Face au dilemme du convoi russe, Kiev accuse Moscou de "cynisme"

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* Kiev n'autorisera pas l'accès à son territoire au convoi * Les combats ont fait plus de 2.000 morts * Le convoi a parcouru environ 500 km * L'Ukraine soupçonne la Russie d'une tentative d'infiltration par Natalia Zinets et Dmitry Madorsky KIEV/VORONEJ, Russie, 13 août (Reuters) - L'Ukraine a réaffirmé mercredi que le convoi d'aide envoyé par la Russie ne serait pas autorisé à entrer sur son territoire et elle a dénoncé le "cynisme sans borne" dont fait preuve le Kremlin avec cette initiative seulement destinée, selon Kiev, à aider les séparatistes pro-russes. L'assistance offerte par les autorités russes intervient au moment où les combats s'intensifient entre armée régulière et insurgés dans l'est de l'Ukraine. Selon un décompte du Haut Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme, le nombre de tués a presque doublé au cours des deux dernières semaines pour dépasser les 2.000 morts. L'agence onusienne précise que plus de 60 personnes ont été tuées ou blessées chaque jour en moyenne entre le 26 juillet et le 10 août. Malgré la dégradation de la situation sur le terrain, les autorités ukrainiennes ne voient pas d'un bon oeil l'assistance offerte par Moscou. Le gouvernement de Kiev et les Occidentaux estiment que l'entrée du convoi de 280 poids lourds partis mardi de la région de Moscou ouvrirait la porte à une infiltration militaire destinée à épauler les séparatistes qui perdent du terrain. "D'abord, ils (les Russes) ont envoyé des chars, des missiles Grad et des bandits pour tirer sur les Ukrainiens et maintenant ils envoient de l'eau et du sel", a commenté le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, lors d'une réunion gouvernementale mercredi. FRÈRES SLAVES Parti mardi matin de la région de Moscou, les camions ont parcouru environ 500 km en direction du Sud et ont rejoint Voronej où ils ont fait escale sur une base aérienne protégée par de hautes barrières, rapporte un journaliste de Reuters. Plusieurs personnes ayant pu pénétrer dans l'enceinte de la base ont signalé la présence de plusieurs dizaines de poids lourds, sans qu'on sache s'il s'agissait de tout le convoi. "Le voyage est long bien sûr", a commenté un chauffeur interrogé par la chaîne de télévision Rossiya-24. "Comment dire ? C'est assez difficile. Mais comment pourrait-on ne pas aider nos frères slaves ? On y est tous favorables". La télévision russe n'aborde pas la question d'une intervention militaire et la Russie ne cesse de répéter qu'elle bénéficie de la coopération de l'Ukraine pour cette opération. Les dernières semaines ont vu l'armée ukrainienne enregistrer une série de succès dans ce que le gouvernement de Kiev qualifie d'offensive anti-terroriste et chasser les rebelles de plusieurs villes qu'ils contrôlaient. Il y a "une tendance claire à l'escalade", a commenté Cécile Pouilly, porte-parole du Haut Commissariat de l'Onu pour les droits de l'homme. Au 10 août, 2.086 personnes avaient été tuées dont des soldats, des insurgés armés et des civils, selon une estimation qualifiée de "prudente". Au 26 juillet, le bilan des morts était de 1.129. CYNISME RUSSE Dans ce contexte, l'envoi d'un convoi humanitaire par la Russie place le gouvernement ukrainien face à un dilemme. D'un côté, l'entrée de ces camions sur son territoire pourrait engendrer des tensions et des conflits et fournir à la Russie le prétexte à une intervention armée. De l'autre, Kiev ne veut pas avoir l'air de refuser une assistance nécessaire et fournir à Moscou des arguments moraux. "Le cynisme russe ne connaît aucune limite", a jugé Arseni Iatseniouk en présentant la situation aux membres de son gouvernement. "Aucun 'convoi humanitaire' de Poutine ne sera admis sur le territoire de la région de Kharkiv. La provocation d'un agresseur cynique ne sera pas autorisée sur notre territoire", a commenté le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov. Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié d'"absurdes" les soupçons entourant le convoi. L'agence de presse RIA indiquait qu'il s'était remis en route mercredi matin pour gagner la ville frontalière de Belgorod, proche de Kharkiv. Pour désamorcer ce qu'ils voient comme un piège, les dirigeants ukrainiens ont expliqué que l'aide russe devrait être débarquée à la frontière puis transférée sur d'autres véhicules sous l'égide de la Croix-Rouge. L'Union européenne a annoncé que la cargaison serait inspectée scrupuleusement. La Russie précise que cette dernière est constituée de 2.000 tonnes d'eau, de nourriture pour enfants et d'autres denrées. Le gouvernement ukrainien a reçu six millions de dollars de la part de ses partenaires, a précisé Iatseniouk, et ce soutien sert à l'envoi de biens de première nécessité aux populations des zones libérées. Les habitants de Donetsk et de Louhansk, deux villes tenues par les séparatistes, souffrent d'importantes pénuries d'eau, de nourriture et d'électricité. (Pierre Sérisier pour le service français)

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