Fillon, Trump, Syrie: tous les voyants au vert pour Poutine

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Le président russe Vladimir Poutine lors d'une rencontre avec des officiels de la Fifa, le 25 novembre à Moscou ( SPUTNIK/AFP/Archives / Alexey DRUZHININ )
Le président russe Vladimir Poutine lors d'une rencontre avec des officiels de la Fifa, le 25 novembre à Moscou ( SPUTNIK/AFP/Archives / Alexey DRUZHININ )

Jusque-là isolé sur la scène internationale, Vladimir Poutine semble avoir raflé la mise en novembre après plusieurs scrutins plaçant des russophiles au pouvoir en Europe et aux Etats-Unis. Une conjoncture sur laquelle le Kremlin va tenter de capitaliser, selon des politologues russes.

Le 8 novembre, Donald Trump, qui ne cache pas sa sympathie pour le président russe, remporte la Maison Blanche et promet de nouer "des relations fortes" avec Moscou. Moins d'une semaine plus tard, c'est au tour des prorusses Roman Radev en Bulgarie et Igor Dodon en Moldavie d'accéder au pouvoir.

Et dimanche, en France, la droite choisit comme candidat à la présidentielle de 2017 l'ex-Premier ministre François Fillon, qui prône le rapprochement avec Moscou, tout comme la chef de file de l'extrême droite Marine Le Pen qui ne tarit pas d'éloges pour Vladimir Poutine.

Avec l'élection aux Etats-Unis et en Europe de dirigeants parlant de rapprochement avec Moscou, Vladimir Poutine paraît de plus en plus central dans les débats qui secouent l'Occident en ce début de XXIe siècle. Pour Maria Lipman, spécialiste du centre Carnégie à Moscou, cette nouvelle donne est le résultat d'une "politique mise en place depuis longtemps, et dont il cueille les fruits aujourd'hui".

"Si Vladimir Poutine est de plus en plus populaire, c'est parce que les gens sont de plus en plus attirés par les dirigeants qui se positionnent contre l'establishment", fragilisé par de multiples crises politiques et économiques, explique-t-elle.

Si son nom est sur toutes les lèvres, le président russe revient pourtant de loin: en mars 2014, après l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée, il est ostracisé et une série de sanctions européennes et américaines visent la Russie, affaiblissant son économie.

Un soutien du président élu, Donald Trump, à la Trump Tower, le 29 novembre
Un soutien du président élu, Donald Trump, à la Trump Tower, le 29 novembre ( AFP / Bryan R. Smith )

Puis en septembre 2015, avec le lancement d'opérations militaires en soutien à l'armée syrienne, il concentre les critiques : la Russie est accusée par plusieurs pays occidentaux d'être complice de "crimes de guerre" à Alep, épicentre du conflit syrien.

- Poutine, 'alternative' à Washington -

Face à la Russie, Bruxelles, l'un des centres névralgiques de pouvoir sur la scène internationale, subit un important revers: en juin, les Britanniques votent en faveur d'une sortie de l'Union européenne, déjà fragilisée par la montée des courants populistes.

De l'autre côté de l'Atlantique, plusieurs échecs de la politique extérieure américaine sapent l'autorité de Washington dans le monde, notamment sur le dossier syrien où Moscou prend les devants.

Des familles syriennes quittent les secteurs d'Alep contrôlés par les rebelles anti-Assad, le 29 novembre
Des familles syriennes quittent les secteurs d'Alep contrôlés par les rebelles anti-Assad, le 29 novembre ( AFP / George OURFALIAN )

De quoi créer un appel d'air pour les idées de Vladimir Poutine, qui apparait soudain comme une alternative viable à Washington et Bruxelles, analyse le politologue russe Konstantin Kalatchev.

"L'enthousiasme pour Poutine, c'est surtout le désir de sortir d'un monde unipolaire, de trouver un nouvel équilibre mondial", explique-t-il.

Selon lui, Vladimir Poutine séduit parce qu'il "se présente comme un homme simple, qui sait gérer le danger et qui peut faire plier les Etats-Unis".

D'autant plus que le président russe est perçu comme "le puissant héritier des dirigeants communistes" qui s'opposaient aux Occidentaux, ajoute Maria Lipman.

- Abroger les sanctions -

Fort de la nouvelle popularité du président russe, le Kremlin pourrait-il en profiter pour avancer ses pions sur certains dossiers épineux, comme les sanctions contre Moscou ou la Syrie?

"Le coût qu'a payé la population russe pour que Vladimir Poutine obtienne cette position de force dans les affaires internationales, est gigantesque: il y a eu un véritable affaissement du niveau de vie", notamment à cause des sanctions européennes et américaines contre Moscou, rappelle Maria Lipman.

Vladimir Poutine et François Fillon, le 18 novembre 2011 à Moscou
Vladimir Poutine et François Fillon, le 18 novembre 2011 à Moscou ( AFP/Archives / NATALIA KOLESNIKOVA )

La priorité va être du coup de capitaliser sur ces nouvelles sympathies dans le cercle des élites dirigeantes pour aboutir à la levée de ces sanctions, prévient-elle.

Un scénario plausible: Donald Trump, deux candidats à l'élection présidentielle française - François Fillon et Marine Le Pen -, sans oublier la Bulgarie, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie, sont en faveur de l'abrogation des sanctions.

Mais face à Vladimir Poutine, se dresse encore la chancelière allemande Angela Merkel qui se représente en 2017 et plaide pour la fermeté à l'égard de Moscou sur la Crimée et s'oppose aux bombardements russes sur Alep.

Le Kremlin doit aussi composer avec le président turc Recep Tayyip Erdogan: malgré le réchauffement de leurs relations, Ankara appuie toujours les rebelles.

Peu importe, sur le dossier syrien, Vladimir Poutine "est déjà le grand gagnant: il a réussi à faire croire que le choix se réduisait à Bachar al-Assad ou l'organisation Etat islamique", explique Maria Lipman. "Cette position de négociation est désormais presque inébranlable".

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  • delapor4 il y a 2 jours

    M6749 écrit : "Que vont faire ces 50 000 réfugiés? Ils vont venir chez nous, chez les chrétiens tant détestés mais riches et charitables grâce à nos belles âmes". Non, nous ne sommes pas charitables, c'est nous qui avons payé et entraîné des tueurs venus du monde entier pour détruire leur pays. En plus, nous faisons un embargo alimentaire et financier contre eux. Et pourtant ils ne nous avaient rien fait !!! Ne l'oublions jamais.

  • M7163258 il y a 2 jours

    Les Russes ne s'occupe pas de l'EI actuellement, ils se contentent de bombarder Alep et ses infrastructures scolaires médicales etc...Les trolls poutistes envahissent les réseaux sociaux mais la résistance s'organise ...Tout n'est pas au vert loin de là! Le flirte Poutine Erdogan est déjà terminé...

  • M7163258 il y a 2 jours

    ZvR vous avez un décodeur pour vos posts ? Nous ne sommes pas dans votre esprit ! en même temps heureusement! Cela à l'air éventé et très désordonné !!!

  • charleco il y a 2 jours

    La coalition occidentale fait semblant de combattre les terroristes, en réalité elle les soutient contre Assad et la France est partie prenante dans ce jeu pervers qui consiste à imputer à Poutine les tueries perpétrées par les terroristes ("qui font du bon boulot", dixit Fabius). J'espère que cette gauche maléfique sera jugée et punie pour tous ses méfaits.

  • ZvR il y a 2 jours

    Au final les US reprendront le business avec les Russes pendant que les colonies européennes maintiendront les sanctions et paieront les factures.