Fillon-Copé, un débat sans heurts malgré les divergences

le
0
FILLON-COPÉ, UN DÉBAT SANS HEURTS MALGRÉ LES DIVERGENCES
FILLON-COPÉ, UN DÉBAT SANS HEURTS MALGRÉ LES DIVERGENCES

PARIS (Reuters) - François Fillon et Jean-François Copé, concurrents pour la présidence de l'UMP, ont marqué leurs différences tout en évitant l'écueil de l'affrontement jeudi soir lors d'un débat télévisé censé éclairer les militants du parti néo-gaulliste pour le scrutin interne du 18 novembre.

Chacun dans leur registre, celui du "rassembleur" pour l'ancien Premier ministre, du "résistant" pour le secrétaire général de l'UMP, les duellistes se sont efforcés sur France 2, dans cet exercice inédit à droite, d'incarner l'alternative à Nicolas Sarkozy tout en récusant, sous le sceau de la loyauté, un "droit d'inventaire" du quinquennat passé.

Le député-maire de Meaux, nettement devancé par le député de Paris dans les sondages auprès des sympathisants UMP, a creusé le sillon, voire durci le trait de la "droite décomplexée" qu'il entend défendre durant les trois ans du mandat en jeu.

Visant implicitement François Fillon, qualifié parfois de "Hollande de droite" par son entourage, et François Baroin, qui juge "toxiques" ses propos sur le "racisme anti-Blancs" et le ramadan, il a dit son hostilité à "un rassemblement à l'eau tiède", à "une droite complexée, qui est dans la fausse pudeur, qui a peur de l'éditorial assassin de la presse parisienne".

L'élu de Meaux n'a eu de cesse durant l'émission de se démarquer, à l'image de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle, d'une élite parisienne "avec une pince à sucre" enchaînant "des phrases ampoulées qui ne servent à rien". Une pique voilée au député de Paris François Fillon, présenté comme "le candidat des barons", mais qui a relevé avec ironie que Nicolas Sarkozy était "un élu de Neuilly".

"JE SUIS DE DROITE"

Rejetant l'accusation de "droitisation", "ce mot codé repris" à la gauche, Jean-François Copé a persisté sur l'anecdote du "pain au chocolat" confisqué en temps de ramadan, précisant que cet épisode n'était pas inventé et datait "d'il y a quatre ou cinq ans". Coupures de presse à l'appui, il a relaté des cas similaires causés selon lui par "des voyous qui instrumentalisent la religion".

L'objectif de Jean-François Copé est de capter les suffrages des militants du parti, encore nostalgiques d'un sarkozysme radical, pour espérer l'emporter le 18 novembre. De 264.000 à 300.000 adhérents à jour de cotisation sont appelés à voter.

Adoptant des accents de l'ancien président, Jean-François Copé s'est présenté comme le "premier des militants" et "des opposants" avec "un seul message, qui est celui de l'appel à la résistance" face à la "véritable opération d'abaissement" de la France menée selon lui par François Hollande.

Un argument développé, dramatisé par François Fillon, qui a dressé le portrait d'une France "fragilisée", menacée de récession, au bord de "la crise politique", ce qui lui a permis d'étayer son discours de futur présidentiable pour 2017.

Une vision à long terme que lui dénie Jean-François Copé, qui a réaffirmé que les municipales de 2014 étaient le rendez-vous prioritaire. A ce sujet, François Fillon a estimé que tout était "possible" s'agissant d'une éventuelle candidature à la mairie de Paris.

Ce dernier s'est attaché à contrer l'argumentaire des "copéistes" selon lequel il incarnerait une "droite molle", le jugeant "agaçant" et "inexact". "Je suis de droite, mes valeurs sont de droite", a-t-il dit, repoussant l'appellation de "centriste", "très très éloigné de mon tempérament".

Il s'est toutefois démarqué pour la première fois publiquement de Jean-François Copé dans le débat sur le "pain au chocolat", expliquant que "chacun s'exprime comme il l'entend", mais qu'il ne l'"aurai(t) pas dit comme ça".

"BEAUCOUP DE POINTS COMMUNS"

Mais dans les propositions - il a rappelé son projet de quotas d'immigration - comme dans le vocabulaire - il a évoqué les "cohortes d'étrangers" qui ont émigré par le passé en France -, l'ex-Premier ministre n'a pas reculé devant un discours dit "droitier". Il a mis en garde contre l'émergence en France de "ghettos avec des hommes et des femmes qui ne se sentent pas français, qui sont en quelque sorte des déracinés".

L'intégration de l'islam dans la société française n'a pas à "être discutée", a-t-il en outre souligné, refusant de laisser à Jean-François Copé le monopole des thèmes sociétaux.

Ainsi a-t-il estimé pour la première fois publiquement qu'il faudrait revenir sur le texte autorisant le mariage homosexuel, s'il est voté par le Parlement, en cas d'alternance. Ce que Jean-François Copé n'a pas dit.

Sur le positionnement face à l'extrême droite, François Fillon, qui s'était dissocié du "ni Front national ni Front républicain" en l'absence de l'UMP au second tour d'une élection, une stratégie prônée par Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, a finalement rejoint ces derniers.

Il a déclaré qu'il n'appellerait "jamais à voter pour le Parti socialiste", tout en ajoutant qu'il ne mettait pas le PS et le FN "sur le même plan".

"On a beaucoup de points communs", a concédé Jean-François Copé lors du débat qui a clos l'émission, un débat qui n'en fut pas un, les candidats s'astreignant avec force sourires empruntés et tutoiements à une entente de façade. Ils se sont respectivement engagés à "se tendre la main" au lendemain du 18 novembre quelle que soit l'issue du scrutin.

Quant à la future présidentielle, François Fillon a aiguillonné son adversaire - qui a répété sa promesse de se ranger derrière Nicolas Sarkozy si celui-ci se représentait - en déclarant que "la question de 2017, ce n'est pas la question de Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé ou François Fillon".

"Le moment venu, je serai avec celui qui aura le plus de chance de faire gagner notre famille. Si c'est Nicolas Sarkozy, je serai avec lui, si c'est Jean-François, je serai avec lui, et j'espère que si c'est moi Jean-François sera avec moi", a-t-il dit. "Zéro problème", a répondu ce dernier d'un air contraint.

Sophie Louet

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant