F1: Une bombe incendiaire relance la crainte à Bahreïn

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F1: Une bombe incendiaire relance la crainte à Bahreïn
F1: Une bombe incendiaire relance la crainte à Bahreïn

par Alan Baldwin

MANAMA (Reuters) - L'incertitude entourant la sécurité du Grand Prix de Formule Un de Bahreïn, dimanche, est montée d'un cran jeudi quand des membres de l'écurie Force India ont été la cible d'un cocktail molotov et la police a violemment dispersé une manifestation.

Le royaume du Golfe est en crise depuis que les autorités ont écrasé un soulèvement né du "printemps arabe" l'an dernier, au prix de dizaines de morts et d'arrestations.

Manifestations et arrestations sont quotidiennes et l'opposition menace d'organiser des "jours de colère" pour faire entendre sa voix pendant le Grand Prix, de vendredi à dimanche.

Les autorités, soutenues par les responsables de la F1, ont refusé d'annuler la course comme ils l'avaient fait l'an dernier sous la pression des troubles.

La famille royale Al Khalifa, dynastie sunnite qui dirige un pays à majorité chiite pris entre de puissants voisins que sont l'Arabie saoudite et l'Iran, siège qui plus est de la 5e flotte américaine, voudrait faire de la bonne tenue du Grand Prix une preuve que la situation est redevenue normale.

Les autorités sont jusqu'à présent parvenues à maintenir les manifestants loin du circuit de Sakhir et des hôtels de luxe de Manama où résident les pilotes.

C'est dans ce contexte qu'a eu lieu l'incident du coktail molotov.

PREMIER FORFAIT

Selon la direction du circuit, quatre membres de l'écurie Force India qui faisaient route en voiture entre le circuit et Manama ont été "pris dans un incident isolé impliquant une poignée de participants à une manifestation illégale qui ont fait preuve de violence envers la police".

"Durant cet incident, un cocktail molotov a été jeté près de leur voiture", ajoute un communiqué.

Conséquence de cette affaire, deux membres de l'écurie Force India ont demandé à rentrer chez eux par crainte pour leur sécurité.

Autre signe de tension, l'écurie MRS, inscrite dans la Porsche Supercup, s'est retirée de la course prévue ce week-end, première épreuve de la saison dans la catégorie, sans même venir à Bahreïn et en invoquant des raisons de sécurité.

"C'est la première fois dans l'histoire de notre équipe que nous devons renoncer à une course de la Porsche Supercup", a déclaré le patron de MRS, Karsten Molitor.

A Marama, où les journalistes de F1 sont contraints d'écrire des papiers sur l'agitation politique car leurs collègues non spécialistes de sport n'ont pu obtenir de visa, d'importantes forces de sécurité ont été déployées.

La police a notamment pris position sur les ponts qui relient la capitale au reste du pays et au circuit de Sakhir.

"DES ÉMEUTIERS" ARRÊTÉS

Un photographe de Reuters rapporte que la police a tiré des grenades lacrymogènes et même des cartouches de chasse sur des centaines de manifestants pendant la nuit de mercredi à jeudi dans le village de Saanabis.

Les manifestants criaient des slogans comme "Le peuple veut la chute du régime" ou "A bas, Hamad" en référence au roi Hamad", a-t-il précisé.

Le ministère de l'Information écrit dans un communiqué que de "nombreux émeutiers et vandales ont été arrêtés pour participation à des rassemblements interdits, blocage de routes, mise en danger de la vie d'autrui" mais ne donne pas de chiffre précis.

L'opposition et les groupes de défense des droits de l'homme fixent à au moins 90 le nombre des personnes arrêtées depuis le début de la semaine.

Outre l'avenir du régime, d'énormes sommes d'argent seront en jeu ce week-end car l'argent est roi dans la F1 qui génère deux milliards de dollars de revenus par saison.

L'an dernier, Bahreïn avait dû verser une "commission d'organisation" de 40 millions de dollars malgré l'annulation de la course. Il y a deux ans, le Grand Prix avait entraîné un milliard de dollars de dépenses et attiré 100.000 visiteurs dans le royaume d'1,3 million d'habitants.

Un groupe de parlementaires britanniques a averti les commanditaires de la Formule Un qu'ils risquaient de nuire à leur image en soutenant le Grand Prix de Bahreïn et estime que la course aurait dû être annulée.

"Nous espérons sincèrement que vous allez revoir votre association avec le Grand Prix de Bahreïn et réduire votre sponsoring de la course à Sakhir", écrit Andy Slaughter, président du groupe parlementaire pour la démocratie à Bahreïn.

La lettre a été envoyée à Royal Dutch Shell, Vodafone, Unilever, Total, Siemens, Red Bull, UBS, News Corp, Hugo Boss, Ferrari, ExxonMobil, Deutsche Post et Daimler. Thomson Reuters, compagnie mère de l'agence de presse Reuters, qui sponsorise l'écurie Williams, ne figure pas parmi les destinataires.

Jean-Paul Couret pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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