Femmes enceintes et caissières: attention au bisphénol A

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L'Agence de l'alimentation et de l'environnement (Anses) a lancé mardi une nouvelle mise en garde sur les effets pour la santé du bisphénol A, produit chimique encore couramment utilisé, en particulier chez les femmes enceintes et les caissières.

Dans une "évaluation des risques sanitaires associés au bisphénol A", l'Anses "confirme" les effets potentiellement néfastes du BPA --produit classé comme "perturbateur endocrinien"-- déjà pointés en septembre 2011 par cette même agence.

A cette époque le directeur général de l'Anses, Marc Mortureux avait appelé à remplacer cette substance partout où c'était possible "dans une logique de prévention".

Cette fois l'agence publique va plus loin dans sa mise en cause, en tenant compte "pour la première fois" des expositions réelles de la population au bisphénol A par l'alimentation, l'air respiré et par contact cutané.

Sur la base d'études conduites sur les animaux et compte tenu des niveaux d'exposition, l'Anses conclut à "un risque potentiel pour l'enfant à naître des femmes enceintes exposées".

"Les effets identifiés portent sur une modification de la structure de la glande mammaire chez l'enfant à naître qui pourrait favoriser un développement tumoral ultérieur", indique l'Anses.

La population est principalement exposée au BPA par le biais de son alimentation (80% de la contamination) avec surtout les boîtes de conserve qui contiennent souvent un vernis intérieur avec du BPA.

Gare aux bonbonnes

L'Anses attire aussi l'attention sur les bonbonnes en plastique de type "polycarbonate" des fontaines à eau comme on en trouve dans les entreprises. Celles-ci constituent "une source conséquente d'exposition au bisphénol A".

Certaines professions sont plus exposées: c'est le cas en particulier des personnes qui manient du papier thermique comportant du BPA utilisé pour les tickets de caisse, comme les caissières des magasins.

Pour ces deux cas précis, la préoccupation va essentiellement aux femmes enceintes, en raison des risques pour les futurs bébés. L'Agence parle pour celles-ci de "situations à risque spécifiques associées à la manipulation de papiers thermiques et à la consommation d'eaux conditionnées dans des bonbonnes en polycarbonate".

Chez l'enfant à naître, outre un éventuel risque accru de cancer du sein, le bisphénol A pourrait avoir des effets sur "le cerveau et le comportement, le métabolisme et l'obésité ou encore l'appareil reproducteur féminin", indique l'Anses.

Du coup, la ministre de l'Ecologie Delphine Batho a annoncé qu'elle proposerait à la Commission européenne l'interdiction du BPA dans les tickets de caisse. Elle a aussi demandé à l'Anses d'étudier les autres produits suspectés d'être perturbateurs endocriniens.

Après le premier avis de l'Anses, la France avait décidé de bannir le BPA des contenants alimentaires, à commencer par ceux destinés aux nourrissons en 2013, puis ceux pour l'ensemble de la population en 2015.

"Cette nouvelle législation devrait conduire à une baisse très significative du niveau d'exposition au bisphénol A" juge l'Agence qui pourtant s'inquiète des produits de remplacement utilisés par l'industrie.

"En particulier, en l'absence de données scientifiques complémentaires, l'Agence n'encourage pas à utiliser d'autres bisphénols comme solution de substitution au bisphénol A", indique-t-elle.

Les bisphénols M, S, B, AP, AF, F et BADGE "partagent une structure chimique commune aux composés de la famille des bisphénols", souligne l'Agence qui appelle "à la plus grande prudence".

L'association Réseau environnement santé (RES) a salué ce "rapport courageux" qui aboutit à calculer des "valeurs toxicologiques de référence entre 5.000 et 20.000 fois inférieures" à celles défendues par l'Agence européenne de la sécurité des aliments EFSA.

Ces valeurs sont d'ailleurs si faibles qu'elles conduiront à une interdiction progressive de l'usage du PBA, souligne RES qui voit en rapport comme un "clair désaveu" pour l'EFSA.

Le député socialiste Gérard Bapt, spécialiste des questions de santé, a appelé à interdire au niveau européen le BPA de "l'ensemble des contenants alimentaires".

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