"Faut-il faire payer Google ?" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Dominique Roux)

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L'accord trouvé le 2 février évite au moteur de recherche américain une loi sur les droits d'auteurs mais il a vocation à aider la presse française dans sa transition vers le monde numérique rappelle Dominique Roux, membre du Cercle des économistes.

La réponse est évidemment oui ? Mais cette affirmation péremptoire mérite quelques commentaires.

Rappelons que Google est le moteur de recherche le plus important du monde, qui répertorie et classe les quantités d'information qui circule sur le Web. Avec ses concurrents Yahoo, MSN, Bing, Apple, Baidu, etc, il apporte un réel service à tous les internautes en se rémunérant pour 95% par des recettes publicitaires pour atteindre, excusez du peu, un chiffres d'affaires mondial de l'ordre de 50 milliards de dollars en 2012.

Cette réussite exceptionnelle repose d'une part sur une optimisation fiscale remarquable et d'autre part sur une technologie qui permet de fournir des services en utilisant les opérateurs de télécommunications, les fournisseurs d'accès et les créateurs de contenus sans pratiquement rien payer.

Sur le plan fiscal, Google n'a versé au fisc français en 2012 que 5,5 millions d'impôts sur les bénéfices alors qu'il devrait dans des circonstances normales payer au moins trente fois plus. Mais une très grande majorité de son chiffre d'affaires est déclaré en Irlande où l'impôt n'est que de 12,5%. Google retrouve dans ces vertes contrées Apple, Facebook et Microsoft et bien d'autres qui ont compris l'intérêt de ce « havre fiscal ». On ne peut que déplorer cette situation qui a pour cause le manque d'harmonisation fiscale en Europe. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, est au courant puisqu'il a accueilli dans son département Amazon après l'avoir subventionné (4 500 euros par emploi) qui facture une partie de ses prestations au Luxembourg où la TVA est plus faible qu'en France sur certains produits ! Google devrait payer plus, ce qui serait assez normal, mais il faudrait que les responsables politiques prennent alors des mesures en conséquence.

Sur un tout autre plan, Google utilise quasi gratuitement les contenus de la presse et dans ce cas, faut-il qu'il verse des droits d'auteur ? La question est pertinente mais pas simple.

La presse française a vu ses revenus tirés de la publicité diminuer d'1 milliard d'euros en 10 ans et ses dirigeants estiment que c'est en grande partie à cause de la captation de ces recettes par les moteurs de recherche. Pour sa défense, Google considère que grâce à lui cette presse a trouvé une audience inespérée avec les milliards de clics mensuels sur son nom. Il permet aussi d'enrichir les contenus écrits par des images ou des vidéos. En outre, Google comme les autres moteurs de recherche offrent un accès à tous les annonceurs, y compris aux petits ce qui n'est pas possible à des prix raisonnables dans les grands médias comme les télévisions par exemple.

Dans ce contexte, une grande première a eu lieu le 2 février dernier avec la création d'un fonds doté par Google de 60 millions d'euros pour faciliter la transition de la presse française vers le monde numérique. Ce sera du « capital risque » sans remboursement. Un comité sera chargé de choisir les meilleurs projets qui lui seront présentés. Google, en plus du financement des projets innovants, ouvrira aussi ses supports techniques pour aider la presse à entrer dans ce nouveau monde digital.

Google évite grâce à cet accord qu'une loi portant sur les droits d'auteurs soit instituée et consolide ses positions. Il est clair que l'ogre de Mountain View, comme on l'appelle parfois, doit aller plus loin mais avant il faut commencer par faire fonctionner ce partenariat et susciter des projets aussi bien dans les anciens supports de presse que dans les plus jeunes pour que cette initiative permette de révéler de nouveaux talents qui compenseront dans la presse un certain gap technologique.

Dominique Roux


Pour poser vos questions à Dominique Roux, cliquez ici. Il vous répondra mercredi 13 février à 11h.


Dominique Roux est professeur à l'Université de Paris Dauphine et président de Bolloré Télécom, il est également directeur du Master Management des télécommunications et des nouveaux médias et directeur scientifique de la Chaire économie numérique. Docteur en sciences économiques et en sciences de gestion, agrégé de sciences de gestion, Dominique Roux est administrateur de 1000Mercis et ancien membre de l'Autorité française de régulation des télécommunications. Il est l'auteur entre autres dans la collection « Que sais-je ? » des 100 mots de l'internet, et des 100 mots des télécommunications.
Ses principaux domaines d'expertise sont les télécommunications et les nouveaux médias.


Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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