Flavien Neuvy (Observatoire Cetelem) : "Internet est un accélérateur de consommation alternative"

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Flavien Neuvy, Directeur de l'Observatoire Cetelem All rights reserved
Flavien Neuvy, Directeur de l'Observatoire Cetelem All rights reserved

(Relaxnews) - Du troc, de l'achat groupé, de la location, de l'occasion... La consommation alternative est en plein essor en France. C'est l'une des réponses qu'ont trouvées les consommateurs face à la crise, mise en lumière par l'édition 2013 de l'Observatoire Cetelem, présenté mardi 5 février. Flavien Neuvy, responsable de cette vaste étude menée à travers l'Europe, propose sa vision de ce que sera la consommation de demain.

Relaxnews : le grand enseignement de cette édition 2013 de l'Observatoire Cetelem, c'est l'émergence d'une consommation alternative comme réponse à la crise...
Flavien Neuvy : Depuis quatre ans, les Français gèrent la crise. Ils ont été très réactifs et les contraintes financières les ont rapidement obligées à faire des arbitrages qui se sont effectués au détriment des vêtements et de la voiture. Ils ont appris à comparer les prix. Mais aujourd'hui, ces nouvelles habitudes ne suffisent plus. Les consommateurs cherchent de nouvelles pistes pour faire face à la crise qui perdure. C'est la consommation alternative. Elle est une réponse à la crise, mais elle est aussi le résultat d'une prise de conscience sociale et environnementale. Les Français ne souhaitent plus s'inscrire dans la surconsommation, pour finalement gaspiller leurs achats. Et la révolution numérique, avec l'explosion d'internet, rend possible cette nouvelle consommation alternative.

R : La consommation alternative, de quoi s'agit-il exactement ?

F.N : C'est la consommation qui se passe des circuits traditionnels, ceux des marques, des grandes surfaces... Il existe différents types de comportement. Celui d'abord d'éviter de payer à tout prix. C'est l'échange, c'est le troc. Je vous échange une de mes compétences contre l'une de vos compétences. Le phénomène est encore très marginal, mais il va s'accélérer. 62% des Français estiment qu'ils y auront davantage recours lors des prochaines années.

R : Il y a aussi les produits d'occasion...
F.N : Le phénomène n'est pas nouveau, mais il prend de l'ampleur et concerne désormais une très grande partie de biens. D'ailleurs, 71% de Français envisagent d'en profiter davantage, sinon autant qu'aujourd'hui, prochainement. La motivation, c'est de faire des économies. Les consommateurs veulent aussi éviter d'intégrer un système de surconsommation qui rend inévitable le gaspillage.

R : Les Français connaissent déjà aussi les achats groupés...
F.N : Tout à fait. Les achats groupés, c'est aussi ce concept de réunir plusieurs membres de sa famille ou ses voisins pour procéder à un achat, et réaliser des économies. Ce pendant là des achats groupés est encore marginal et s'annonce comme une tendance forte. 51% des Français feront des achats groupés à l'avenir.

R : D'autres concepts sont-ils en train d'émerger ?
F.N : La location. À l'avenir, on préférera louer plutôt qu'acheter. Certains produits auront du mal à se prêter à cette idée, comme les vêtements ou l'électroménager, mais d'autres ouvrent de nombreuses possibilités. C'est le cas du matériel de sport, des skis par exemple, mais encore des outils de jardinage et de bricolage. Sur ce point, il faut que les mentalités évoluent. Et cela pose la question : comment les marques et les distributeurs vont-ils se positionner face à cette nouvelle tendance ? Il existe un véritable potentiel.

Évoquons aussi la consommation collaborative. Le consommateur veut désormais être associé à la création des produits des marques. Ce n'est pas un hasard si ces dernières sont autant présentes sur les réseaux sociaux. Les Français veulent être acteurs de leur consommation.

Et enfin, la consommation alternative recoupe l'achat direct aux producteurs. 82% des Français comptent s'adresser plus souvent à eux dans le futur. C'est économique. Les consommateurs ont conscience d'échapper aux marges de la grande distribution. Et c'est aussi une notion éthique, qui les pousse à adhérer à l'idée. Les consommateurs préfèrent soutenir la production de leur région.

R : Comment va évoluer le rôle d'internet au sein de ce nouveau schéma de consommation ?
F.N : Internet est un accélérateur de consommation alternative. L'enjeu pour les enseignes c'est de faire entrer la puissance du online dans les magasins. L'E-commerce est un secteur qui ne connaît pas la crise. Et demain, les magasins devront mettre des tablettes à la disposition de leurs clients pour faire leurs achats, mais aussi pour comparer en direct. Les marques et les distributeurs devront aussi développer des murs virtuels pour mieux mettre en valeur leurs produits. Les magasins sont très peu connectés aujourd'hui.

R : Les limites de la consommation alternative existent-elles ?
F.N : Ce qui est sûr, c'est que le phénomène reste marginal. À terme, il faudra bien juger l'impact de la consommation alternative, parce que tout ce qui ne passe pas par les circuits traditionnels ne rentre pas dans les caisses de l'État. Il faudra donc mesurer l'impact sur l'économie et les recettes fiscales. Reste à savoir si les choses vont être amenées à être encadrées...

R : Peut-il y avoir des conséquences sur la consommation traditionnelle ?
F.N : Oui, tout dépend de la réaction des enseignes et des marques. Les distributeurs doivent se poser de sérieuses questions pour se remettre en cause, et éviter de perdre des consommateurs...

R : La fin de la crise ne sonnera donc pas forcément la fin de la consommation alternative ?
F.N : À moins que la croissance fasse un bond et que le chômage baisse considérablement, les consommateurs pourraient avoir envie de se faire plaisir et réaliser différents achats. Le scénario paraît utopiste. Mais, la consommation alternative est une tendance structurelle, qui devrait s'inscrire dans les habitudes durablement.

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  • M5005891 le mardi 5 fév 2013 à 13:05

    Et ils ont besoin de dépenser autant pour sortir la réalité sur papier !Encore des individus grassements payés pour pas grand chose, il suffit juste de regarder autour de soit en dehors du 16e et autre quartiers particuliers pour voir en face la réalité...