Explosions meurtrières devant deux mosquées à Tripoli

le
1
LE BILAN DES EXPLOSIONS À TRIPOLI, AU LIBAN, PORTÉ À 42 MORTS
LE BILAN DES EXPLOSIONS À TRIPOLI, AU LIBAN, PORTÉ À 42 MORTS

par Nazih Saqqiq et Oliver Holmes

TRIPOLI, Liban (Reuters) - Deux attentats à la bombe devant deux mosquées de Tripoli dans le nord du Liban ont fait au moins 42 morts et des centaines de blessés vendredi, nouvelle illustration des répercussions de la guerre civile syrienne au Liban.

Ces déflagrations, les plus spectaculaires et les plus meurtrières à Tripoli depuis la fin de la guerre civile au Liban en 1990, se sont produites à la fin des prières du vendredi, dans la grande ville à majorité sunnite.

Les autorités libanaises ont appelé au calme. Le ministre de la Défense, Fayez Ghosn, a ainsi mis en garde contre le risque d'un bain de sang intercommunautaire. "Nous appelons au calme et à la vigilance, parce que l'objectif de ces attentats est d'attiser les tensions entre les communautés", a-t-il dit à la chaîne d'information LBC.

À Paris, le président François Hollande a déclaré dans un communiqué condamner "avec la plus grande fermeté les attentats odieux et lâches qui ont coûté la vie à de nombreux Libanais aujourd'hui à Tripoli".

"Le Liban ne doit pas se laisser pas entraîner dans une spirale de violence héritée de la crise syrienne", a déclaré de son côté le Quai d'Orsay dans un communiqué.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a condamné le double attentat et appelé le peuple libanais "à faire preuve de retenue, à rester uni, et à soutenir les institutions de son Etat, en particulier les forces de sécurité".

Ces attaques interviennent dans un contexte très tendu dans le pays en raison de la proximité de la guerre civile en Syrie, à laquelle le Hezbollah chiite libanais s'est joint pour combattre les rebelles syriens majoritairement sunnites. Les groupes sunnites radicaux du Liban ont également envoyé des combattants en Syrie.

Il y a une semaine, un attentat à la voiture piégée, revendiqué par un groupe islamiste sunnite, a tué au moins 24 personnes et fait 120 blessés dans l'un des fiefs du mouvement chiite en banlieue sud de Beyrouth.

Vendredi en fin d'après-midi, le bilan des deux attentats se montait à 42 morts et plusieurs centaines de blessés. La Croix-Rouge libanaise a évoqué le chiffre d'un demi-millier de blessés.

La première explosion a touché la mosquée de Taqwa, fréquentée par des fondamentalistes sunnites. L'explosion a fait au moins 14 morts, selon des éléments donnés au début.

Les autres victimes sont déplorées dans l'autre attentat, près de la mosquée d'Al Salam. Selon le ministère de l'Intérieur, la mosquée Salam a été touchée par une voiture bourrée de 100 kilos d'explosifs.

CHAOS

Selon un journaliste de Reuters sur place, l'explosion a laissé un cratère de quatre mètres de diamètre et de 2,5 mètres de profondeur. Le sol de la mosquée était couvert de sang.

Sur une portion de rue de 50 mètres, le sol était noirci par le feu. Des débris de voitures jonchaient le sol.

"Nous étions juste en train de nous incliner pour prier pour la deuxième fois et la bombe est partie. L'air s'est éclairci. J'ai regardé autour de moi et j'ai vu des corps", a déclaré Sami Djadoul, 39 ans.

Sur les images diffusées par les télévisions, des gens couraient dans les rues, certains transportant les corps ensanglantés des blessés.

Près du site de la mosquée Taqwa, des hommes en colère sont descendus dans les rues de Tripoli, tirant des coups de feu en l'air, tandis que d'autres hommes lançaient des pierres aux militaires venus se rendre compte des dégâts.

Un ancien responsable de la sécurité intérieure, Achraf Rifi, dont la maison a été endommagée par l'explosion a estimé que le Liban était menacé par une flambée de violence.

"Nous n'en sommes qu'au début de la tempête et nous devons rester conscients et essayer de protéger ce pays", a-t-il déclaré devant son domicile. "Cette tempête est devenue un énorme, un grave, danger."

Selon des témoins sur les lieux des attentats, les habitants ont laissé éclaté leur colère, accusant le gouvernement syrien et le Hezbollah . Le mouvement chiite a publié un communiqué condamnant les attentats et exprimant sa solidarité avec les victimes.

"Nous considérons ceci comme l'achèvement d'un effort pour plonger le Liban dans le chaos et la destruction", lit-on dans le communiqué.

Salem Al Rafei, l'imam de la mosquée de Taqwa, est un fervent partisan des rebelles sunnites syriens ainsi que des sunnites libanais qui ont rejoint la rébellion anti-Assad en Syrie.

Plusieurs responsables de Tripoli ont demandé dans un communiqué commun au gouvernement libanais de renforcer la sécurité dans leur ville. Le député Mohamed Kabara, qui a lu le communiqué, a accusé le gouvernement syrien d'avoir perpétré les attentats de Beyrouth comme de Tripoli pour faire monter la tension au Liban.

Mariam Karouny et Nazih Saddiq; Clémence Apetogbor, Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • legend22 le vendredi 23 aout 2013 à 22:10

    situation lamentable pour proteger israel