Fermeture d'un quotidien de gauche historique en Hongrie

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    par Marton Dunai et Gergely Szakacs 
    BUDAPEST, 10 octobre (Reuters) - Les journalistes du 
principal quotidien de gauche de Hongrie, Népszabadság, se sont 
réunis lundi pour imaginer des moyens de relancer leur titre, 
dont la publication a été suspendue par son propriétaire, 
officiellement pour des raisons financières. 
    Selon Mediaworks, le journal fondé il y a 60 ans lors du 
soulèvement de 1956 contre le joug soviétique affiche trop de 
pertes, malgré deux plans de réductions des coûts, et une 
réorganisation est nécessaire. 
    Dans un communiqué, Mediaworks a déclaré que le journal 
avait enregistré 5 milliards de forints (16,5 millions d'euros) 
de pertes depuis 2007 en raison d'une chute de sa diffusion et 
qu'il devrait à nouveau publier une perte "importante" cette 
année.  
    Martin Gergely, rédacteur en chef adjoint, juge que ces 
arguments ne tiennent pas car les pertes semblent relativement 
limitées depuis deux ans et les journalistes ont accepté deux 
diminutions de salaires, de 10% chacune.  
    "Nous sommes convaincus que cette fermeture s'explique par 
ce que nous faisons", a-t-il dit lundi à Reuters. "Ils ont pensé 
qu'on ne pourrait pas être mis au pas autrement." 
    Dans sa dernière édition, parue samedi, Népszabadság (La 
liberté du peuple), dont le Parti socialiste détenait près de 
30% du capital jusqu'en 2015, a rapporté qu'un ministre du 
gouvernement de Viktor Orban avait utilisé un hélicoptère pour 
se rendre à un mariage. Il avait auparavant révélé que le 
gouverneur de la banque centrale, Gyorgy Matolcsy, avait employé 
pendant des années sa petite amie à des postes lucratifs. 
    Le parti conservateur Fidesz, au pouvoir, a estimé que la 
fermeture de Népszabadság était une "décision économique 
raisonnable" et le porte-parole du gouvernement, Zoltan Kovacs, 
a jugé que la liberté de la presse se portait bien en Hongrie.  
    La Commission européenne, qui s'est heurtée à plusieurs 
reprises à Viktor Orban au sujet des médias en Hongrie, s'est 
inquiétée de cette suspension, estimant que le pluralisme était 
menacé dans le pays.  
     
    OLIGARQUES 
    Népszabadság est détenu à 100% par Mediaworks, une société 
contrôlée par l'homme d'affaires autrichien Heinrich Petzina, 
qui entretient depuis longtemps des relations avec l'élite 
politique et économique hongroise mais dont le principal 
associé, Zoltan Speder, est tombé cette année en disgrâce auprès 
d'Orban.  
    L'hebdomadaire indépendant Figyelo a rapporté récemment que 
Petzina avait rencontré Orban pour parler de Népszabadság. 
Petzina n'a pas souhaité faire de commentaire.  
    "L'investisseur financier (Petzina) se désengage de 
Mediaworks", estime l'expert des médias Gabor Polyak, de 
l'institut Mertek. "Les seuls acheteurs potentiels sont des 
oligarques proches du Fidesz." 
    Les plus importantes chaînes de radio et de télévision de 
Hongrie sont passées sous le contrôle de l'Etat depuis le retour 
au pouvoir de Viktor Orban en 2010. L'une des deux chaînes de 
télévision privées les plus importantes, TV2, est dirigée par un 
homme d'affaires proche du Premier ministre, ainsi qu'un grand 
quotidien politique et un quotidien à grand tirage.  
    Sans Népszabadság, les seules publications d'opposition 
notables en Hongrie sont désormais le petit journal de gauche 
Nepszava et le Magyar Nemzet, dirigé par un magnat autrefois 
proche du Fidesz mais fâché avec Viktor Orban. 
    Sur l'indice de la liberté de la presse établi par Reporters 
sans frontières, la Hongrie est descendue du 23e rang en 2010 au 
65e rang en 2015. 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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  • cavalair le lundi 10 oct 2016 à 18:22

    La Commission européenne s'est inquiétée de cette suspension, estimant que le pluralisme était menacé dans le pays. Elle ferait mieux de s'inquiter du pluralisme en France. Toute la presse est de gauche alors qu'ils ne representent plus qu'a peine 20% de la population.

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