Fin du cauchemar judiciaire pour deux condamnés à tort

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Deux hommes condamnés pour meurtre à 20 ans de réclusion ont obtenu mercredi l'annulation de ce verdict prononcé en 2003, en raison des aveux de deux autres suspects, une réhabilitation aussi rare que spectaculaire pour laquelle ils se sont battus durant quinze ans.

Abdelkader Azzimani, bientôt 48 ans, et Abderrahim el-Jabri, 47 ans dans quelques jours, n'ont pas caché leur émotion après la décision de la Cour de révision : l'arrêt qui les a condamnés pour le meurtre en 1997 d'un jeune homme de 22 ans à Lunel (Hérault) est abrogé et ils seront rejugés, à une date qui n'est pas encore connue, par la cour d'assises du Gard dont ils attendent un acquittement.

"Attendu que sont ainsi établis des faits nouveaux ou inconnus de la juridiction de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de MM. Abdelkader Azzimani et Abderrahim El Jabri, (la Cour de révision) annule" leur condamnation, ont écrit les juges.

Depuis 1945, la procédure de révision n'a abouti qu'à huit acquittements, le dernier en date étant celui de Marc Machin, blanchi en décembre pour un meurtre qu'il n'avait pas commis.

Sorti de la cour en faisant le V de la victoire, Abderrahim el-Jabri a dédié ce succès à son père, mort durant sa détention. "C'est un combat enfin gagné, on s'est battu comme des lions", a commenté cet homme aux yeux rieurs, teint mat et crâne lisse.

"C'est l'humanité de ces deux hommes, leur abnégation, leur ténacité, leur correction, qui nous a fait tenir, qui nous a fascinés", a observé Me Jean-Marc Darrigade, l'un de leurs avocats.

Jamais Abdelkader Azzimani et Abderrahim el-Jabri, en liberté conditionnelle depuis 2009 pour le premier, 2011 pour le second, n'ont cessé de clamer leur innocence alors que tout les accusait au départ de la mort d'Abdelaziz Jhilal, 22 ans, petit dealer de cannabis, tué de 108 coups de couteau. Ils avaient été identifiés par un témoin comme les auteurs du crime. Eux-mêmes impliqués dans un trafic de stupéfiants, ils avaient reconnu avoir été parmi les derniers à rencontrer la victime pour une livraison de cannabis.

"Miracles"

Après avoir écopé de six ans de prison pour trafic de stupéfiants, ils avaient été jugés et condamnés à vingt ans de réclusion. Cette peine avait été confirmée en 2004 en appel, malgré une étrange requalification du chef d'accusation en "complicité" d'homicide, sans que l'auteur principal soit identifié.

Leurs avocats ne cessent de qualifier de "miracles" les différentes étapes qui ont permis aux avocats de faire entendre leur voix: le revirement du témoin à charge, qui a poussé la justice à rouvrir le dossier en 2009, puis le versement tardif de traces d'ADN figurant dans les scellés au fichier des empreintes génétiques qui a permis de confondre les nouveaux suspects, deux hommes à la vie très rangée.

L'un était manutentionnaire, l'autre directeur de centre de loisirs dans l'Hérault, familier de la famille Azzimani dont il gardait les enfants. Les deux mis en examen sont aujourd'hui en attente de jugement, se renvoient la responsabilité du meurtre, mais ont totalement disculpé les deux "coupables idéals" comme les qualifient leurs avocats.

Lors de l'audience devant la Cour de révision, Me Luc Abratkiewicz, l'autre avocat de ce combat judiciaire, avait décrit une enquête "polluée" par le profil délinquant des deux mis en cause et les idées "pré-conçues".

Abderrahim el-Jabri, actuellement domicilié dans le Nord, se décrit aujourd'hui "sans haine", même s'il reconnaît que la reconstruction est difficile et que la détention l'a marqué durablement. Abdelkader Azzimani, entouré au palais de justice d'une fille qu'il n'a pas vue grandir, a subi un infarctus il y a quelques mois et souffre, selon ses avocats, de maladies psychosomatiques qui l'empêchent de travailler.

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