Florange enterre les promesses non tenues de Hollande

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FLORANGE ENTERRE LES PROMESSES NON TENUES DE FRANÇOIS HOLLANDE
FLORANGE ENTERRE LES PROMESSES NON TENUES DE FRANÇOIS HOLLANDE

par Gilbert Reilhac

HAYANGE, Moselle (Reuters) - Le syndicat Force ouvrière d'ArcelorMittal à Florange (Moselle), a enterré symboliquement mercredi les promesses non tenues de François Hollande concernant l'avenir de leur usine, comme l'avaient fait il y a quatre ans les salariés de Gandrange, pour celles de Nicolas Sarkozy.

Les salariés ont posé une stèle funéraire à l'une des entrées de l'immense site sidérurgique, à Hayange, face aux deux derniers hauts fourneaux de Lorraine.

Le même jour débutait l'extinction des "cowpers", ces tours de chauffe qui les maintenaient en température et empêchaient leur détérioration irrémédiable.

L'arrêt de la production de la fonte liquide, actée par l'accord signé le 30 novembre entre le gouvernement et Lakshmi Mittal, président et principal actionnaire du groupe sidérurgique, doit entraîner la perte de 629 emplois directs, sur 2.800, sans licenciements.

"Trahison. Ici reposent les promesses de changement de François Hollande faites aux ouvriers et à leurs familles le 24 février 2012", dit la phrase gravée sur la plaque de granit, elle-même posée au pied d'une sculpture de métal dédiée aux sidérurgistes.

Ce jour-là, en pleine campagne pour l'élection présidentielle, François Hollande était venu rencontrer les salariés de Florange, en lutte depuis un an pour le maintien de leurs hauts fourneaux, promettant une loi pour empêcher la fermeture d'un site industriel rentable.

"Je ne souhaite pas qu'à Gandrange il y ait une deuxième plaque qui soit apposée pour le président qui n'aurait encore pas tenu ses promesses", avait-il dit un mois plus tôt à ces mêmes salariés, en référence à son adversaire.

"François Hollande a fait tout ce qu'il a pu pour sauver Florange. Malheureusement, il n'a pas eu assez de poigne et assez de courage pour aller jusqu'au bout", a déclaré, très ému, le responsable de FO, Walter Broccoli.

"Mêmes faux espoirs, mêmes faux-semblants, même punition", a-t-il ajouté en référence aux promesses de Nicolas Sarkozy.

PRÉMATURÉ, JUGE LA CFDT

"Avec ou sans Mittal, l'Etat investira dans Gandrange", avait dit celui-ci, le 4 févier 2008. C'était un an avant la fermeture de l'aciérie et du train à billettes qui allait faire disparaître la moitié des 1.100 emplois du site ArcelorMittal voisin de Florange.

La CGT n'a pas participé à l'action de FO mais n'y était pas opposée. "Quand on pose une stèle, c'est la mort et nous, on se battra jusqu'au bout pour la filière liquide", a dit à Reuters Jean-Luc Graetz, un des responsables du syndicat.

François Pagano, qui préside la CFE-CGC de Florange, affirme pour sa part n'avoir jamais cru aux promesses.

"Depuis le début, nous étions convaincus que les politiques n'avaient aucun pouvoir sur une multinationale comme ArcelorMittal", a-t-il expliqué.

Quant à la CFDT, qui avait pris l'initiative, en 2009, de poser la plaque stigmatisant les défaillances de Nicolas Sarkozy, elle juge cette fois l'opération prématurée.

"C'est inutile et beaucoup trop tôt", a dit Christophe Paré, l'un de ses délégués. "Des annonces peuvent encore être faites".

Le syndicat veut croire que le gouvernement arrachera à Lakshmi Mittal un engagement à installer en Lorraine le futur démonstrateur du projet Lis (Low impact steelmaking), un haut fourneau à faibles émissions de CO2, et un calendrier pour sa réalisation.

L'accord avec le gouvernement prévoyait la réalisation à Florange du projet Ulcos, qui affichait, selon d'autres modalités techniques, les mêmes ambitions, mais que le groupe sidérurgique a décidé d'abandonner peu de temps après avoir apposé sa signature.

Dans un communiqué publié lundi pour présenter les grandes lignes de ce programme de recherche dans lequel ArcelorMittal investira 13 millions d'euros et l'Etat 19 millions, l'entreprise n'évoque à aucun moment le site où il pourrait se réaliser.

Pour FO, la messe est dite. "Si François Hollande avait un choix à faire, c'était le 30 novembre dernier", dit Frédéric Weber, ex-délégué CFDT passé chez FO.

Ce jour-là, en signant l'accord avec ArcelorMittal, le président de la République tranchait en faveur de son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, contre son ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui demandait une nationalisation du site en vue de sa revente à un autre industriel, solution qui avait la faveur des salariés.

édité Patrick Vignal

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  • M4312421 le mercredi 24 avr 2013 à 17:55

    J'espère que leur monument est "un mur de CON" car on aurait pu relancer les diligences avec plus de succès. Schumpeter se retourne dans sa tombe et admire notre usine à CHOMEUR