FOCUS : Les banques brésiliennes et le nouveau prix de l'argent (Henderson GI)

Boursorama le 10/09/2012 à 06:00
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Le récent trou d’air de la Bourse brésilienne constitue néanmoins une opportunité pour se repositionner sur les banques du pays devenu la 6ème économie mondiale selon Chris Palmer, directeur des marchés émergents chez Henderson Global Investors.

Le Brésil est désormais la 6ème puissance économique au monde. Le pays a connu une croissance économique rapide grâce à une hausse de la consommation domestique, poussée par une utilisation plus efficace du crédit par les ménages. Le crédit est de plus en plus important pour l’économie et le secteur bancaire brésilien a beaucoup évolué au cours des dernières années, le prix de l’argent jouant désormais un rôle plus important notamment dans le maintien d’une croissance à environ 4% par an au cours des prochaines années. Le gouvernement et la banque centrale, Banco Central do Brasil, joueront un rôle déterminant sur les marchés du crédit, afin de s’assurer du bon déroulement des opérations de crédit et pour maintenir les coûts à un niveau bas. L’intervention plus constructive de l’état sur les marchés du crédit semble fonctionner, car on assiste à une hausse du cours de plusieurs banques. Ceci reflète les améliorations prévues sur le secteur bancaire et, plus généralement, sur les fondamentaux de l’économie brésilienne.

Malgré des taux d’intérêts réels et des taux d’intérêts nominaux parmi les plus élevés au monde, la croissance du crédit au Brésil a été relativement solide. La pénétration du crédit a plus que doublé, elle est passée de 23% du PIB en 2003 à 50% à fin juin 2012. Même si les taux d’intérêts nominaux ont baissé au cours de la période, le taux d’endettement des ménages a augmenté de façon significative, ce qui a poussé un éminent acteur du marché à déclarer en février 2011 que le Brésil semblait se diriger vers une crise des subprimes.

Par le passé, nous avons été relativement inquiets quant à la détérioration de la qualité de certains prêts offerts par certaines institutions mais nous n’avons jamais partagé ce point de vue et n’avons à aucun moment envisagé que le secteur bancaire brésilien se dirigeait vers une situation catastrophique similaire à celle qu’ont connu les banques américaines entre 2007 et 2009.

Le Brésil, comme beaucoup d’autres pays émergents, repose fortement sur le crédit bancaire domestique. Une part importante du secteur bancaire est contrôlée par l’état, de façon directe (banques nationalisés) ou indirecte (taux réduits, prêts dirigés). Après la chute de Lehman Brothers en septembre 2008, la banque centrale a abaissé ses taux et d’importantes liquidités ont été injectées dans l’économie. Lorsque les craintes d’une crise mondiale se sont dissipées, les autorités ont réalisé qu’elles avaient peut-être été un peu trop loin dans la mise en place de leurs mesures d’assouplissement monétaires. En mai 2010, elles ont alors augmenté leurs taux d’intérêts et mis en place des mesures pour ralentir la croissance du crédit dans des secteurs tels que les prêts automobiles et les prêts non garantis.

A partir de mi-2011, alors que la croissance du PIB commençait à faiblir, les taux d’intérêts ont été abaissés malgré une inflation relativement élevée entraînant la dépréciation rapide du real brésilien à l’automne 2011. Ceci a conduit les marchés à penser que le gouvernement préférait opter pour des mesures à court terme pour soutenir la demande domestique plutôt que d’éliminer les obstacles structurels à une croissance économique durable à long-terme.

Au cours du printemps 2012, l’Etat de plus en plus inquiet suite au nouveau fléchissement de l’économie, a mandaté les banques nationalisées afin de réduire les taux offerts aux ménages. Les autorités ont été frustrées par la lenteur des banques à communiquer ce message positif auprès de leurs clients (-450 points de base en moins d’un an) - alors qu’habituellement l’intervalle est relativement plus court. Le président Dilma Roussef a ouvertement critiqué les banques privées pour ne pas avoir baissé les taux d’intérêt assez rapidement.

Il ne serait pas surprenant que les banques brésiliennes, qui facturent plus de 30% pour des prêts à la consommation et qui ont des marges d’intérêts nettes d’environ 7% (parmi les plus élevées au monde) soient accusées d’amasser des bénéfices excédentaires au détriment des consommateurs. Cette conclusion serait néanmoins erronée. Les banques brésiliennes réalisent des bénéfices mais ces derniers ne sont pas si élevés qu’on peut l’imaginer. Leur rendement des capitaux propres (ROE) a chuté de façon constante au cours des années et il se maintient depuis peu à environ 20%. Les banques brésiliennes sont confrontées à des coûts opérationnels relativement élevés lors de l’émission de prêts ; elles doivent également faire face à un niveau élevé de prêts à taux trop faible ainsi qu’à une lourde bureaucratie et des charges fiscales excessives.

La Bourse brésilienne a chuté d’environ 25% entre le mois de mars où elle a atteint son plus haut niveau et fin juillet. Ceci s’explique par une économie de plus en plus faible et une intervention gouvernementale renforcée qui semble avoir perturbé la situation et un recentrage sur la demande à court-terme. Cependant, il semble que la situation se soit améliorée dernièrement. On assiste à un dialogue continu entre l’Etat et les banques portant sur le remboursement plus efficace des débiteurs défaillants, la création d’une base de données nationale sur la qualité des débiteurs, la réduction des réserves bancaires ainsi que la réduction de la charge fiscale sur les banques. Nous assistons à une meilleure qualité du crédit et les banques sont désormais dans une position un peu plus confortable leur permettant de répercuter sur leurs clients des taux plus faibles sans affecter leur propre profitabilité.

L’avenir devrait être extrêmement délicat pour les banques brésiliennes sur le court terme. Ces dernières devront en effet faire face à un environnement évoluant rapidement et à un gouvernement déterminé à réduire les coûts liés aux prêts. Etant donné que le gouvernement fait preuve d’une volonté renouvelée de traiter les obstacles structurels à la croissance durable du secteur bancaire et des autres secteurs de l’économie, nous sommes portés à croire qu’un investissement sur certaines banques brésiliennes peut être bénéfique.

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  • cherrma1 le lundi 10 sept 2012 à 11:30

    Plutot pertinent pour une fois

  • frecol le lundi 10 sept 2012 à 09:02

    encore un doux rèveur ce soit disant expert