FEATURE-La France se prépare à ouvrir des centres de "déradicalisation"

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    * Valls a promis l'ouverture des centres avant la fin de 
l'année 
    * Pas de lieu choisi pour l'instant 
    * Deux types de centre : un contraint, un volontaire 
    * Entre 1 et 1,5 million d'euros de coût de fonctionnement 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 14 décembre (Reuters) - Après avoir lancé un numéro 
vert et des cellules de prévention de la radicalisation, le 
gouvernement français tente, face à une menace terroriste 
inédite, de donner forme à des centres de "déradicalisation" 
promis par Manuel Valls d'ici fin 2015.  
    Mais à peine plus de quinze jours avant le 31 décembre, 
aucun accord politique n'existe sur leur lieu d'implantation, et 
un flou persiste sur leurs contours précis.  
    En avril dernier, le Premier ministre avait annoncé la 
création d'une structure pour accueillir, sur la base du 
volontariat, des jeunes de retour de zones de combat, ou 
candidats au départ ne faisant pas l'objet de poursuites.  
    Mais à la suite des attentats qui ont fait 130 morts à Paris 
et Saint-Denis, il est allé plus loin en évoquant la prise en 
charge de personnes sous main de justice.  
    "La création d'un tel centre, qui ne correspond pas 
forcément à notre culture (...)  est indispensable", a-t-il 
lancé le 19 novembre devant l'Assemblée nationale.  
    "Le Premier ministre nous a le donné feu vert pour envisager 
plus qu'un équipement", confirme le préfet Pierre N'Gahane, qui 
pilote toute la politique de prévention de la radicalisation.  
    Outre un centre de réinsertion "par adhésion volontaire", 
ses équipes travaillent donc à un deuxième type d'établissement, 
pour des personnes "contraintes", qui y seraient dirigées sur 
injonction d'un juge. 
    Deux centres devraient ainsi voir le jour en 2016 et 
pourraient être multipliés, dit le secrétaire général du Comité 
interministériel de prévention de la délinquance (CIPD). 
    "On est prêts, l'équipe existe, le programme aussi", 
assure-t-il, estimant que les deux premiers centres pourront 
ouvrir trois mois après validation de leur lieu d'implantation.  
    Mais malgré quelques repérages, aucun accord politique sur 
leur point de chute n'existe à ce jour, indique-t-il.  
         
    LEVÉE DE DRAPEAU, SUIVI PSYCHOLOGIQUE 
    En attendant, ses équipes travaillent sur la calendrier fixé 
par le Premier ministre, et tablent sur une ouverture en mars.  
    L'objectif est clair : "réaffilier" des jeunes radicalisés à 
la citoyenneté française.  
    Chaque centre, mixte, fonctionnera sur le modèle d'un 
internat de semaine, avec un programme de dix mois dont le 
contenu pédagogique devrait être assez similaire pour les 
volontaires et les personnes sous contrainte, selon le préfet.  
    "Il y aura au moins une fois par semaine la levée de 
drapeau", dit-il par exemple.  
    Autre certitude, il est hors de question d'y introduire des 
discussions religieuses. "L'expérience a montré que ce n'est pas 
productif", souligne le psychanalyste Fethi Benslama, qui 
supervisera le dispositif psychologique. 
    Au programme notamment, des séances à titre individuel ou en 
groupe, deux à trois fois par semaine, pour aider les 
radicalisés à "prendre de la distance" vis-a-à-vis de leurs 
précédents engagements, explique-t-il.  
    Mais "l'objectif, ce n'est pas de faire un lavage de cerveau 
inverse", insiste l'universitaire, qui dit ne pas souscrire au 
terme de "déradicalisation". "Il faut que la personne ait le 
désir de se réinsérer dans la société." 
    Fethi Benslama a pour l'instant travaillé au premier type de 
centre, qui sera destiné aux volontaires - candidats au départ, 
femmes traumatisées, repentis.  
    Quant au deuxième type d'établissement, "il me semble que la 
réflexion n'est pas aboutie sur le plan politique", dit-il.  
    De fait, des incertitudes persistent sur le profil des 
personnes qui pourraient y atterrir. 
    Pour l'instant, Pierre N'Gahane travaille sur du 
"pré-sentenciel". Les premiers pensionnaires devraient être des 
individus traditionnellement placés sous contrôle judiciaire. 
    Cette option est immédiatement envisageable sur le plan 
légal, le juge pouvant déjà établir la résidence d'une personne 
en un lieu précis, indique un magistrat.  
     
    "SAS" AVANT LA SORTIE ? PEINE ALTERNATIVE ?  
    Et elle pourrait - même si Pierre N'Gahane invite à ne pas 
réduire ces centres à cela - permettre de mieux surveiller des 
individus tels Samy Amimour, qui a échappé aux forces de l'ordre 
malgré son contrôle judiciaire et a rejoint la Syrie avant de 
prendre part à l'équipée sanglante du Bataclan, le 13 novembre.  
    Mais le député socialiste Sébastien Pietrasanta, qui prônait 
dès cet été la création de centres pour personnes sous main de 
justice dans un rapport remis à Manuel Valls, émet des doutes. 
    Pour lui, un tel centre devrait plutôt constituer "un sas" 
avant la sortie de prison, ou, pourquoi pas, une alternative à 
la prison, notamment en matière d'apologie du terrorisme.  
    Selon les choix qui seront faits, une évolution législative 
sera peut-être nécessaire pour prévoir le placement dans ce 
centre. Un travail est en cours à la chancellerie.  
    En tout état de cause, chaque établissement devrait 
accueillir une trentaine de personnes, choisies par les juges ou 
volontaires. Et Pierre N'Gahane se dit "optimiste" sur la 
capacité des autorités à trouver ces derniers. "On a quand même 
un vivier important", dit-il.  
    Environ 7.500 "situations à risque" ont été repérées sur le 
territoire et plus de 630 familles sont actuellement suivies 
dans des cellules de prévention au sein des préfectures.  
    "Certaines auront vite fait de convaincre leur enfant 
d'adhérer", veut croire le préfet.  
    Le coût de fonctionnement de chaque centre, où au moins 25 
permanents sont prévus - des professeurs aux cuisiniers en 
passant par les psychiatres et psychologues - est évalué entre 1 
et 1,5 million d'euros par an, dit-il.  
    Après un accent mis sur la prévention et la prise en charge 
de familles - 6 millions d'euros y ont été consacrés en 2015 -, 
ces centres seront la grande nouveauté de 2016, qui devrait 
aussi voir une "montée en puissance" du contre-discours, indique 
Pierre N'Gahane.  
    Mais il ne faut pas en attendre des miracles, soulignent 
plusieurs spécialistes. "Il y aura des réussites", mais compte 
tenu de la dissimulation pratiquée par certains, "on ne saura 
réellement jamais si on a réussi ou échoué", prévient Sébastien 
Pietrasanta.  
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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  • danielk6 il y a 12 mois

    non, la Corée du nord c'est le top !!

  • M2248222 il y a 12 mois

    délocaliser leur création en Sibérie ( mine de sel a vie)