Fin de grève des pilotes, victoire à la Pyrrhus pour Air France

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FIN DE LA GRÈVE DES PILOTES D'AIR FRANCE
FIN DE LA GRÈVE DES PILOTES D'AIR FRANCE

PARIS (Reuters) - Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), majoritaire à Air France, a décidé dimanche de lever la grève qui affectait la compagnie aérienne depuis 14 jours, sans pour autant être parvenu à un accord avec la direction.

Le trafic devrait "progressivement" revenir à la normale à partir de mardi. Les vols annulés dimanche et lundi le restent.

Pressée de "reconquérir la confiance" par le Premier ministre Manuel Valls, la direction de la compagnie s'est félicitée de la fin d'un mouvement "coûteux et dommageable" et a réaffirmé sa détermination à "faire progresser son modèle économique" dans un dialogue "constructif et responsable".

"Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir (...) sans sacrifier un projet stratégique de notre groupe", a assuré le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, lors d'une déclaration à la presse.

Les syndicats de pilotes reprochent à Alexandre de Juniac "un dialogue social étriqué".

Le SNPL explique dans un communiqué avoir choisi "l'option responsable" d'arrêter le grève, la plus longue depuis le conflit de 1998, et d'"apaiser la situation".

Les pilotes revendiquent "une victoire" face à la politique de "dumping social", selon eux, de la direction. "Nous avons remporté une bataille capitale, celle du projet Transavia Europe", disent-ils. Ils réaffirment leur détermination à ne rien lâcher à l'avenir sur le développement de Transavia France.

Une ultime série de négociations, qui s'est conclue dans la nuit de samedi à dimanche, n'a pas permis de rapprocher les positions. Les discussions achoppent toujours sur la revendication d'un contrat unique pour les pilotes.

"RIEN NE PEUT ARRÊTER LA RÉFORME"

Manuel Valls, qui avait mis la direction sous pression avant d'apporter son soutien à son protocole de sortie de conflit, a invité dans un communiqué à "reprendre au plus vite" le développement de l'entreprise, "notamment au travers de sa filiale Transavia France qui représente un atout indéniable sur le marché en plein essor du low-cost".

S'exprimant par la suite à Matignon, Manuel Valls, qui estime que sa "fermeté" réformiste a payé face à une grève "incomprise, corporatiste, égoïste", a appelé à la reprise du dialogue social dans l'entreprise, où grévistes et non grévistes se sont vivement affrontés.

"La démonstration est donc faite que rien ne peut arrêter la réforme. Notre pays connaît beaucoup de blocages et ma tâche, ma mission, c'est bien celle de lever ces blocages et de conduire les réformes quand il en va de l'intérêt général du pays", a dit le Premier ministre.

L'Etat détient près de 16% du capital d'Air France.

Manuel Valls a demandé à Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux Transports, "de renouer les fils avec la direction et de poursuivre le dialogue". "Cette grève coûte cher en image à la compagnie et a laissé des traces de divisions, de fractures, en son sein", a-t-il déploré.

Le mouvement a coûté entre 15 et 20 millions par jour à la compagnie.

La direction d'Air France regrette dans un communiqué que les organisations représentatives des pilotes n'aient pas signé un "protocole de fin de conflit équilibré et raisonnable" incluant de "nombreuses avancées".

"REPARTIR EN AVANT"

Elle "confirme sa décision de poursuivre sans délai le développement accéléré de Transavia en France, relais de croissance majeur du groupe".

Ce développement, précise-t-elle, "se fera dans les conditions économiques et sociales compétitives prévues". Air France attend de ce projet la création "rapide" de 1.000 postes, dont 250 emplois de pilotes.

"Il est temps maintenant de repartir en avant, de reconstruire sur les bases d'une cohésion retrouvée", a dit Frédéric Gagey, PDG d'Air France, dans une déclaration à la presse.

Le protocole présenté vendredi inscrit noir sur blanc l'abandon du projet Transavia Europe, que les syndicats dénonçaient comme la première étape vers la délocalisation des emplois de la compagnie à bas coûts.

Il supprime la disposition introduite en 2007 lors de la création de Transavia France qui limite à 14 avions la flotte de la filiale low-cost. Une flotte qu'Air France envisage de porter à 37 appareils, uniquement des Boeing 737. Les syndicats réclament une flotte homogène mais préfèrent l'A320 d'Airbus.

Le texte distingue en revanche toujours les contrats Transavia et Air France.

Alexandre de Juniac considère que la mise en place d'un contrat unique aux conditions Air France pour tous les pilotes engendrerait un surcoût de 2% à 3% pour Transavia et effacerait la marge de la compagnie à bas coûts.

Or, à travers son plan Perform 2020, dont Transavia France est un élément essentiel, Air France-KLM entend poursuivre ses réductions de coûts au cours des prochains exercices et vise une croissance de son excédent brut d'exploitation avant locations opérationnelles (Ebitda) de 8 à 10% par an entre 2013 et 2017.

Le protocole prévoit qu'un pilote détaché temporairement chez Transavia soit soumis aux conditions de travail de la filiale low-cost mais conserve, entre autres, les bénéfices d'un avancement de carrière à l'échelle du groupe.

(Sophie Louet avec Grégory Blachier)

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