Fiat et Volkswagen, inégaux face à un éclatement de la zone euro

le
3

par Laurence Frost et Christiaan Hetzner

PARIS (Reuters) - La Golf de Volkswagen et la Fiat Panda ont beau à elles deux être plus vieilles que l'Union européenne, un éclatement de la zone euro n'aurait pas du tout les mêmes répercussions pour le constructeur automobile allemand ou son homologue italien.

Une scission nord-sud de la zone, avec l'abandon par l'Italie, l'Espagne et la Grèce de la monnaie unique, bouleverserait la carte industrielle dessinée à coup d'investissements en dix années d'union monétaire.

"Si cela se produisait, il n'y aurait pas de gagnant parmi les constructeurs automobiles européens", commente Alexander Law, directeur de la société de conseil économique Xerfi Global. "Mais certains perdront plus que d'autres, tout dépendant de la rentabilité des activités de production nationale."

Un démantèlement de la zone euro entraînerait probablement l'émergence d'une devise allemande plus forte - qu'il s'agisse du retour du deutschemark ou d'un euro resserré - ce qui renchérirait les coûts de production en Allemagne et réduirait l'avantage compétitif à l'export de modèles comme la Golf, dont la première génération remonte à 1974.

Par contraste, la petite Panda de Fiat, lancée il y a 31 ans, pourrait soudain voir ses prix devenir plus attractifs grâce à l'avantage compétitif qu'une nouvelle lire, reflet de l'énorme dette italienne, lui donnerait.

"L'industrie allemande se retrouverait à travailler avec un deutschemark fort et sa compétitivité à l'export en pâtirait", ajoute Max Warburton, analyste chez Sanford C. Bernstein.

Selon lui, une devise nationale flottante allemande s'apprécierait de 20 à 80% par rapport au taux retenu en 1999 pour convertir le mark en euro.

AVANTAGE COMPÉTITIF

Si un éclatement de la zone euro fait figure de scénario catastrophe et que les constructeurs automobiles ne l'évoquent pas ouvertement, certains groupes incluent toutefois cette éventualité dans leurs scénarios.

Un dirigeant d'un autre constructeur automobile allemand a ainsi indiqué qu'il se préparait à informer les investisseurs des dispositions prises en cas d'urgence.

En raison de l'aspect sensible de la question, il s'est exprimé sous couvert d'anonymat.

"Je refuse de l'imaginer, et je ne pense pas que cela arrivera", a déclaré de son côté Norbert Reithofer, président du directoire de BMW, en réponse à une question sur un éclatement de la zone euro.

"Vous pouvez faire tous les plans possibles, il s'agirait de mouvements sismiques d'une telle ampleur qu'aucun ne fonctionnerait", a indiqué pour sa part Sergio Marchionne, administrateur délégué de Fiat.

Si un tel séisme se produisait, les constructeurs automobiles se retrouveraient en première ligne en raison d'un coût du travail souvent désavantageux et des difficultés politiques auxquelles se heurte toute restructuration.

Si la France, par exemple, restait dans une zone euro de taille réduite, le différentiel entre la compétitivité des usines hexagonales de Renault et PSA et leurs sites de production en Espagne s'en trouveraient accrus, source de conflits sociaux en perspective.

Par contraste, la multiplication en Grande-Bretagne des implantations industrielles de constructeurs étrangers depuis la sortie de la livre sterling, en 1992, du Système monétaire européen (SME), antichambre de l'euro, illustre les bénéfices pour un pays de conserver une devise nationale qu'il peut dévaluer pour demeurer compétitif, résume Xerfi.

"L'industrie automobile britannique n'existe peut-être plus en terme de marque anglaise, mais elle est toujours solide en terme de production et d'effectifs", ajoute la société de conseil. L'euro aide les exportations allemandes mais pénalise les exportations italiennes, parce que la valeur de la monnaie unique est inférieure à ce que serait aujourd'hui le mark, mais supérieure à ce que serait la lire.

EXPORT ET IMPORT

Si Fiat a décidé de relocaliser la production de la Panda de Pologne à Naples, après avoir investi 800 millions d'euros pour moderniser son usine sur place, c'est sous la pression politique et en échange de conditions de travail plus flexibles. "D'un point de vue purement industriel, ce n'est pas la solution optimale", a précisé la semaine dernière le patron du constructeur italien.

Ce pourrait le devenir si l'Italie venait à sortir de l'euro. Les coûts salariaux en Italie, libellés en nouvelle lire, s'en trouveraient réduits et les 68.000 salariés de Fiat pourraient redevenir compétitifs face à leurs homologues d'Europe de l'Est.

"Si Marchionne voyait la compétitivité de ses usines italiennes s'améliorer de 30%, je pense qu'il s'agirait d'un facteur important", estime Riccardo Barbieri, économiste chez Mizuho Bank. Selon lui, les constructeurs étrangers pourraient aussi utiliser la péninsule comme base pour exporter ailleurs en Europe.

"L'Italie a perdu en compétitivité depuis le passage à l'euro. Un avantage à un éclatement de la monnaie unique serait la capacité des constructeurs à vendre des produits meilleur marché à l'étranger", ajoute-t-il.

Volkswagen, premier constructeur européen, a exporté l'an dernier près de la moitié des 2,12 millions de véhicules qu'il a produits sur son sol et 70% de ses Golf, assemblées pour l'essentiel près de son siège allemand de Wolfsburg.

Le groupe emploie quelque 181.000 personnes en Allemagne.

Toute appréciation de la devise dans laquelle sont libellées les ventes des constructeurs allemands pénaliserait leurs exportations, notamment en Chine et aux Etats-Unis, où la demande pour Audi (Volkswagen), BMW ou Mercedes (Daimler) est en plein boom.

L'avantage compétitif en matière de changes pourrait toutefois ne pas peser lourd face au coup de tonnerre qu'un éclatement de la zone euro provoquerait chez les consommateurs. Fiat compte parmi les constructeurs les plus exposés aux marchés d'Europe du Sud, où la demande s'est effondrée à cause de la crise de la dette.

"Un éclatement de l'euro provoquerait un tel coup de froid sur les intentions d'achat que je me demande si Fiat y survivrait", s'interroge Eric Hauser, analyste chez Credit Suisse .

L'avantage retiré d'un retour de la lire serait aussi compensé par l'inflation des coûts de matières premières, Fiat perdant à l'import ce qu'il avait gagné à l'export, ajoute Eric Hauser.

Gilles Guillaume pour le service français, édité par Marc Joanny

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • jepe48 le mercredi 21 déc 2011 à 20:29

    Et c'est pour celà et avec entr'autres ce genre d'arguments que la France (et son représentant) devrait être plus ferme dans les négo

  • jepe48 le mercredi 21 déc 2011 à 20:27

    papymujo il faut sauver le soldat Euro, ou plutôt ne pas être dans le nouvel euroIl ne faut pas que nous soyons dans un euro avec l'Allemagne qui veut un euro fort, donc qu'elle se retrouve seule pourquoi pas avec son euroDM ou son DM à environ 2$ l'euroDM dans un premier temps et ils comprendront, ce ne sera plus si facile d'exporter 60 % vers l'Europe.

  • papymujo le mercredi 21 déc 2011 à 20:07

    Conclusion; il faut sauver le soldat Euro