Fin à Paris du procès d'un acteur présumé du génocide rwandais

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FIN À PARIS DU PROCÈS D'UN ACTEUR PRÉSUMÉ DU GÉNOCIDE RWANDAIS
FIN À PARIS DU PROCÈS D'UN ACTEUR PRÉSUMÉ DU GÉNOCIDE RWANDAIS

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - L'ancien capitaine rwandais jugé à Paris pour sa participation présumée au génocide des Tutsi en 1994 a appelé vendredi la Cour à ne pas se laisser "rouler", quelques heures avant le verdict.

Au terme de six semaines d'un procès historique, le premier du genre en France vingt ans après le génocide, l'avocat général a requis mercredi la réclusion à perpétuité pour Pascal Simbikangwa. Il a également demandé la requalification des faits qui lui sont reprochés en génocide et non plus complicité.

Selon l'accusation, les débats ont en effet montré que cet ancien militaire et agent des renseignements était un "donneur d'ordres" et un "instigateur" des massacres qui ont fait quelque 800.000 morts en à peine 100 jours, entre avril et juillet 1994.

"La justice de France n'a rien sur moi, mais j'ai droit au réquisitoire que ni les ministres, ni les généraux n'ont eu", a déclaré vendredi Pascal Simbikangwa.

"Dans quelques instants, vous serez seuls devant votre conscience, vous êtes appelés à décider de ma destinée (...) la tâche vous sera aisée, vous savez sûrement de quel côté penche l'innocence (...), dites au monde qu'au nom de la France, vous ne vous laisserez jamais dévier, jamais rouler", a-t-il ajouté, en s'adressant aux jurés.

Pascal Simbikangwa, paraplégique depuis un accident de la route en 1986, est mis en cause pour avoir fourni des armes mais aussi des conseils, des encouragements et des instructions à des miliciens durant le génocide.

UN VERDICT TRÈS ATTENDU À KIGALI

Il a toujours nié toute implication dans les massacres, dénonçant de faux témoignages et se disant victime d'une "chasse aux sorcières" orchestrée par l'ancienne rébellion Tutsi désormais au pouvoir.

Au dernier jour de son procès, Pascal Simbikangwa a dit "penser" à toutes les victimes du génocide.

"Pardon pour la faiblesse de ma condition qui ne m'a pas permis de vous venir en aide comme je l'aurais voulu", a-t-il déclaré.

L'accusé, qui a protégé plusieurs Tutsi pendant les massacres - une cinquantaine selon ses dires - n'a eu de cesse de se décrire comme un Juste.

"Il a malgré tout demandé pardon aux Tutsi, même si ce n'est pas le genre de pardon que l'on pouvait attendre", a dit à Reuters Me Simon Foreman, avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda.

La Cour, qui s'est retirée pour délibérer en début de matinée, doit se prononcer sur le sort de Pascal Simbikangwa ce vendredi, quelques semaines avant les commémorations du vingtième anniversaire du génocide.

Son verdict est très attendu par Kigali, qui a souvent reproché à la France sa lenteur dans la poursuite des suspects.

Paris peut juger des présumés génocidaire depuis 1996.

(Edité par Yves Clarisse)

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