Fillon face au défi du "rassemblement" de son camp

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FILLON DOIT RASSEMBLER SON CAMP
FILLON DOIT RASSEMBLER SON CAMP

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - François Fillon, désormais leader de la droite, s'attelle au rassemblement de son camp pour la présidentielle, des sarkozystes au centre, une équation politique complexe pour un candidat qui n'entend pas sacrifier son programme à l'unité.

Dimanche, au soir d'un plébiscite qui lui donne les coudées franches, il s'est dit investi du "devoir de convaincre tout un pays que notre projet est le seul qui puisse nous hisser vers le haut, pour l'emploi, pour la croissance".

Il lui incombe d'abord de rallier les siens à son programme "de rupture" fustigé par les syndicats () et dont la radicalité a été critiquée à droite par les juppéistes, les sarkozystes, Bruno Le Maire, mais aussi les centristes de l'UDI et le président du MoDem François Bayrou.

Avant d'inévitables tractations, l'ancien Premier ministre veut s'assurer le soutien des parlementaires Les Républicains, une formalité qui devrait se concrétiser par sa venue mardi aux réunions du groupe LR à l'Assemblée et au Sénat.

Sa priorité est d'asseoir son autorité sur le parti, comme l'y autorisent les statuts de LR. Laurent Wauquiez, président par intérim du mouvement remanié à sa main par Nicolas Sarkozy, pourrait en faire les frais.

"On va voir. (...) On va avoir l'occasion d'en discuter. (..) J'aime ce que je fais, après, ce n'est pas moi qui décide", a dit sur RTL le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Un bureau politique devrait être convoqué sous peu, probablement mardi, pour arrêter le futur organigramme. Les statuts stipulent que le candidat désigné pour la présidentielle "propose au bureau politique les conditions dans lesquelles la direction du mouvement est assurée".

"ÉQUILIBRE"

Les noms de Bernard Accoyer, ancien président de l'Assemblée, et de Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, ont été cités pour succéder au "trop" sarkozyste Laurent Wauquiez, mais, invités respectifs lundi matin de Public Sénat et RTL, ils ont paru écarter cette hypothèse.

"Est-ce que ce sera un filloniste ou un sarkozyste ? On n'en sait rien. (...) Il faut que François Fillon imprime sa marque, mais ça ne veut pas dire prendre que des fillonistes", a expliqué sur RTL le député Bernard Debré, l'un de ses soutiens.

Querelles d'hommes, querelle de projets.

Si le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, qui avait soutenu Alain Juppé, a consenti dimanche soir une ouverture en vue d'un "projet législatif commun", la mouvance centriste est loin de suivre François Fillon comme un seul homme.

A commencer par François Bayrou, qui laisse planer le doute sur ses intentions pour la présidentielle.

Après avoir qualifié de "dangereux" le programme de François Fillon, le triple candidat à l'Elysée a estimé dimanche soir qu'il posait de "nombreuses questions aux citoyens et à notre société, qui vont apparaître dans les semaines qui viennent."

"Ces questions devront trouver réponse", insiste-t-il.

Dans une récente interview au Figaro, François Fillon s'était dit "confiant" en l'attitude du maire de Pau auquel le lient des "relations anciennes, réfléchies et courtoises".

"On peut être d’accord pour reconnaître que la division serait mortelle pour nous tous et pour la France", disait-il.

LE PROJET FILLON EN QUESTION

Bruno Retailleau souligne que François Fillon, qui ne déteste rien tant que les discussions "d'arrière-boutiques", sera "solide" sur son projet.

Les responsables de l'UDI, qui escomptaient revoir à la hausse leurs investitures pour les législatives, sont prévenus.

"Il y aura une marge de négociation en fonction de leur adhésion à mon projet. C’est l’union autour du projet qui fait les alliances solides", disait François Fillon dans Le Figaro.

Quant à amender son projet, "certainement pas!", a lancé l'ancien Premier ministre avant le premier tour de la primaire.

Le débat sur le projet de François Fillon s'est ouvert lundi dans les rangs mêmes de ses soutiens, partagés sur la nécessité d'infléchir ou non le "programme puissant" de leur champion.

Les antagonismes se focalisent pour l'heure sur sa proposition de réforme de la Sécurité sociale qui réserverait l'assurance publique universelle aux affections graves et de longue durée, le reste étant renvoyé aux mutuelles, exception faite des plus démunis.

"Qu'il y ait un problème sur l'avenir de notre protection sociale, c'est évident. Mais je pense qu'il faut retravailler ce point, de façon à ce qu'il soit infléchi et accepté par nos compatriotes", a estimé Bernard Accoyer sur Public Sénat.

"C'est mal connaître François Fillon que de croire un seul instant qu'il va attiédir, affadir son projet", a répliqué sur RTL Bruno Retailleau, qui déplore des "caricatures".

Dans le jeu de poker qui s'amorce, le candidat de la droite a déjà l'appui des sarkozystes, qui l'ont ménagé dans l'entre-deux-tours après avoir pour beaucoup raillé ses ambitions.

"Il faut absolument garder la même partition, mais ajouter des gammes différentes. Si, le lendemain de son élection à la primaire, le premier signe c'est de renoncer à ce qu'on a proposé, rien ne serait pire", a résumé Laurent Wauquiez.

(Edité par Yves Clarisse)

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