Fed : une hausse des taux, oui, mais jusqu'où ? (Amundi)

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Pour Amundi, la hausse des taux de la Fed devrait rester très limitée à moyen terme, et le bilan de la Fed restera lesté de titres achetés lors du dernier ''quantitative easing''.
Pour Amundi, la hausse des taux de la Fed devrait rester très limitée à moyen terme, et le bilan de la Fed restera lesté de titres achetés lors du dernier ''quantitative easing''.

Au-delà de la question de la date à laquelle vont être remontés les taux de la Fed (lire l’article à ce sujet), on peut surtout s’interroger sur le rythme de hausse qui sera adopté. Or, le potentiel de hausse des taux américains semble très limité dans les années à venir, explique Amundi.

Impossible de savoir à l’heure actuelle quelle sera la décision de la Fed jeudi prochain. Mais pour Bastien Drut, stratégiste chez Amundi, seuls les taux « courts » vont connaître une remontée dans les mois et années à venir, alors que « les taux longs ne peuvent pas fortement remonter ». Ceci pour plusieurs raisons.

L’époque des taux élevés est révolue

« Étudions tout d’abord les raisons fondamentales. Le cycle de politique monétaire que nous venons de voir a été complètement atypique, et le prochain le sera vraisemblablement tout autant », affirme-t-il.

Le premier « cycle monétaire atypique » fait allusion à l’emploi massif du « quantitative easing » aux Etats-Unis jusqu’en fin d’année 2014 (achats d’obligations d’Etat américaines par la Fed) pour relancer l’économie suite à la crise de 2008. Le second « cycle atypique » désigne quant à lui le fait que la remontée des taux « sera beaucoup plus faible que lors des cycles précédents, et le resserrement sera également beaucoup plus lent », explique le stratégiste d’Amundi.

« Il y a plusieurs raisons à cela, dont la principale est la forte baisse de la croissance potentielle américaine. Fin juillet, la Fed a révélé par inadvertance que ses économistes considéraient que la croissance potentielle des États-Unis tournait désormais aux alentours de 1,70 / 1,80%. L’une des conséquences à cela est que le taux d’intérêt réel naturel (…) est plus faible qu’auparavant ».

Bastien Drut poursuit : « plusieurs membres du FOMC, dont Janet Yellen, estiment que [le taux d’intérêt naturel] serait désormais à 0%, et non plus à 2% comme sur le cycle précédent. Les règles de Taylor, vers lesquelles les membres du FOMC affirment revenir, indiquent que les [taux de la Fed] ne seraient que de 1,5% fin 2016 et 2% fin 2017, soit des niveaux très bas. Les anticipations de marché sont, d’ailleurs, encore plus pessimistes ».

« Pour la Fed, les obstacles sont nombreux : divergence de politique monétaire alimentant l’appréciation du dollar et fragilisant la reprise, pressions déflationnistes venues de Chine, accélération des salaires qui tardent à se matérialiser, risques de déstabilisation du marché boursier… Autrement dit, il est probable que le cycle de resserrement taux soit d’une ampleur encore plus limitée que ce qui est actuellement envisagé par la Fed », explique le stratégiste d’Amundi.

Le bilan de la Fed restera gonflé par les achats du dernier "QE"

Un autre sujet concerne la manière dont la banque centrale américaine pourrait désormais se défaire des actifs qu’elle avait achetés dans le cadre du « quantitative easing ».

Pour Bastien Drut : « sur les 2480 Mds$ d’obligations du Trésor détenues par la Fed, 232 arriveront à maturité en 2016, dont 92 Mds entre février et avril 2016. Que fera la Fed à ce moment-là ? Lors du FOMC de septembre 2014, la Fed avait expliqué :

- Qu’elle réduirait ses détentions de titres d’une manière graduelle et prévisible en cessant de réinvestir les titres arrivant à maturité.

- Qu’elle cesserait de réinvestir les titres arrivant à échéance après avoir commencé à remonter [ses taux] et que le timing dépendrait de l’évolution des perspectives économiques et des conditions économiques et financières.

- Qu’elle ne prévoit pas de vendre des MBS [titres adossés à des crédits hypothécaires] ».

Ainsi, « il est très vraisemblable que la Fed prenne son temps pour cesser de réinvestir les obligations arrivant à échéance et que cela n’arrive pas avant au moins le second semestre de l’année 2016 », affirme-t-il.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

À lire aussi :

- Fed : la décision de jeudi peut-elle déstabiliser les marchés ?

- « Flash Marché : Le labyrinthe de la FED » (KBL Richelieu)

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