Fin de campagne en Centrafrique avant les élections de mercredi

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    par Crispin Dembassa-Kette 
    BANGUI, 29 décembre (Reuters) - La campagne électorale s'est 
achevée lundi soir en Centrafrique où le scrutin de mercredi 
doit rétablir la règle démocratique dans un pays qui a basculé 
début 2013 dans la violence au prix de milliers de morts et de 
près d'un million de personnes déplacées. 
    Les élections présidentielle et législatives étaient 
initialement prévues dimanche. Elles ont été repoussées de trois 
jours en raison de problèmes d'acheminement des urnes et de 
formation des assesseurs. (voir  ID:nL8N14D1TP ) 
    Les membres ou anciens membres du gouvernement de 
transition, au premier rang desquels la présidente intérimaire 
Catherine Samba-Panza, ont été interdits de se présenter. 
    Trois des principaux candidats à la magistrature suprême ont 
organisé lundi des "caravanes électorales" qui ont sillonné à 
vitesse réduite les rues de la capitale, Bangui. 
    "La campagne s'achève sur cette grande caravane. Beaucoup de 
Centrafricains, surtout les jeunes gens, placent leur espoir en 
moi et c'est une lourde responsabilité", a déclaré l'ancien 
Premier ministre Anicet-Georges Dologuélé, un des principaux 
candidats. 
    "Si ces élections ne sont pas justes et transparentes, elles 
risquent de constituer une nouvelle source de problèmes", a-t-il 
ajouté. 
    L'ancien ministre des Affaires étrangères Karim Meckassoua, 
un autre ex-Premier ministre, Martin Ziguélé, et Bilal Désiré 
Nzanga-Kolingba, fils d'un ancien président, figurent aussi au 
nombre des candidats principaux, même si aucun sondage n'a été 
mené dans le pays, que ce soit pour l'élection présidentielle ou 
l'élection des députés de l'Assemblée nationale. 
    Karim Meckassoua, musulman originaire du quartier PK-5 de 
Bangui, en proie à de fréquents affrontements, avait réuni pour 
sa part ses partisans dans un quartier contrôlé par les milices 
chrétiennes anti-Balaka. 
    "Je suis allé avec beaucoup d'enthousiasme à la rencontre de 
mes compatriotes, même ceux qui se sont réfugiés pour fuir le 
conflit", a-t-il dit. 
     
    SÉCURITÉ ET DIVISIONS 
    A quelques jours de ces élections, la Centrafrique a 
approuvé par référendum le 13 décembre une nouvelle 
constitution. La consultation a été marquée par des violences 
dans le quartier de PK-5. Mais selon la Britannique Diane 
Corner, chef adjointe de la Minusca, la Mission de l'Onu en 
Centrafrique, le référendum s'est déroulé normalement dans 80% 
des bureaux de vote du pays. "Il y a eu des événements plutôt 
dramatiques, mais dans un petit nombre d'endroits", a-t-elle 
dit.(voir  ID:nL8N1420GA ) 
    Les Nations unies ont indiqué que la formation des agents 
électoraux avait été menée à bien dans les 15 préfectures du 
pays comme à Bangui. 
    A moins de quarante-huit heures du scrutin, des doutes 
demeurent cependant sur la capacité d'un pays divisé entre chefs 
de guerre à organiser des élections crédibles et, plus encore, 
sur la capacité du futur président à réunifier la Centrafrique. 
    Le pays, à la population majoritairement chrétienne, a 
plongé dans la violence début 2013, quand les rebelles de la 
Séléka, une coalition majoritairement musulmane, ont pris le 
pouvoir en renversant le président François Bozizé. 
    Des exactions commises par les rebelles ont conduit à 
l'émergence de milices chrétiennes qui ont lancé des 
représailles contre les civils musulmans, provoquant 
l'intervention des militaires français de l'opération Sangaris 
et des casques bleus de l'Onu. 
    La sécurité, alors que le processus de désarmement est 
quasiment à l'arrêt, reste un problème majeur dans le pays. "On 
se dirige vers ces élections alors dans de nombreuses régions, 
on est en zone de guerre", estime Lewis Mudge, de l'organisation 
Human Rights Watch (HRW).     
    L'Onu a promis une forte présence pour assurer la sécurité 
du scrutin. Mais après ? "Le vainqueur pourra sans doute 
gouverner Bangui et des portions de l'ouest et du sud-ouest du 
pays, mais dans l'est et le nord-est, je n'en ai pas la moindre 
idée", confiait récemment un haut responsable de l'Onu sous 
couvert d'anonymat. 
    Plusieurs factions de la coalition Séléka se sont retirés 
dans les régions du nord-est. Certains chefs de guerre, comme 
Noureddine Adam, ont flirté avec l'idée d'une sécession. 
    Il est encore plus difficile de négocier avec les milices 
anti-Balaka (anti-machette), qui tiennent le sud et le 
sud-ouest. "Chez les anti-Balaka, il n'y a pas deux ou trois 
directions distinctes, mais une galaxie de chefs locaux sans 
allégeance politique stable et la seule chose qu'ils aient en 
commun, c'est le goût du banditisme", écrivait l'International 
Crisis Group (ICG) dans un rapport publié en septembre. 
 
 (avec Joe Bavier et Media Coulibaly à Bangui et Michelle 
Nichols au siège de l'Onu à New York; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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