Face au protectionnisme, le Fonds chinois lorgne l'Asie

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LE FONDS SOUVERAIN CHINOIS VA SE CONCENTRER DAVANTAGE SUR L'ASIE
LE FONDS SOUVERAIN CHINOIS VA SE CONCENTRER DAVANTAGE SUR L'ASIE

par Nick Edwards et Kang Xize

PEKIN (Reuters) - Le Fonds souverain chinois, qui gère 482 milliards de dollars d'investissements, se concentrera davantage sur l'Asie pour contrer ce qu'il perçoit comme une montée du protectionnisme en Occident et bénéficier de la forte croissance de la région, a déclaré son PDG, Lou Jiwei, dans une interview accordée à Reuters.

"On assiste à une montée du protectionnisme dans certains pays occidentaux tant dans le commerce que dans les investissements", a-t-il dit en marge du congrès du Parti communiste chinois.

"Par comparaison avec d'autres investisseurs financiers, nous avons le sentiment que les contrôles exercés sur nous sont un peu plus stricts du fait de questions relatives à la sécurité nationale par exemple", a ajouté le président de la China Investment Corporation (CIC), le fonds souverain chinois.

Pékin observe une inquiétude croissante parmi les instances de régulation étrangères dès lors que la CIC s'allie à des firmes chinoises pour faire des acquisitions.

Cette tendance s'est illustrée récemment aux Etats-Unis, où le président Barack Obama a bloqué un projet chinois de construction d'éoliennes dans l'Oregon en invoquant des raisons de sécurité nationale (les sites choisis pour ces parcs éoliens étaient à proximité d'une base de la marine américaine).

Washington a également saisi l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions de la Chine à ses constructeurs et sous-traitants automobiles tandis que la commission du Renseignement de la Chambre américaine des représentants a mis en garde le mois dernier contre la possible utilisation à des fins d'espionnage de routeurs et d'équipements de télécommunications fabriqués par les entreprises chinoises Huawei et ZTE.

De son côté, le Canada a différé à deux reprises déjà une décision sur le projet de reprise de la compagnie Nexen par le groupe chinois CNOOC, le principal producteur chinois d'hydrocarbures offshore, à hauteur de 15 milliards de dollars.

Dans l'interview qu'il a accordée à Reuters, Lou Jiwei prévient que le Fonds chinois ne modifiera pas sa stratégie de partenariats avec des entreprises chinoises aux seules fins de dissiper les craintes des régulateurs étrangers.

"Nous éviterons les investissements dans des pays où nous ne sommes pas les bienvenus. Il y a d'autres endroits pour investir", a-t-il dit.

L'Asie, qui connaît des taux de croissance parmi les plus élevées au monde, est une option privilégiée par le Fonds souverain chinois. Mais la faiblesse des marchés des capitaux dans cette partie du monde complique les investissements, et empêche le CIC d'investir autant qu'il le souhaiterait.

PAS QUESTION D'INVESTIR DANS LE SECTEUR BANCAIRE EUROPÉEN

L'Europe et les Etats-Unis demeurent donc des marchés de choix pour le Fonds chinois, à commencer par la Grande-Bretagne.

"Nous aimons le Royaume-Uni. Il est très ouvert sur son secteur des infrastructures", souligne Lou Jiwei, qui estime que le recours britannique aux capitaux privés pour des projets publics est un modèle que devraient suivre d'autres économies développées.

"Les investissements dans les infrastructures peuvent gonfler la croissance économique et l'emploi et sont en outre budgétairement neutres", explique-t-il.

Interrogé sur les difficultés des économies européennes, le PDG de la China Investment Corporation estime que la clef réside dans un équilibre à trouver entre croissance et rigueur budgétaire, deux priorités contradictoires.

"Le risque de voir la zone euro s'effondrer a aujourd'hui reculé à moins de 20%, mais il est toujours présent", dit-il.

S'il juge l'industrie manufacturière européenne encore compétitive, il exclut en revanche d'investir dans les banques européennes ou dans les dettes souveraines des pays les plus en difficulté de la zone euro. "Nous n'osons pas toucher au secteur bancaire parce que nous ignorons l'étendue de ses problèmes", dit-il.

En 2011, le Fonds chinois a essuyé une perte de 4,3% sur son portefeuille d'actifs internationaux, sur un recul total de ses profits de 6,1%.

"Nous pensons que nous n'enregistrerons pas de pertes à la fin de l'année. Nous sommes plutôt satisfaits de nos performances à ce stade mais nous ne pouvons vraiment pas dire à l'avance si la situation sera aussi bonne à la fin de l'année qu'elle l'est aujourd'hui."

Henri-Pierre André pour le service français

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