Fed-La hausse des taux acquise, le débat porte sur son rythme

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par Howard Schneider WASHINGTON, 12 décembre (Reuters) - Définir le moment où les taux d'intérêt devront être relevés, pour la première fois depuis près de dix ans n'est plus la décision la plus difficile à prendre pour la Réserve fédérale. Il en est autrement pour ce qui est de fixer la cadence des hausses de taux après ce premier pas, une question au coeur des préoccupations de la banque centrale. Après bien des atermoiements, les marchés semblent tenir pour acquis qu'une première hausse des taux interviendra vers le milieu de l'an prochain, une hypothèse renforcée par une statistique de l'emploi particulièrement robuste en novembre. La faiblesse de l'inflation est en outre pour les responsables monétaires américains un problème moins pressant qu'il ne l'est en Europe au vu de l'amélioration régulière de la situation du marché du travail. Sauf choc économique sévère, l'intention de la Fed semble donc être d'amorcer son retour vers une politique monétaire plus orthodoxe, puis de le concrétiser à pas comptés pour ne pas étouffer la reprise économique. "Il faut sans doute faire le premier pas (...) sans quoi on n'arrête pas de repousser et les marchés n'arrêtent pas de reporter leurs anticipations. Il faut crever l'abcès", déclare un ex-responsable de la Fed au fait des débats au sein de l'institut d'émission. Après quoi, "si l'inflation reste basse, on peut freiner un peu le mouvement (...) Pas besoin d'agir à chacune des réunions". Ce sentiment tend à s'imposer au sein de la Fed, aplanissant les divergences entre les cinq gouverneurs et les 12 présidents d'instituts régionaux, qui, il y a encore quelques mois, semblaient en profond désaccord sur des questions telles que les capacités inemployées du marché du travail. Les responsables monétaires publieront leurs prévisions économiques révisées après la réunion qui s'achèvera le 17 décembre et celles-ci témoigneront peut-être à cette occasion d'un rapprochement accru de leurs positions. L'INFLATION N'EST PLUS LE SEUL DÉTERMINANT La dépendance moins marquée de l'économie au commerce, la santé retrouvée du système bancaire, l'amélioration de l'emploi, la hausse des salaires et la progression de Wall Street sont autant de nouvelles économiques positives qui assurent à la banque centrale une marge de manoeuvre pour lancer le cycle de durcissement monétaire. Au point qu'une nette accélération des prix n'est plus considérée comme une condition nécessaire à une remontée des taux, si l'on en croit les récentes déclarations publiques de responsables et de collaborateurs de la Fed. L'inflation en rythme annuel mesurée par les prix de détail a été de 1,7% en octobre et la mesure d'inflation privilégiée par la Fed donne un taux encore plus faible, de 1,5%, bien en deçà de son objectif de 2%. Mais les responsables monétaires, dans des entretiens à Reuters ou dans diverses déclarations publiques, soulignent qu'ils ne veulent plus se contenter de prendre en compte l'impact des prix pétroliers sur l'inflation, mais aussi d'autres éléments susceptibles de provoquer à terme une hausse et des prix et des salaires. La chute des cours pétroliers peut être considérée de ce point de vue comme un soutien à la demande, susceptible par contrecoup de se traduire par une hausse des bénéfices des entreprises, voire par une augmentation des embauches et en dernier lieu par plus de croissance. La Fed examine également des indicateurs tels que les taux d'utilisation des capacités, la rotation des emplois, les délais de réponse aux offres d'emplois, ainsi que diverses mesures des anticipations d'inflation, afin d'avoir une idée plus nette des tendances d'évolution des salaires à plus long terme. "Il nous faut peut-être déconnecter l'influence à court terme des prix de l'énergie de la tendance de fond (...) Mais je crois vraiment que le rythme d'inflation en tendance va s'accélérer", a dit la semaine dernière Dennis Lockhart, le président de la Fed d'Atlanta. Même si une remontée des taux à la mi-2015 "n'est pas gravée dans le marbre", elle semble de plus en plus vraisemblable au vu des derniers indicateurs, estime-t-il. La véritable question est de savoir où en seront les taux d'intérêt fin 2016 et au-delà. Les prévisions publiées par la Fed en septembre visent un taux des Fed funds - le taux d'intervention de la banque centrale - de 3,75% d'ici la fin 2017. Toutefois, l'évolution de certains contrats à terme laisse penser que les investisseurs ne le voient pas à un niveau aussi élevé avant les années 2020. Cet écart peut s'expliquer, croit-on à la Fed, par les divergences actuelles, tant sur les prévisions économiques que sur la manière dont la Fed pourrait réagir aux indicateurs conjoncturels. (avec Michael Flaherty et Jonathan Spicer; Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)

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