Fin des forfaits Internet illimités à 30 euros

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Tous les opérateurs vont augmenter leur prix, sous prétexte de hausse de la TVA. Du coup, la France va perdre le modèle original inventé par Free, qui l'a propulsée parmi les champions mondiaux de l'accès Internet.

Le modèle français du forfait Internet illimité à 29,99 euros par mois, lancé par Free en 2002, est en passe de voler en éclats. Sous prétexte de répercuter la hausse de la TVA, inscrite dans le projet de loi de finances, les opérateurs vont en effet augmenter leurs tarifs. En brisant le dogme du forfait à 30 euros, ils vont pouvoir déployer des gammes de tarifs et ouvrir la voie à un Internet à plusieurs vitesses. C'est une double mauvaise nouvelle pour le consommateur. Non seulement ce dernier va voir sa facture augmenter, mais il ne pourra plus comparer les forfaits Internet. Ceux-ci risquent en effet d'être remplacés par des offres à tiroirs illisibles, très segmentées, toutes dotées d'options différentes, à l'image de ce qui existe pour les abonnements au téléphone mobile.

Cette semaine, Orange a été le premier à annoncer officiellement qu'il allait répercuter, jusqu'à trois euros, la hausse de la TVA sur la facture de ses clients. S'ils ne donnent pas encore de chiffre, SFR, Bouygues et Free déclarent qu'ils vont eux aussi relever leurs tarifs. Furieux de voir son modèle voler en éclats, Free a même annoncé qu'il ajouterait sur la facture de ses clients une ligne baptisée «taxe Baroin-Sarkozy», du nom de ses auteurs. SFR, en lançant sa nouvelle box «Evolution» à 34,90 mensuels, plus performante que son offre de base à 29,90 euros, a déjà montré la voie d'offres premium.

«Si nous nous sommes battus contre la hausse de la TVA, c'est bien parce que nous voyons le danger se profiler pour le consommateur. Avec la hausse de la TVA, une brèche s'est ouverte et les opérateurs s'y engagent. La France, qui prend déjà du retard sur la fibre, est en train de détruire son modèle ADSL, où elle est première de la classe et enviée par le monde entier, explique Édouard Barreiro, directeur des études chez UFC-Que choisir. Le problème n'est pas que les opérateurs ajoutent 3, 4 ou 5 euros à la facture, mais qu'ils ont là l'occasion de brouiller complètement les tarifs et de les rendre illisibles.»

Même inquiétude à l'Afutt, autre association de défense des consommateurs, qui a lancé vendredi un «dossier d'alerte». «Nous redoutons un big bang tarifaire. Le service de base se dégrade, et si le client veut avoir un accès qui fonctionne, il devra payer davantage», résume Jacques Pomonti, président de l'Afutt.

Seuil psychologique

En lançant le premier un forfait Internet illimité en 2002 au prix imbattable de 29,99 euros mensuels, Free, le trublion des télécoms, avait de facto créé un standard. Tous ses concurrents se sont alignés sur ce qui est vite devenu un seuil psychologique. Année après année, le prix est resté inchangé, alors que l'offre s'améliorait sans cesse au gré des innovations technologiques. En ayant toujours plus pour le même prix de 30 euros mensuels, le consommateur a vu le prix relatif de son forfait Internet baisser. Ce modèle vertueux a permis aux Français de s'équiper massivement et de faire de la France un des pays où l'accès Internet haut débit est parmi les plus élevés.

La France est le pays où l'accès Internet est parmi les moins chers. Là où le Français dépense 30 euros par mois, le Belge en dépense 70 et l'Américain 100. Et encore le service est moins étoffé : souvent il n'y a pas de télévision, et les appels ne sont pas illimités. La France fait ainsi la course en tête pour la télévision par Internet (IPTV) reçue via la box des opérateurs, et représente environ un tiers du marché mondial de l'IPTV. «Au Canada, le client paie encore à la qualité de données échangées. C'est pour cela que des sites d'écoute de musique en streaming comme Deezer ou Spotify ne peuvent pas marcher», explique Édouard Barreiro.

L'inventeur du modèle, Free, va-t-il faire de la résistance ? «Le modèle de Free est de gagner sur les services associés plus que sur la connexion à Internet. Mais Free seul pourra-t-il résister ?, observe Édouard Barreiro. Les opérateurs ne peuvent rogner sur leurs marges car ils doivent investir dans la fibre.» Face à cette nouvelle donne, le consommateur doit plus que jamais rester vigilant.

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