F1: Benoît Campargue fait le grand écart

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BENOÎT CAMPARGUE, UN COACH MULTIDISCIPLINAIRE
BENOÎT CAMPARGUE, UN COACH MULTIDISCIPLINAIRE

par Chrystel Boulet-Euchin

PARIS (Reuters) - Benoît Campargue donne dans la diversité.

Celui qui fut entraîneur du judoka Teddy Riner, des cadets à son titre olympique des lourds l'an passé, est aujourd'hui le préparateur physique de Louis Rossi, pilote en Moto2 et de Romain Grosjean, pilote de Formule Un.

Cinquante kilos et un peu plus de vingt centimètres séparent Riner des deux autres athlètes mais pour l'ancien champion d'Europe de judo, également passionné de moto, peu importe.

"L'apparence physique, ce n'est pas l'essentiel, ce qui compte pour moi, c'est ce qu'il y a vraiment dans le moteur. Le vrai point commun, c'est l'envie et la volonté de gagner", dit-il dans un entretien à Reuters.

"Mon approche est de ne pas travailler seul. Il y a toujours eu une structure autour. Avec Teddy, de fait, j'étais aussi un peu manager. Dans mon travail, je fais intervenir des spécialistes dès que quelque chose sort de ma compétence."

Après une année de médecine, Benoît Campargue s'est tourné vers la physiologie du sport et la biomécanique, diplôme à la clé, et a passé son professorat de sport. A 48 ans, il continue d'évoluer, d'explorer d'autres champs.

Il a donc quitté le judo - son sport de toujours - et Riner, qui veut encore tout gagner malgré ses cinq titres mondiaux et l'or aux JO de Londres, pour rejoindre d'autres disciplines et des athlètes qui doivent encore faire leurs preuves.

"PAS UN COMMERCIAL"

"Il s'agit de la même démarche, pour moi, que celle d'un athlète avec son entraîneur. A un moment, on atteint une certaine limite, à partir de ce moment-là, il faut changer. Le fait de quitter le judo s'inscrit aussi dans le projet de carrière des athlètes que j'entraîne depuis longtemps. L'athlète a besoin à un moment de changer son environnement", explique-t-il.

"Le cas de Lewis Hamilton, qui a quitté son écurie F1 de toujours pour vivre autre chose, est un cas d'école en sport de haut niveau. Même si c'est un peu moins bien sur le papier au départ, ça s'appelle reculer pour mieux sauter et c'est comme un second souffle. Regardez (le perchiste Renaud) Lavillenie, (le tennisman Jo-Wilfried) Tsonga et d'autres, tous ont cherché à changer des choses dans leur environnement pou mieux redémarrer. C'était important pour moi de me retirer en fin d'olympiade, j'avais prévenu."

Il s'occupe désormais de Romain Grosjean, de l'écurie Lotus, avec qui il a commencé à travailler en avril, prenant sur le peu de jours de congés et les quelques vacances que lui laissait son poste de responsable de l'équipe de France masculine de judo.

Il collabore aussi avec Louis Rossi, pilote en Moto2 (250cc) au sein de l'écurie française TECH 3, un sport que Campargue a lui-même pratiqué à un niveau national au guidon d'une 750cc.

"Tous les athlètes avec qui j'ai ou je travaille m'ont demandé de travailler avec eux. Je n'ai pas été frapper aux portes, je ne suis pas un commercial", tient-il à souligner.

"Le champion, c'est celui qui fait les démarches nécessaires pour évoluer, pas ceux qui se laissent porter par le système."

Si le judo et les sports mécaniques semblent deux univers à des années-lumière l'un de l'autre, ce n'est pas son avis.

"Je veux prouver qu'il y a des choses essentielles qui se retrouvent quelles que soient les disciplines : la démarche, l'envie de réussir, des gens qui sont prêts à prendre des risques quant à leurs engagements, leurs choix, leurs décisions. On ne doit pas faire dans l'ordinaire", dit Benoît Campargue.

"La prise de risques est universelle, quel que soit le sport et pas seulement dans sa dimensions physique. C'est un tout car l'accident arrive quand on est pessimiste et qu'on doute. C'est une question d'état d'esprit."

"ÉVOLUER, PROGRESSER"

"Et c'est la même chose pour un entraîneur. Ça peut être une source de progrès. C'est souvent une source de progrès. A 48 ans, j'ai encore du temps pour chercher à évoluer, à progresser", ajoute-t-il.

Cadre d'Etat, Benoît Campargue est actuellement en "zone de transit" dans l'attente d'une nouvelle mission. "Pour l'instant, j'observe le sport français et ensuite, je prendrai une décision", dit-il.

Il n'en reste pas moins qu'il tiendra ses engagements auprès de Romain Grosjean avec qui il ne travaille que lorsque le pilote est en France. Il ne le suit pas sur les Grands Prix "sauf si une situation exceptionnelle le demande".

Marié et père de deux enfants - sa famille est associée à ses choix de carrière -, Benoît Campargue, qui "pour le plaisir" a recommencé à tourner sur le circuit Carole au guidon de sa grosse cylindrée en 2011 avant les championnats du monde de judo à Bercy, estime avoir "une vie bien remplie" mais ne compte pas s'arrêter là.

"Mon désir est de faire passer un cap aux athlètes Français qui le demandent et quelle que soit la discipline et à partir du moment où ce sont des athlètes engagés. Il faut parfois juste faire tomber des barrières et parfois reconstruire. En France on a un potentiel d'athlètes énorme avec un système et des infrastructures qu'on nous envie. Prenez le tennis, on doit être capable de reconquérir Roland-Garros", affirme-t-il.

"Je suis aussi très attaché au mouvement sportif en général, et le mouvement olympique en particulier. Pourquoi ne pas y participer... Je vais voir. De toute façon, tant qu'il y a de la dynamique, il n'y a pas de lassitude."

Edité par Grégory Blachier

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