de la fréquence de ces incidents va de plus en plus accentuer cette volatilité des matières premières agricoles... alors que faire ?

Au-delà de mesures conjoncturelles liées à cette situation exceptionnelle, il faudra avoir le courage de s'attaquer aux fondamentaux. Sécuriser l'offre à travers des investissements dans la recherche et le développement comme dans les biotechnologies, mettre en place des stocks de sécurisation alimentaire au niveau mondial, accompagner les agriculteurs en matière d'agronomie pour remonter les rendements de certaines régions agricoles, comme en Ukraine. Il faudra aussi donner aux agriculteurs et aux professionnels de la filière les moyens d'intégrer cette volatilité dans la gestion de leur entreprise. Des outils financiers existent et un accompagnement des agriculteurs peut leur permettre de mieux appréhender les marchés et sécuriser leurs revenus. La volatilité n'est pas une fatalité.

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  • mlaure13 le mercredi 29 aout 2012 à 10:30

    " Elle tente de l'anticiper, tourne autour quitte à s'en éloigner à l'excès. Elle est cependant nécessaire ?...Tout excès est négatif...en déstabilisant la réalité du marché ...

  • guyguy16 le mardi 28 aout 2012 à 11:59

    Bravo PBING,pour une fois un avis coherent sur ce forum

  • pbing le mardi 28 aout 2012 à 11:34

    Explication claire et synthétique d'un aspect des matières premières agricoles. Surtout retour au réel. Ce n'est pas la spéculation qui fait le réel. Elle tente de l'anticiper, tourne autour quitte à s'en éloigner à l'excès. Elle est cependant nécessaire, car derrière ,il ya la sécurité des producteurs et de toute la chaîne de transformation de la production agricole jusqu'à son assimilation par les hommes, les animeaux domestiques, et, même, les moteurs thermiques....