FEATURE-L'agrégateur, désintégrateur de la banque de détail

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    par Julien Ponthus 
    PARIS, 13 mai (Reuters) - Nous sommes en 2020. Jean Dupont, 
comme de nombreux Français, vient de sauter le pas et utilise un 
agrégateur de comptes pour gérer l'ensemble de ses finances.     
    Ces applications mobiles permettent de consolider et de 
piloter à partir d'une seule plateforme tous ses comptes et 
produits bancaires, mais aussi son épargne salariale et ses 
moyens de paiement électronique, comme son compte paypal ou ses 
bitcoins.  
    Salaires, impôts, loyer, électricité, gaz, téléphonie: 
l'ensemble des revenus et des dépenses sont digitalisés, 
analysés et présentés sur une interface qui permet une 
optimisation de la gestion du budget familial.   
    Il évite à Jean Dupont d'être à découvert. Il anticipe les 
échéances de factures et peut automatiquement transférer de 
l'argent de son livret A, domicilié dans une caisse d'épargne du 
Limousin, à son compte courant logé dans une banque en ligne 
pour éviter les intérêts débiteurs. 
    Il propose aussi à titre de précaution des options de prêts 
à la consommation quand son client part en vacances avec peu  
d'argent sur son compte.  
    Dès qu'il anticipe un excédent sur le mois, l'agrégateur 
propose à Jean Dupont différentes solutions pour mettre son 
argent de côté, notamment via des "robots" proposant une gestion 
algorithmique de son épargne.  
    Son agrégateur passe en revue en permanence tous les 
produits souscrits pour vérifier qu'ils figurent parmi les plus 
compétitifs du marché.  
    Jean Dupont s'est rendu compte qu'il pouvait économiser un 
mois de salaire sur l'année en renégociant l'ensemble de ses 
assurances, son crédit immobilier sans oublier les tarifs de ses 
fournisseurs d'énergie et de téléphonie mobile.  
    L'opération s'est faite en un seul clic de signature 
électronique. L'agrégateur, qui dispose de l'ensemble de son 
historique bancaire et de ses archives digitales, comme ses 
feuilles de salaires ou ses déclarations d'impôts, s'est chargé 
de tout l'aspect administratif, y compris celui de lui faire 
changer de banque. 
    Convaincu par le service, Jean Dupont réfléchit aussi à 
gérer l'entreprise familiale depuis son agrégateur, qui lui 
propose des crédits compétitifs via les plateformes de 
financement participatif et des services de paiement automatisés 
pour ses salariés et fournisseurs.  
    Jean Dupont, comme de nombreux Français, ne pense plus 
jamais mettre les pieds dans une agence bancaire. 
    Cinq ans plus tard, en 2025, les banques françaises ont 
totalement perdu la relation avec leurs clients. Les agrégateurs 
font la loi.        
     
    BANQUE FICTION?  
    "C'est de la banque fiction !", s'amuse en avril 2016 Marie 
Cheval, PDG de la banque en ligne Boursorama, quand on lui 
présente ce type de scénario à moyen terme. 
    "On parle de choses qui n'existent pas", ajoute la 
banquière, qui rappelle que cette nouvelle génération de 
services ne pourra pas se développer avant la mise en oeuvre de 
la nouvelle directive européenne sur les services de paiement 
(DSP2) en 2017.  
    D'ici là, les agrégateurs de comptes bancaires déjà 
disponibles sur le marché continueront à s'apparenter à de 
simples logiciels de gestion du budget familial car ils ne 
disposent pas notamment de la capacité critique d'initier les 
paiements directement à partir du compte du client. 
    Ce délai de grâce vaut de l'or pour les grandes banques 
classiques menacées d'"ubérisation".  
    L'un des piliers du modèle bancaire traditionnel repose en 
effet sur l'idée de recruter un client grâce à un produit 
d'appel, comme le crédit immobilier, puis de lui vendre tout au 
long de sa vie une gamme de services, comme les assurances, 
fabriqués dans les filiales spécialisées de la banque.    
    Ce modèle est toujours au coeur des plans stratégiques de 
grandes banques comme BPCE et Crédit agricole  CAGR.PA , qui 
parient sur l'augmentation des ventes croisées entre leurs 
"usines" à produits financiers et les clients de leurs réseaux 
d'agences.  
    Or, avec la montée en puissance des agrégateurs et la perte 
de la relation directe au client, ce dernier n'est plus "captif" 
de sa banque et n'a plus aucune raison de continuer à s'y 
fournir en services. La banque risque de se voir reléguée au 
simple rôle de tenue de compte bancaire, ce qui constituerait 
une rupture.   
    "Le modèle de banque universelle, jusqu'ici prédominant dans 
de nombreux pays comme la France, est mis sous forte pression 
par un mouvement de 'verticalisation', qui consiste à faire 
appel à des fournisseurs service par service", constate Alain 
Clot, président de l'association France Fintech. 
    "Celui-ci rend beaucoup plus difficile la gestion d'un 
système à rentabilisation globale et à produit d'appel", résume 
l'ancien banquier reconverti dans les nouvelles technologies 
financières. 
    Cette tendance, conjuguée à la prochaine entrée en vigueur 
de la DSP2, pourrait produire de lourds effets.  
    "La déconnexion potentielle entre le compte bancaire et les 
services qu'induit la DSP2 peut avoir des conséquences 
importantes qu'on ne mesure pas encore aujourd'hui", estime 
Régis Bouyala, auteur de "La révolution FinTech" et consultant.  
     
    L'enjeu, représenté par l'émergence des agrégateurs, est de 
taille pour les banques françaises, qui y font face avec des 
stratégies différentes, tant leurs intérêts peuvent être 
divergents.  
     
    CHEVAL DE TROIE  
    "Cela fait déjà plusieurs années que Boursorama a développé 
une offre" d'agrégateur, rappelle Marie Cheval, dont la banque, 
détenue par Société générale  SOGN.PA , a racheté l'agrégateur 
Fiducéo. 
    Pour les banques en ligne, l'agrégateur est un cheval de 
Troie idéal. Il permet de devenir, à partir d'un simple compte 
secondaire gratuit, l'interlocuteur privilégié de clients 
domiciliés dans une banque traditionnelle, si l'interface et 
l'expérience client sont à la hauteur.  
    Si Boursorama a fait le choix d'acheter et d'intégrer un 
agrégateur, d'autres challengers sur le marché bancaire comme la 
banque en ligne Fortuneo, demandent à un prestataire extérieur, 
comme Linxo, de lui développer une offre d'agrégateur. 
    Cette fintech a la particularité de proposer aux 
particuliers un agrégateur indépendant qu'elle développe aussi  
en "marque blanche" pour les banques qui souhaitent l'intégrer 
dans leur propre espace client.  
    "D'ici quelques années, toutes les banques fourniront 
probablement des services d'agrégations (... ) parce qu'elles ne 
voudront pas les laisser à des acteurs indépendants comme Linxo, 
c'est pour cela que nous proposons aussi notre technologie en 
marque blanche", explique Bruno Van Haetsdaele, l'un des 
fondateurs de Linxo.  
    Ce pari ne pose guère de problèmes pour les banques qui 
travaillent en "architecture ouverte" et offrent le choix à 
leurs clients de souscrire à des produits financiers qui ne sont 
pas issus de leurs "usines".      
    "Je pense que l'on va évoluer vers un modèle 
'producteur-distributeur' beaucoup moins intégré où une banque, 
pour être pertinente, devra distribuer les produits des autres 
quand elle n'est pas positionnée au mieux pour satisfaire les 
besoins du client", explique Gregory Guermonprez, directeur 
France de Fortuneo.  
    Ce type de discours est plus difficile à tenir pour les 
réseaux traditionnels, qui ont tout à gagner à préserver le 
statu quo. 
    Les grands établissements français ont longtemps tenu un 
discours critique, voire hostile vis-à-vis des agrégateurs, 
mettant notamment en garde les consommateurs sur les failles 
possibles en matière de sécurité.  
    Friands de banque digitale dans leurs campagnes de 
communication, les réseaux traditionnels sont longtemps restés 
sur la défensive, mais ils risquent gros à rester passifs.  
     
    UN AGRÉGATEUR SUR LE MODÈLE DE LA CARTE BLEUE? 
    Pour Thierry Mennesson, responsable du conseil sur le 
digital pour le cabinet Oliver Wyman, l'émergence de 
l'agrégateur au centre de la relation client est inéluctable.  
    "Nous pensons que le système gagnant à moyen terme c'est un 
agrégateur qui est complètement indépendant", estime le 
consultant, pour qui beaucoup d'acteurs économiques pourraient 
rivaliser pour conquérir ce marché.  
    Plusieurs profils sont possibles: un agrégateur déjà 
existant, un opérateur télécom, une entreprise d'assurance, une 
association de consommateur ou encore un géant de l'internet 
américain comme Google  GOOGL.O , Apple  AAPL.O , Amazon 
 AMZN.O  ou encore Facebook  FB.O . 
    Ces derniers, dotés d'une marque mondiale et d'une expertise 
incontestée dans le digital et l'expérience client, auraient 
l'opportunité de capter une grande partie de la valeur ajoutée 
du secteur bancaire sans avoir à investir les milliards de 
capitaux nécessaires pour devenir un établissement de crédit. 
    L'une des parades stratégiques pour les banques françaises 
serait, selon le cabinet, de créer elles-mêmes un agrégateur  
commun, par exemple sur le modèle de la carte bleue, afin de 
fixer les règles du jeu, avant qu'un acteur extérieur ne le 
fasse à leur place.  
    Un peu comme si les grandes chaînes hôtelières 
internationales avaient réussi à créer un Booking.com en commun 
avant l'émergence de ce dernier.  
    "Cette idée ne nous a pas complètement échappé", confie en  
privé un dirigeant d'une grande banque française. 
 
 (Julien Ponthus avec Maya Nikolaeva, édité par Jean-Michel 
Bélot) 
 

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  • M6784830 il y a 7 mois

    je dois être fatigué aujourd'hui, je n'ai rien compris trop d'informations tuent l'information, bon je vais allé me coucher.