Exclu du FN, Jean-Marie Le Pen reste président d'honneur

le , mis à jour à 18:47
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LE PEN N'EST PAS RÉINTÉGRÉ MAIS RESTE PRÉSIDENT D'HONNEUR
LE PEN N'EST PAS RÉINTÉGRÉ MAIS RESTE PRÉSIDENT D'HONNEUR

PARIS (Reuters) - Le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a validé jeudi l'exclusion de Jean-Marie Le Pen du Front national mais a conforté paradoxalement son statut de président d'honneur qui lui permet de siéger dans les instances dirigeantes.

"Le sens de cette décision est que le Front national est condamné à recevoir Jean-Marie Le Pen dans toutes les instances, sous astreinte de 2.000 euros par infraction constatée", a précisé son avocat Me Frédéric Joachim à Reuters.

Le Front national va "probablement faire appel" sur la partie concernant la présidence d'honneur qui est "quelque peu aberrante", a déclaré sa présidente, Marine Le Pen, à Reuters.

"Il y a une aberration à permettre à quelqu'un qui n'est plus adhérent du parti de participer à ses instances stratégiques", a-t-elle dit à Reuters.

"C'est une victoire totale", s'est félicité pour sa part Jean-Marie Le Pen sur BFM TV en annonçant son intention de siéger aux bureaux exécutif et politique du parti dont il est un co-fondateur dans les années 1970.

Dans un communiqué, l'ancien dirigeant voit dans la décision des juges l'occasion pour le FN et sa fille de "mettre un terme" à un conflit "dommageable à son unité et au succès de ses campagnes électorales".

Jean-Marie Le Pen "demeure investi" de sa qualité de président d'honneur et, "en conséquence", devra être convoqué en qualité de membre de droit de toutes les instances" dirigeantes du parti et pourra y "participer", écrivent les juges dans leur décision, dont Reuters a eu copie.

L'ancien dirigeant du FN a également obtenu 15.000 euros de dommages et intérêts sur les quelque 2 millions d'euros qu'il réclamait pour le "très grave préjudice" porté "à son honneur, sa notoriété, et son action politique".

L'éviction de Jean-Marie Le Pen, âgé de 88 ans, a été prononcée le 20 août 2015 sur l'injonction de sa fille Marine.

NOUVEAU REBONDISSEMENT

Il s'agit du énième rebondissement judiciaire dans la guerre que se livrent le père et la fille depuis un an et demi après les déclarations réitérées du patriarche sur les chambres à gaz et sa sympathie pour le maréchal Pétain.

La justice avait donné raison avant ce nouveau procès à Jean-Marie Le Pen à trois reprises, notamment en suspendant le congrès par correspondance visant à supprimer son statut de président d'honneur, qu'il a donc conservé.

Selon lui, son exclusion aurait dû être prise "au moins par le bureau politique". Or elle a été décidée par un bureau exécutif réduit à quatre personnes, Marine Le Pen et le vice-président du FN Florian Philippot ayant notamment décidé de ne pas prendre part au vote.

Ces derniers mois, Jean-Marie Le Pen avait accentué ses critiques contre la normalisation voulue par la présidente du FN, qui a supprimé toute référence au parti pour sa campagne présidentielle.

Jeudi, il a toutefois jugé "normal" qu'elle choisisse comme logo de campagne une rose bleue "puisqu'elle est candidate à la présidence de la République avec la volonté de dépasser la barre des 50%". "Elle souhaite élargir son propos à une majorité de Français".

Jean-Marie Le Pen, qui a lancé des "Comités Jeanne" avec des dissidents du FN et le Parti de la France de Carl Lang, a affirmé en septembre qu'il entendait peser sur les législatives qui suivront la présidentielle, quitte à affaiblir le FN dans certains secteurs.

Le président d'honneur a annoncé en septembre qu'il comptait distribuer un "label" aux candidats qui lui en feraient la demande.

Selon son collaborateur parlementaire Lorrain de Saint-Affrique, environ 150 circonscriptions seraient déjà couvertes, mais l'objectif serait d'arriver à 400 candidatures.

(Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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