Fincantieri retenu pour reprendre les chantiers navals STX

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    * Fincantieri avait déposé la seule offre 
    * Le groupe promet de consolider la production navale 
européenne 
    * DCNS, déjà partenaire de STX France, discute avec 
l'italien 
    * Les syndicats des chantiers de Saint-Nazaire sont inquiets 
 
 (Avec précisions, contexte, réactions) 
    par Joyce Lee et Emmanuel Jarry 
    SEOUL/PARIS 3 janvier (Reuters) - Le groupe italien 
Fincantieri  FCT.MI , leader européen de la construction navale, 
a été confirmé mardi par la justice sud-coréenne dans son statut 
de candidat privilégié à la reprise des chantiers STX de 
Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. 
    Cette entreprise, propriété de la caisse des dépôts et 
consignations italienne, un organisme public, à plus de 70%, 
était la seule à avoir déposé une offre pour la reprise de cette 
entreprise florissante depuis quelques années grâce à 
l'explosion du marché des croisières. 
    Le porte-parole du tribunal de commerce de Séoul chargé du 
redressement judiciaire du groupe sud-coréen STX Offshore & 
Shipbuilding  011810.KS , propriétaire à 66% des chantiers de 
Saint-Nazaire, n'a pas fourni de précisions.  
    Le ministre français de l'Economie et des Finances, Michel 
Sapin, a refusé de commenter l'information, se contentant 
d'indiquer que le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe 
Sirugue, était attendu mercredi à Saint-Nazaire, où il 
rencontrera les syndicats de l'entreprise. 
    Ce dernier avait averti que l'Etat français utiliserait 
"tous les leviers dont il dispose" pour défendre ses intérêts. 
    L'Etat français n'entend pas baisser sa participation d'un 
tiers au capital de STX France, avait-il ajouté. 
    Les chantiers de Saint-Nazaire sont spécialisés dans la 
construction, très rentable, de navires de croisière. 
    Mais le groupe public français DCNS, spécialisé dans la 
construction navale militaire, veut pouvoir accéder à leurs 
infrastructures pour la construction de grands navires tels que 
porte-avions, pétroliers ravitailleurs ou porte-hélicoptères. 
    "Nous discutons avec tout le monde. Nous allons continuer 
avec Fincantieri", a dit à Reuters un porte-parole de DCNS. 
"Nous avons des intérêts stratégiques à préserver." 
     
    COOPÉRATION ET INQUIÉTUDES 
    Il a cependant refusé de dire comment DCNS, dont l'Etat est 
actionnaire à 62%, pourrait participer au montage final, se 
bornant à rappeler que les chantiers navals militaires français 
ont déjà une longue histoire de coopération avec Fincantieri. 
    La France a en effet développé et construit en partenariat 
avec ce groupe italien les frégates de défense aérienne de 
classe Horizon et les frégates multimissions FREMM. 
    Les carnets de commandes des chantiers de Saint-Nazaire sont 
pleins et les syndicats, comme les élus locaux, redoutent que la 
reprise de STX par un groupe étranger n'ouvre notamment la porte 
à une main-mise chinoise sur cette activité florissante. 
    Une source proche de Fincantieri a assuré à Reuters que le 
groupe italien entendait défendre un "projet de consolidation 
industrielle européenne et de développement du carnet de 
commandes de STX France". 
    Mais Christian Morel, délégué syndical CFDT des chantiers de 
Saint-Nazaire, est dubitatif. "On n'a aucune information pour le 
moment sur le montant de l'opération ou le contenu du projet, le 
secret a été bien gardé", a-t-il déclaré à Reuters. 
    "STX fabrique des paquebots, des navires militaires et des 
éléments d'énergie marine renouvelable. On a besoin de ces trois 
piliers pour vivre. Or, on a peur d'être hyperspécialisés demain 
dans les grands navires", a ajouté Christophe Morel. 
    La CFDT redoute aussi des transferts de technologies et de 
savoir-faire vers la Chine, où Fincantieri est en partenariat 
avec la China State Shipbuilding Corporation (CSSC). 
    Le syndicat s'inquiète enfin de possibles mutualisations de 
services : "Quand deux entreprises sont exactement sur le même 
marché, les recherches de synergies sont monnaie courante et la 
suppression de doublons à l'ordre du jour", rappelle-t-il. 
     
    UNE ENTREPRISE PRESQUE TRICENTENAIRE 
    Les syndicats de Saint-Nazaire avaient une préférence pour 
une reprise des chantiers navals par un consortium conduit par 
le néerlandais Damen associé aux croisiéristes clients de STX 
France. Mais Damen n'a finalement pas déposé d'offre. 
    Selon Christophe Morel, ce serait dû à une "mésentente" de 
dernière minute entre le croisiériste italo-suisse MSC et son 
concurrent Royal Caribbean Cruises (RCCL).  
    Un petit tiers du capital de Fincantieri, créé à Trieste en 
1736, est entre les mains d'investisseurs privés et le groupe 
est coté à la bourse de Milan depuis 2014.  
    Le groupe s'enorgueillit d'avoir construit plus de 7.000 
navires sur 20 chantiers sur quatre continents, dont 15 en 
Europe (huit en Italie), et d'être un des plus grands employeurs 
européens du secteur avec 19.000 salariés, dont 7.500 en Italie, 
auxquels s'ajoutent 80.000 salariés chez ses sous-traitants.  
    Il a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 4,2 milliards 
d'euros. Après les trois premiers trimestres 2016, il affichait 
un résultat net positif de sept millions d'euros, un carnet de 
commandes de 21,8 milliards d'euros pour 106 navires commandés 
et un peu plus de cinq ans de travail ferme assuré. 
    STX France emploie pour sa part à Saint-Nazaire quelque 
2.400 salariés, hors intérimaires et sous-traitants. 
 
 (Avec Elisa Anzolin à Milan, Yann Le Guernigou à Paris et 
Guillaume Frouin à Nantes, édité par Yves Clarisse)

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