FEATURE-Armée contre éoliennes pour l'usage des airs français

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* Une cohabitation de plus en plus difficile * Des milliers de mégawatts bloqués, selon les syndicats * Plus de la moitié du territoire concerné * Les pales "furtives", la solution ? par Marion Douet PARIS, 4 septembre (Reuters) - La France inaugurera en 2015 le premier parc éolien au monde équipé de pales "furtives" destinées à réduire les perturbations parfois dangereuses pour les radars, à l'heure où le conflit sur l'usage du ciel se crispe entre l'armée et les opérateurs. Les éoliennes ne sont pas que d'innocents moulins à vent producteurs d'une électricité verte : elles peuvent induire en erreur les radars militaires ou météorologiques et leur multiplication effraye les pilotes d'avions de chasse français. Des consultations entre les ministères de l'Energie et de la Défense ont été annoncées cet été pour désamorcer une crise qui prend de l'ampleur, les exigences de l'armée se renforçant à mesure que l'éolien progresse en France. "C'est clairement un cas de conflit d'usage, il y a deux acteurs pour un même espace. Pour nous, c'est un énorme problème", dit Sonia Lioret, déléguée générale de la Fédération France Eolienne (FEE), un syndicat de professionnels du secteur. Selon elle, près de 6.000 mégawatts de projets ont été bloqués ces dernières années pour incompatibilité avec les zones d'entraînement de l'armée de l'air ou les radars militaires. Le problème des radars, connu depuis dix ans, n'est pas contesté par la profession. "Les éoliennes peuvent générer des faux échos sur les radars, qui s'assimilent à des petits points qu'on voit apparaître sur un écran et qu'on peut confondre avec un avion", explique Marion Lettry, responsable du dossier au SER (Syndicat des énergies renouvelables (SER). "Les pales peuvent aussi provoquer un 'effet de masque', notamment pour Météo France qui observe avec ces machines le déplacement des gouttes d'eau et leur vitesse, pour prévenir l'arrivée de crues ou de tempêtes par exemple", ajoute-t-elle. L'Armée et Météo France sont donc consultés sur les projets de parcs située dans un rayon de 30 km. Pour éviter toute perturbation, ce périmètre pourrait être étendu jusqu'à 60 km, craignent les syndicats d'énergies renouvelables. S'ENTRAÎNER POUR LA CENTRAFRIQUE Le conflit s'est aggravé depuis un an, avec le durcissement des critères internes de la Défense pour les parcs situés dans ses zones d'entraînement à basse altitude, où les éoliennes sont de plus en plus nombreuses et atteignent 150 mètres de haut. Les avis de l'armée sur les projets de parcs deviennent plus systématiquement négatifs, déplorent les deux syndicats, qui craignent une exclusion totale dans les zones concernées. "Cinquante à 60% du territoire français est impacté soit par la contrainte radar soit par les zones d'entraînement de l'armée de l'air, dans certaines régions cela peut atteindre 80%", estime Sonia Lioret, appelant à trouver "un équilibre". L'éolien est déjà soumis à des "schémas régionaux" qui délimitent les sites où les parcs sont autorisés, en tenant compte notamment du paysage, du patrimoine ou des couloirs de vent. Ces nomenclatures viennent d'être achevées, sans inclure les zones d'entraînement à basse altitude de l'armée. Contactés, les ministères de la Défense et de l'Energie n'ont pas donné suite aux demandes d'information. Interrogé par un député irrité par le blocage d'un projet en Mayenne, le ministère de la Défense soulignait en juillet son devoir de maintenir une "capacité suffisante d'évolution" des avions à basse altitude pour assurer la protection du pays. "Mais aussi (pour) disposer des capacités militaires et du niveau d'entraînement nécessaires pour mener des opérations extérieures, comme lors de nos récents engagements en Libye, au Mali ou en Centrafrique", ajoutait-t-il dans sa réponse écrite. En France, la présence historiquement forte de l'armée en comparaison avec d'autres pays comme l'Allemagne intensifie le conflit d'usage, explique Marion Lettry du SER, précisant que les éoliennes sont aussi plus petites outre-Rhin. "ÉOLIENNES FURTIVES" Pour réduire l'impact des éoliennes sur les radars, l'Ademe (Agence de la maîtrise de l'énergie et de l'environnement) et des constructeurs ont lancé des recherches pour développer des pales furtives - les professionnels préfèrent dire "discrètes". Ces travaux ont longtemps piétiné, pénalisés par le "conservatisme" d'une industrie très compétitive qui ne voulait pas risquer une hausse des coûts ou une variation de la rentabilité des parcs, explique Robert Bellini, de l'Ademe. Finalement, la France inaugurera fin 2015 le premier parc au monde équipé de pales discrètes, indique une porte-parole d'EDF Énergies Nouvelles. La filiale de l'électricien EDF.PA exploitera l'"Ensemble éolien catalan", près de Perpignan, situé à proximité d'un radar Météo France. Leader mondial, le danois Vestas VWS.CO fournira ces pales dont le "signal" radar sera réduit, comme celui des avions de chasse les plus sophistiqués. "Nous avons étudié des solutions innovantes pour le traitement des surfaces, issues de technologies existantes, dérivées d'autres applications, notamment du domaine militaire", explique Nicolas Wolff, directeur général du groupe en France, précisant que la technologie exacte relève du secret industriel. Interrogé sur le marché potentiel, notamment à l'export, il souligne qu'un à deux ans de recherches sont encore nécessaires pour se prononcer mais que presque tous les sites relèveront, comme Perpignan, de la "recherche appliquée". "On ne peut pas considérer de solution générique car chaque radar à ses particularités et dans chaque pays les règles sont différentes", ajoute-t-il, admettant cependant qu'un marché pourrait se dessiner notamment au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. (Edité par Yves Clarisse)


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