Face aux frappes aériennes, l'Etat islamique change de stratégie

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* Moins de barrages depuis le début des frappes * Les djihadistes privilégient la moto pour se déplacer * Se cachent dans des tranchées creusées chez les civils par Raheem Salman et Yara Bayoumy BAGDAD, 26 septembre (Reuters) - Les djihadistes de l'Etat islamique ont entrepris de changer de stratégie face aux frappes aériennes américaines dans le nord de l'Irak, renonçant aux convois de 4x4 trop visibles pour la moto, et cherchant à se fondre dans la population civile, rapportent des témoins. Avec l'intensification des frappes américaines - la France s'est jointe à l'offensive aérienne américaine il y a une semaine - les barrages de djihadistes pour arrêter les "apostats" se font plus rares, de même que l'utilisation des téléphones mobiles. Les djihadistes ont décidé de se scinder en petits groupes pour limiter le nombre de victimes dans leurs rangs. Un chef tribal d'un village au sud de Kirkouk, grande ville du Nord, raconte que les combattants de l'Etat islamique "ont abandonné une de leurs principales bases dans le village" quand ils ont appris que le secteur serait peut-être pris pour cible par les avions des Etats-Unis et de leurs alliés. "Ils ont pris leurs meubles, leurs véhicules et leurs armes. Ils ont ensuite planté des mines dans le sol et détruit la base", explique le cheikh qui a refusé de donner son identité. "Ils ne se déplacent plus en convois militaires comme avant. Ils utilisent à la place des motos, des vélos et, si nécessaire des voitures de camouflage", ajoute-t-il. Les djihadistes ont aussi entrepris de planter leur célèbre drapeau noir sur les toits des bâtiments résidentiels pratiquement vides pour faire croire à leur présence, tout en pariant sur le fait que les avions américains hésiteront à faire des victimes civiles. CAPACITÉ MOINDRE Une frappe aérienne jeudi près de la commune de Bachir, à 20 km au sud de Kirkouk, aurait tué deux chefs locaux de l'Etat islamique alors qu'ils recevaient un groupe de djihadistes de Syrie et de Mossoul, apprend-on auprès des services de renseignements et de source tribale. Les combats en cours rendent impossible la vérification de ces informations. Dans un autre village près de la ville de Haouidja, toujours dans le nord de l'Irak, on raconte que les hommes de l'EI ont renoncé à l'utilisation de convois de véhicules avec mitrailleuses embarquées. On souligne leur nouvelle préférence pour les deux-roues motorisés. D'autant que sur le terrain, si l'armée irakienne est peu efficace, les combattants kurdes peshmergas représentent une menace plus importante pour l'EI. "Ils exécutaient les gens comme on boit de l'eau (...) Maintenant qu'il y a des frappes aériennes très fréquentes, leur capacité est moindre", déclare le cheikh Anouar al Assi al Obeidi, le chef d'une tribu installée à Kirkouk et dans le reste de l'Irak. "Quel que soit l'endroit où ils se cachent, les gens veulent se débarrasser d'eux parce qu'ils ont peur que leurs maisons soient touchées (par les frappes)", déclare le cheikh Obeidi, qui a fui vers la région autonome du Kurdistan cet été après que l'EI eut fait sauter sa maison. En Syrie, fief premier des djihadistes - l'EI contrôle des zones agricoles et pétrolières de l'Est syrien depuis plus d'un an - les islamistes sont passés dans la clandestinité depuis la décision des Etats-Unis de lancer des frappes aériennes. Les combattants de l'EI ont disparu des rues et réduit leur visibilité pour les médias, signalent les habitants. TÉLÉPHONES MOBILES ÉTEINTS Les frappes aériennes semblent les avoir galvanisés dans un premier temps. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 200 combattants ont rejoint l'EI dans la province d'Alep depuis l'annonce de la décision américaine début septembre. Les recrues viennent pour l'essentiel du Front al Nosra, la branche syrienne d'Al Qaïda. ID:nL6N0RR28Q Dans la province irakienne de Diyala, située dans l'Est, un témoin raconte que les frappes aériennes ont contraint les combattants islamistes à réduire le nombre de barrages où les voyageurs devaient présenter leurs papiers. Ces barrages servaient à arrêter ceux que les djihadistes sunnites considèrent comme des "apostats" : les chiites, les policiers et les militaires. "Ils ont aussi augmenté le nombre de leurs bases, raconte le témoin. De deux, elles sont passées à 20, avec seulement trois-quatre personnes dans chacune." A Djalaoula, une localité de la province, un témoin fait état d'une présence réduite de l'EI sur la ligne de front. Ils n'affrontent plus les soldats de l'armée irakienne en grand nombre, dit-il. A Tikrit, au nord-ouest de Bagdad, les djihadistes ont déplacé leurs points de contrôle installés dans les principales artères de la ville pour se replier dans les rues adjacentes, raconte le colonel de la police, Hassan al Djabouri. "Ils ont aussi échangé les voitures dans les zones qu'ils contrôlent et, selon nos renseignements, ils ont tous changé de téléphone mobile. Les appareils sont toujours éteints et les batteries ôtées, sauf quand ils ont besoin de les utiliser", ajoute le colonel. Les djihadistes ont aussi entrepris de creuser des tranchées pour s'y cacher. Ces trous peuvent accueillir à peine deux personnes et sont installés dans les jardins et les arrière-cours des habitants. (Avec Ned Parker; Danielle Rouquié pour le service français)

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  • mlaure13 le mardi 7 oct 2014 à 17:16

    .../...et comme disait Poutine, il faut aller les chercher même dans les chiottes !!!...:-)))