Faut-il reconstruire les monuments historiques disparus ?

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EN IMAGES - Hier, les palais et églises de Varsovie, aujourd'hui, le château de Berlin et demain, la flèche de la basilique de Saint-Denis... Nombreux sont les exemples de monuments disparus qui ont été entièrement reconstruits. Le procédé se heurte toutefois à de nombreuses oppositions.

C'est un dossier qui traînait dans les cartons du ministère de la Culture depuis 1992. Après 25 ans d'attente, les élus locaux de Saint-Denis peuvent enfin célébrer leur victoire. Ceux qui se sont battus pour la réinstallation de la flèche de la tombe des rois de France, démontée en 1846 suite à une violente tornade, ont obtenu gain de cause. L'ancien président de la République François Hollande a entériné le projet en mars dernier. Il s'était alors rendu sur place pour poser la première pierre du chantier qui devrait durer sept ans. Les travaux seront entièrement financés par les visites du chantier (un échafaudage de visite sera installé à partir de 2018) et le mécénat.

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Le démarrage des travaux de la flèche intervient quatre ans après le début d'un autre chantier hautement symbolique, situé cette fois-ci de l'autre côté du Rhin. Depuis 2013, l'Allemagne reconstruit en effet le château de Berlin. L'immense édifice, dont la dimension équivaut à celle de deux stades de football, arborera des façades identiques à celle du bâtiment d'origine, détruit 67 ans plus tôt. Le palais des Princes électeurs du Brandebourg, dessiné entre 1699 et 1706 par l'architecte Andreas Schlüter, avait été très endommagé lors de la seconde Guerre mondiale, puis rasé par le régime communiste de la RDA. Si l'extérieur du nouveau château sera de style baroque, l'intérieur sera quant à lui résolument moderne.

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L'initiative rappelle la reconstruction des nombreux monuments de Varsovie après 1945. La capitale de la Pologne avait en effet été détruite à 90% par les bombardements nazis, et certains symboles, comme la grande synagogue du ghetto ou le palais royal avait été dynamité sur ordre d'Hitler. S'en est suivi un long travail de reconstruction, soutenu par toute la société polonaise, pour faire revivre le centre historique de la capitale.

Faire renaître le château de Saint-Cloud et le Palais des Tuileries

En France, le début du chantier de la basilique de Saint-Denis relance les espoirs de certaines associations qui souhaiteraient voir renaître des joyaux architecturaux dont il ne reste rien aujourd'hui. Laurent Bouvet, un habitant de Neuilly-sur-Seine (92), veut ainsi recontruire le château de Saint-Cloud (92) qui s'élevait autrefois aux portes de Paris. Un chantier estimé à près de 185 millions d'euros. Bâti au XVIème siècle, l'édifice est célèbre pour avoir accueilli Philippe d'Orléans, le frère de Louis XIV. Il servit par la suite de résidence à l'empereur Napoléon Bonaparte, et à son neveu Napoélon III, avant d'être sévèrement endommagé par un obus prussien en 1870, puis définitivement rasé en 1892. Consideré à l'époque comme un des plus beaux palais de France, il était surnommé le «Petit Versailles» pour sa beauté et le faste de ses décors intérieurs.

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Des oppositions toujours féroces

La reconstruction des monuments disparus ne fait cependant pas toujours l'unanimité. C'est le cas du château de Berlin. Ce chantier impliquait en effet la destruction d'un autre bâtiment emblématique, le Palais de la République. Construit en RDA, le bloc de béton était le lieu de représentation du régime communiste. Sa démolition a ainsi été interprétée comme une volonté d'effacer définitivement la passé de la ville, et de glorifier le Reich prussien qui avait ouvert la voie au nazisme. Le coût des travaux, estimé à 590 millions d'euros, avait également fait grincer des dents parmi la population, qui redoutait que le chantier ne devienne un nouveau gouffre en termes d'argent public, sept ans après le lancement du chantier apocalyptique du nouvel aéroport de la capitale.

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En France aussi le débat fait rage autour de ce type de projets. La reconstruction de la flèche de la basilique Saint-Denis suscite de nombreuses critiques, notamment de la part de la Commission nationale des Monuments historiques, qui avait rendu un avis défavorable au projet en février dernier. Les critiques s'élèvent notamment contre son coût élevé, qui devrait atteindre 12 à 13 millions d'euros. Pour Didier Ryckner, directeur de la rédaction du magazine La Tribune de l'art et farouche opposant au projet, cette reconstruction est un «gaspillage d'argent public» qui pourrait en effet aller à d'autres cathédrales plus dégradées.

De leur coté, les pouvoirs publics s'opposent le plus souvent aux reconstructions d'édifices disparus. Ainsi, les projets concernant le Château de Saint-Cloud et le Palais des Tuileries ont jusqu'à maintenant toujours reçu une fin de non-recevoir de la part des autorités et du Centre des Monuments nationaux (CMN). Il faudra donc s'armer de patience avant de découvrir un jour (peut-être), les fastes de ces joyaux disparus.

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