Face aux surcapacités, le secteur automobile en appelle à l'UE

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LE SECTEUR AUTOMOBILE EUROPÉEN EN APPELLE À BRUXELLES
LE SECTEUR AUTOMOBILE EUROPÉEN EN APPELLE À BRUXELLES

par Jennifer Clark

GENEVE (Reuters) - Confrontés à des surcapacités chroniques, les constructeurs automobiles européens en appellent désormais à l'Union européenne pour tenter de résoudre un problème qui plombe leurs résultats et les affaiblit face à une concurrence extra-communautaire de plus en plus présente.

Le président du directoire de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin, a déclaré mercredi que son groupe soutiendrait une action de l'UE pour réduire ces surcapacités de production, estimées à au moins 20% par bon nombre d'analystes et de dirigeants du secteur.

A ses yeux, les responsables européens ont tout intérêt à s'inspirer de l'expérience américaine des dernières années.

"Les politiques doivent soutenir l'industrie quand il faut qu'elle se restructure", a-t-il dit. "Si vous regardez ce qui s'est passé aux Etats-Unis pendant la crise, il y a eu un soutien très fort de la part du gouvernement américain."

L'ACEA, l'Association des constructeurs européens d'automobiles, a débattu lors du salon de Genève des moyens d'accroître ses actions de lobbying en faveur d'une telle action.

"Nous ne pouvons pas continuer éternellement à traiter les problèmes de l'automobile à l'échelon national", a déclaré son secrétaire général, Ivan Hodac, dans un entretien à Reuters. "Il faut une solution à l'échelle de l'UE. Mais ce n'est pas facile."

Une telle stratégie, qu'elle soit calquée sur le modèle du consortium aéronautique EADS ou qu'elle s'inspire de la restructuration du secteur sidérurgique, ne manquerait pas de se heurter à l'opposition de certains gouvernements nationaux soucieux de préserver l'emploi industriel sur leur territoire.

Le problème risque pourtant de s'accentuer suite à l'accord de libre-échange avec la Corée du Sud entré en vigueur en juillet dernier, qui dope les ventes des constructeurs sud-coréens.

Ces derniers ont exporté 438.767 véhicules vers l'UE en 2011 alors qu'il n'en ont importés que 78.762, selon les statistiques officielles. De quoi nourrir les inquiétudes de l'ACEA dans la perspective d'accords similaires entre l'Union et l'Inde, le Japon ou le Mercosur.

"UNE PENTE DANGEREUSE"

"Si nous continuons à ouvrir nos frontières sans avoir la possibilité d'accéder aux marchés des autres pays, nous serons sur une pente dangereuse", explique Ivan Hodac.

L'ACEA n'a pas pour l'instant rédigé de propositions en vue d'un plan pour le secteur, a-t-il ajouté, mais elle a plaidé avec insistance auprès des commissaires européens concernés au cours des derniers jours.

Le président de l'ACEA, Sergio Marchionne, administrateur délégué de Fiat, doit discuter des futurs accords de libre-échange le 20 mars lors d'une rencontre avec le commissaire européen au Commerce, ont précisé des responsables à Genève.

"Marchionne a fait la comparaison avec le secteur sidérurgique. Ce qui serait utile, c'est un assouplissement à l'échelle de l'UE des procédures de licenciement, ce qui réduirait leur coût", explique un analyste qui n'a pas souhaité être identifié.

"C'est un problème qui relève de l'UE parce que l'UE instaure un tas de limites en matière de CO2 qui augmentent les coûts et parce que l'UE négocie des accords commerciaux avec des pays asiatiques. C'est donc à l'UE de déterminer quelles usines doivent être fermées et ensuite d'apporter les financements."

L'annonce la semaine dernière de l'alliance entre PSA et General Motors a bien sûr alimenté le débat, ainsi que les inquiétudes des salariés, qui redoutent des réductions massives d'effectifs.

"Je ne vois pas pourquoi les populations accepteraient mieux de voir leur usine fermer parce que c'est l'Europe qui le leur demande, d'autant que les constructeurs et l'Union ont une part de responsabilité puisqu'ils ont joué sur les disparités entre les coûts du travail en Europe de l'Ouest, du Sud et de l'Est", a déclaré à Reuters Xavier Lelasseux, représentant CFDT chez PSA.

L'EUROPE À LA RESCOUSSE

"Les constructeurs ont utilisé des subventions européennes pour créer des surcapacités, et maintenant ils appelleraient l'Europe à la rescousse pour qu'elle les aide à supprimer des emplois ? Il serait préférable de se battre pour rendre la concurrence plus loyale avec les pays d'Asie."

Une restructuration orchestrée par l'UE permettrait de contourner le risque de voir les aides à la restructuration considérées comme des aides d'Etat, ajoute cet analyste.

Toutefois, tous les membres de l'ACEA ne sont pas convaincus par une telle stratégie.

"Je ne réclame absolument pas des aides publiques", a ainsi déclaré Bernhard Mattes, qui dirige la filiale allemande de Ford. "La restructuration des entreprises doit être menée par les entreprises."

De son côté, Carlos Ghosn, le président de Renault et Nissan, a prédit que les premières mesures de restructuration pourrait ouvrir la voie à une série de fermetures d'usines.

Tous les constructeurs européens souffrent de problèmes de surcapacités, a-t-il dit. "Mais le jour où quelqu'un en Europe pourra se restructurer en profondeur, il obligera tous les constructeurs automobiles à faire de même."

Avec Gilles Guillaume, Laurence Frost, Jan Schwartz, Andreas Cremer et Hunjoo Jin; Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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