"Fin de la crise financière américaine" par François Chaulet (Montségur Finance)

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La remontée du taux d'escompte par la FED en février est un signe de la fin de la crise financière américaine. Mais la situation de l'emploi ne justifie pas actuellement une hausse des taux rappelle François Chaulet, directeur de Montségur Finance.

La crise financière née des défaillances des crédits subprime en juin 2007 a vécu. Le Président de la Réserve Fédérale Américaine a annoncé une première remontée du taux d'escompte à 0,75%, qui devrait être poursuivie afin de retrouver un rôle pénalisant pour les banques en manque de liquidités. C'est en effet le taux auquel les banques peuvent emprunter de l'argent à très court terme pour garantir leurs positions. Les mesures d'apport de liquidités exceptionnelles, rendues nécessaires par l'incapacité des banques à se prêter mutuellement par crainte de défauts, touchent à leur fin.

Au-delà d'une normalisation des marchés monétaires, Ben Bernanke a rassuré les marchés sur le fait que « la reprise économique naissante nécessite le maintien de taux bas pendant une période prolongée ». Si « à un moment donné, il faudra qu'un durcissement intervienne », il se fera seulement lorsque les créations d'emplois repartiront à la hausse, la Réserve Fédérale n'ayant jamais resserré le crédit sans cette condition.

La Banque Centrale Européenne fait face à des turbulences inédites. Les soubresauts qui ont saisi les marchés financiers en février ont trouvé leur origine dans une vague de spéculation lancée contre la dette de certains pays européens, à commencer par la Grèce. Fragilisés par leurs déficits budgétaires et les dettes accumulées pendant la crise et aggravés par les politiques de relance, certains pays ont dépassé des niveaux d'alerte. La finance anglo-saxonne a donné le nom péjoratif de « PIIGS » à ces pays, acronyme de « Portugal, Italy, Irland, Greece et Spain ».

À l'intérieur de la zone euro, les disparités sont plus importantes que jamais. Si les taux de référence à 10 ans pour la zone sont à 3,35 % en moyenne, les dettes émises par les gouvernements se négocient à 6,6 % pour la Grèce, 4,7 % pour l'Irlande, 4,3 % pour le Portugal et autour de 4 % pour l'Espagne et l'Italie. L'enjeu est de permettre à ces pays de continuer à émettre de la dette dans des conditions financières acceptables.

Une voix politique s'est élevée de l'Union pour tenter d'enrayer ces attaques qui ont entraîné la baisse de l'euro face au dollar. À 1,35 dollar pour 1 euro, on s'approche de la parité du pouvoir d'achat (évaluée à 1,25 dollar), une aubaine pour nos industries et nos services à l'export qui luttent pour conserver leurs parts de marché à armes inégales, le dollar américain et le yuan chinois sous-évalués accentuant l'écart de compétitivité.

On pourra surveiller les conclusions de l'enquête ouverte à l'encontre de la Banque d'Affaires Goldman Sachs, soupçonnée d'avoir aidé la Grèce à maquiller sa comptabilité publique. Une chose est certaine, l'usage de ces toujours fameux CDS (Crédit Default Swaps), initialement créés pour assurer une dette contre un risque de défaut, reste une arme de spéculation massive par les montants en jeu, opaques, car négociés de gré à gré et non pas sur des marchés réglementés.

La Banque Centrale Européenne doit également surveiller l'échéance au 1er juillet de la première opération à un an d'apport de 442 milliards d'euros de liquidités pour les banques européennes. Représentant plus de la moitié des liquidités actuelles, elle devrait prolonger l'accès illimité pour éviter toute tension supplémentaire.

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