Fillon "comprend" le recul sur le Mistral, fustige des "erreurs"

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* Des élus UMP craignent un effet négatif sur les ventes d'armes * D'autres dénoncent un alignement sur l'Otan * Fillon juge la décision inévitable mais regrette des "erreurs" * Cette décision "va à l'encontre des intérêts du pays"-Le Pen (Actualisé avec Fillon) PARIS, 4 septembre (Reuters) - L'ancien Premier ministre François Fillon a dit jeudi comprendre le recul de l'exécutif français sur la livraison d'un navire de guerre Mistral à la Russie, tout en fustigeant les "erreurs" commises par la France dans la gestion de la crise ukrainienne. Son analyse est plus nuancée que celle d'autres responsables UMP et du Front national, même si tous craignent les conséquences sur les fournitures d'armes de la France, et notamment sur l'éventuel contrat pour la livraison de 126 Rafale à l'Inde, dont la signature pourrait intervenir bientôt. La France a annoncé mercredi qu'elle suspendait jusqu'en novembre sa décision de livrer ou non le premier porte-hélicoptères Mistral à la Russie en raison des "actions" de Moscou en Ukraine, à la veille d'un sommet de l'Otan où elle aurait été mise sous pression sur ce dossier. ID:nL5N0R44IK "Il ne s'agit pas d'une décision définitive puisque la livraison est prévue le premier novembre, 4 ans jour pour jour après la signature", a précisé une source diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit espérer que les conditions pour une livraison soient réunies à l'avenir si Moscou s'engage dans une désescalade en Ukraine. François Fillon, qui soutenait la livraison de Mistral, a estimé jeudi lors d'une conférence de presse que la décision était "inévitable" mais redouté des "conséquences assez désastreuses sur l'industrie d'armement française". "Je pense que la succession d'erreurs que nous avons commises dans la gestion de cette crise ukrainienne conduit aujourd'hui à une décision qui est, j'allais dire compréhensible et presque inévitable, mais ne résoudra rien, ne renforcera en rien la position de la France qui apparaît comme suiviste de la politique américaine", a-t-il dit lors d'un point de presse. "En même temps, personne ne peut approuver la conduite qui est celle de la Russie aujourd'hui et je comprends que le gouvernement soit contraint de prendre cette décision." UNE OCCASION RATÉE ? La France, a-t-il ajouté, a raté l'occasion de jouer les intermédiaires diplomatiques dans la crise en Ukraine et la décision sur le Mistral n'aura selon lui "aucun impact sur le comportement de Vladimir Poutine et des Russes". Une partie de l'UMP, qui soutenait jusque-là la détermination de l'Elysée face aux pressions des alliés de la France, estime, à l'instar du député UMP Pierre Lellouche, que ce revirement risque d'être "perdant-perdant de tous les côtés". "Cette décision est désolante parce qu'elle souligne l'absence totale de cap côté français sur l'affaire ukrainienne", a-t-il dit sur i>Télé. "Soit on utilisait le Mistral comme levier, alors dans ce cas-là il fallait le faire il y a des mois, mais se coucher à la veille du sommet de l'Otan, ça ne rapporte rien, les alliés vont nous mépriser, les Russes aussi", a-t-il ajouté. "Prendre le problème de cette façon nous renvoie à des difficultés considérables parce que ça veut dire que nous ne tenons pas parole, ça veut dire que les futurs clients de la France en matière d'armement n'auront pas confiance", a renchéri le député UMP Henri Guaino sur France Inter. Marine Le Pen a jugé la décision de l'exécutif "très grave, parce qu'elle révèle notre soumission à la diplomatie américaine" et "va à l'encontre des intérêts du pays". La présidente du Front national a ainsi déploré "un coût faramineux" pour l'emploi et pour les contribuables, rappelant que la France devra dédommager Moscou en cas de non livraison. Des syndicalistes des chantiers navals de Saint-Nazaire ont critiqué la décision de François Hollande et redoutent un arrêt de la construction du second porte-hélicoptère commandé par la Russie et qui devait être livré en 2015. ID:nL5N0R51NX "Il faut absolument construire le deuxième BPC, c'est un impératif", a dit à Reuters Nathalie Durand-Prinborgne, secrétaire de la section FO des ex-chantiers de l'Atlantique. (Gérard Bon, avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)

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