Fillon-Juppé, deux nuances de libéralisme économique

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François Fillon et Alain Juppé le 19 septembre 2016 à Paris ( POOL/AFP/Archives / Michel Euler )
François Fillon et Alain Juppé le 19 septembre 2016 à Paris ( POOL/AFP/Archives / Michel Euler )

Impôts, dépense publique, retraites, droit du travail... Les programmes d'Alain Juppé et de François Fillon présentent de nombreuses similitudes, tant sur le plan économique que social, mais diffèrent sensiblement sur l'ampleur du "choc" qu'ils entendent créer.

"Tisane contre vodka": voilà comment certains commentateurs ont résumé la différence d'approche entre le maire de Bordeaux et le député de Paris, les deux finalistes de la primaire de la droite. Une analyse en forme de clin d'oeil après les invectives grinçantes échangées ces dernières semaines par les deux candidats.

"Le programme d'Alain Juppé, c'est un programme d'une extrême prudence", a ainsi raillé l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy. "François Fillon se présente comme le candidat qui a le programme le plus audacieux. Moi, je dis que c'est le programme le moins crédible", a rétorqué son challenger.

Fillon-Juppé programmes
Fillon-Juppé programmes ( AFP / Sophie RAMIS, Paul DEFOSSEUX )

Les deux candidats, pourtant, ont des propositions très similaires. "Il y a très peu de différences", juge Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, pour qui "les deux programmes sont marqués par la politique de l'offre, avec une baisse de la fiscalité des entreprises et une réduction de la sphère publique".

Une opinion partagée par Michel Didier, président de l'institut COE-Rexecode, proche du monde de l'entreprise, pour qui les propositions des deux candidats LR "sont assez proches dans leur inspiration".

- 'Multiplié par deux' -

Les deux prétendants à l'Elysée, de fait, s'accordent à vouloir réduire les prélèvements obligatoires, en supprimant l'ISF et en baissant les charges et les cotisations sociales. En compensation, tous deux souhaitent augmenter la TVA, de 20% à 21% pour Juppé et à 22% pour Fillon.

Alain Juppé à son QG de campagne le 21 novembre 2016 à Paris
Alain Juppé à son QG de campagne le 21 novembre 2016 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Ils prévoient en outre une réduction drastique de la dépense publique, de l'ordre de 100 milliards d'euros pour François Fillon, qui souhaite faire passer la dépense publique de 57 à 50% du PIB, et de 85 à 100 milliards d'euros pour le maire de Bordeaux.

Les deux anciens Premier ministres ont des positions proches également sur les questions sociales. Sur les retraites, ils prévoient de repousser l'âge de départ de 62 à 65 ans, avec un alignement progressif du régime des fonctionnaires sur celui du privé.

Concernant les chômeurs, ils souhaitent renforcer les contrôles, avec une radiation automatique après deux refus d'emplois dits "raisonnables", mais aussi réduire le montant des allocations versées, via des mécanismes de dégressivité et de plafonnement des indemnités.

Où se nichent alors les différences entre les deux programmes? "Le schéma est le même. Mais pas le rythme et l'ampleur" des mesures proposées, tranche Michel Didier. "Chez Fillon, on a l'impression que tout est multiplié par deux", abonde Mathieu Plane, économiste à l'OFCE.

- Thatcher et Reagan -

Le député de Paris propose ainsi de compenser les baisses d'impôts par 500.000 suppressions de postes de fonctionnaires en cinq ans, soit 10% de l'effectif de la fonction publique. Alain Juppé, de son côté, a évoqué entre 200.000 à 300.000 suppressions de postes.

François Fillon le 20 novembre 2016 à Paris
François Fillon le 20 novembre 2016 à Paris ( POOL/AFP/Archives / Thomas SAMSON )

Sur la remise en cause des 35 heures, là aussi l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy va plus loin. A la différence de Juppé, qui souhaite maintenir une durée légale à 39 heures, il supprime cette notion dans le secteur privé, laissant juste dans la loi la durée maximale européenne de 48 heures.

Ces prises de position renforcent l'image d'"ultra-libéral" dégagée par l'ancien lieutenant de Philippe Séguin, qui a vanté durant sa campagne les réformes menées par Margaret Thatcher dans les années 1980. Et souligne, en contrepoint, l'image de "libéral plus classique" de son challenger.

"François Fillon, d'une certaine manière, souhaite mettre en place un programme économique à la Ronald Reagan, avec des baisses d'impôts et de dépenses publiques", souligne Patrick Artus. "Mais ce n'est pas sûr que ça marche", ajoute l'économiste.

Plus pressé que son rival, François Fillon a promis des baisses d'impôts massives dès 2017, quitte à voir le déficit public s'envoler. Un point de divergence supplémentaire avec Alain Juppé, qui envisage une mise en oeuvre plus progressive pour limiter le dérapage budgétaire.

"Chez Fillon, il y a la volonté de créer un +choc+", résume Mathieu Plane. Un "choc" présenté comme salutaire par ses partisans, mais qui pourrait entraîner dans un premier temps, selon l'économiste, un "effet récessif" sur l'activité, en pénalisant le pouvoir d'achat des ménages.

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  • M8252219 il y a 3 semaines

    Les français sont égaux , Il n'y a pas deux type de citoyens , ceux qui bossent dans le privé dans le vent et les tempètes de la mondialisation et les autres planqués sous le parapluie de la fonction publique et des statuts spéciaux .

  • M6445098 il y a 3 semaines

    Juppépé libéral?!!!

  • M8252219 il y a 3 semaines

    Il ne peut pas y avoir d'avancée sociale sans production de richesses , Il n'y a pas d'égalité sociale quand plus de 5 millions de personnes , statuts spéciaux , fonctionnaires et assimilés ponctionnent cette richesse et vivent sur le dos des salariés et des entreprises. Départ en retraite plus tôt , Meilleurs calcul de la retraite , absence au travail double du privé , temps de travail inférieur au privé . Pas de délais de carence.

  • cidem il y a 3 semaines

    Que ce soit l'un ou l'autre, il sera élu au 2e tour contre MLP avec 80% et donc, avec les voix de gauche. Du coup, faudra voir s'il appliquera quand même le programme où se sentira "tenu" par la gauche (comme chirac). De plus, les syndicats et Cie diront avoir elu Fillion/Juppé mais pour un autre programme. Ils se sentiront donc légitime de mettre des battons dans les roues des réformes.

  • YesWeTax il y a 3 semaines

    On sait pertinemment que les promesses ne sont pas tenues à 100%. Si l'on annonce 100% et réalise 60% ou 70%, c'est quand même mieux.Deux problématiques de la France sont les fonctionnaires et les syndicats qui bloquent ou cassent la croissanceLe chômage n'est une conséquence de tout ça. Il faut redéfinir la fonction publique, tout le monde n'est pas nécessairement fonctionnaire.Quant aux syndicats qui ne présentent qu'eux même, il faut les supprimer et redonner le pouvoir aux salariés.

  • dbourge4 il y a 3 semaines

    Quand on est malade, autant appliquer les remèdes les plus efficaces au plus tôt pour pouvoir profiter de la bonne sante au plus tôt

  • fquiroga il y a 3 semaines

    ce sont juste des promesses electoralistes...........en tout cas, bye, bye Sarko.....

  • M3471517 il y a 3 semaines

    Que ce soit Fillon ou Juppé, on est très loin du libéralisme. Il s'agit juste d'adoucir la chape socialiste qui étouffe, économiquement et socialement, la France.

  • YTRAM il y a 3 semaines

    Pas tres compliqué ,fermer le robinet de leur financement public ,car ils vivent pratiquement que de ça

  • jmlhomme il y a 3 semaines

    Le probleme est surement moins leurs differences de programme que le moyen ( l'autorité et les méthodes ) de l'appliquer qui est aujourd'hui en questionnement pour tout le monde. Comment modifier les syndicats non représentatifs et leurs actions entravant les volontés populaires