Europe-Les tests bancaires sous-estiment le risque souverain-étude

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* Exposition pondérée des risques de 806 mds pour 64 banques * Les banques les plus exposées sont italiennes et espagnoles * Le risque souverain pris en compte par les tests de résistance par Laura Noonan et Marius Zaharia LONDRES, 10 septembre (Reuters) - Les tests sur la solidité des banques conduits sous l'égide de la Banque centrale européenne (BCE) sous-estiment le risque souverain représenté par les milliards d'euros d'emprunts d'Etat qu'elles détiennent dans leur portefeuille, estiment deux universitaires allemands dans une étude récente. Selon cette étude, les 64 plus grandes banques européennes détiendraient ainsi un total de 806 milliards d'euros d'actifs pondérés des risques liés ou correspondant à des dettes souveraines. Exposition aux risques souverains non pondérés des banques de la zone euro par pays selon les données BCE : http://bit.ly/1qh0NMi La pondération des actifs en fonction des risques a été introduite par les régulateurs internationaux afin de s'assurer que les banques évaluent leur profil de risque réel et disposent de fonds propres suffisants pour faire face aux pertes qui pourraient en résulter. Les banques pourraient ainsi passer avec succès l'examen de la qualité des actifs et les tests de résistance dont les résultats doivent être publiés le mois prochain et "ne pas avoir assez de fonds propres, à tout le moins assez de fonds propres excédentaires (que si le risque souverain était effectivement pris en compte avec une pondération des risques appropriée)", soulignent Sascha Steffen de l'European School of Management and Technology de Berlin et Josef Korte de l'université Goethe de Francfort dont l'étude est à paraître dans le Journal of Financial Economics. Le traitement par l'Union européenne du risque souverain au sein des banques a été critiqué par le comité des régulateurs bancaires internationaux, dit comité de Bâle, dont les règles prudentielles visent à obliger les banques à une évaluation appropriée de leurs risques mais qui les autorisent aussi à considérer la dette souveraine de leur pays comme sans risque. Une position justifiée par le fait qu'un Etat peut toujours dans le principe monétiser sa dette, même si cela n'est pas toujours si simple, en particulier dans un union monétaire comme la zone euro. Les responsables de l'UE, soucieux de l'intégration des marchés de capitaux européens, ont étendu cette règle pour permettre aux banques de traiter l'ensemble des obligations émises par des Etats-membres comme sans risque. Il s'agissait aussi d'encourager les banques à acheter des dettes souveraines afin de permettre aux Etats de bénéficier de sources de financement stables tout en s'assurant que les banques détiennent suffisamment d'actifs liquides, une autre préoccupation des régulateurs. Cela a créé un environnement qui rend le secteur financier plus risqué, estime Steffen. Collectivement, les banques sont trop exposées aux risques souverains en raison des incitations de l'UE mais aussi parce qu'elles "tendent à prendre trop de risques si elles n'ont pas à détenir (...) des fonds propres en rapport avec les risques économiques". Un porte-parole de la BCE a dit que cette dernière n'appliquerait pas de "pondération des risques" aux emprunts d'Etat dans la revue de la qualité des actifs conduite parallèlement aux tests de résistance mais il a ajouté que ces derniers "qui font partie de l'exercice et qui seront pris en compte pour la détermination des besoins de fonds propres des banques, ne considèrent plus les dettes souveraines comme sans risque." Les tests de résistance prendront en compte le risque de pertes potentielles sur des portefeuilles souverains, vérifiant par exemple quel serait l'impact d'une dépréciation de 30% comparable à celle enregistrée par certains obligations grecques lors de la crise des dettes souveraines de la zone euro. L'étude de Korte et Steffen montre que le risque souverain dépasse les frontières nationales. Pour l'échantillon des banques qu'ils ont étudié, environ un tiers des actifs pondérés des risques "non identifiés" correspondent à des investissements dans des dettes souveraines d'autres pays que leur pays d'origine. ITALIE ET ESPAGNE EN PREMIERE LIGNE Un pays peut ainsi se retrouver avec une exposition cachée sur un autre, à l'instar de Chypre dont les banques détenaient un portefeuille de 5,8 milliards d'euros de dettes souveraines grecques, à l'origine de la crise qui l'a obligée à solliciter une aide internationale d'un montant total de 10 milliards d'euros. Les banques dont l'exposition au risque souverain - tel que calculé par Steffen et Korte - est la plus élevée sont italiennes et espagnoles. Sept des 10 banques présentant les expositions les plus élevées se sont refusées à commenter l'étude ou à donner des précisions sur leur portefeuille de dettes souveraines. UniCredit CRDI.MI , qui présente la deuxième exposition la plus élevée selon l'étude, a dit disposer de suffisamment de fonds propres pour couvrir son risque souverain même si elle n'a pas à appliquer de pondération des risques sur ces actifs. "De plus notre portefeuille d'expositions souveraines est bien diversifié géographiquement", a dit la banque. "Cela permet à UniCredit de faire face à n'importe quel scénario de stress sur cette partie du portefeuille avec des niveaux très élevés de confiance." Monte dei Paschi BMPS.MI , en septième position dans le classement des banques les plus exposées aux risques souverains, a dit que son portefeuille de titres d'Etat avait été réduit d'un tiers depuis juin 2013 à 24 milliards d'euros. En Espagne, Caixabank CABK.MC a dit qu'elle considérait la pondération du risque retenue par l'étude pour la dette espagnole comme "plutôt élevée" mais a précisé qu'elle disposait de fonds propres excédentaires pour faire face aux besoins supposés résultant de ces hypothèses. PAS D'ACTIFS SANS RISQUES ? La présidente du conseil de supervision de la BCE a encore déclaré récemment qu'une des leçons de la crise financière est qu'il n'y avait pas d'actifs véritablement sans risque. "Même les obligations d'Etat ne sont pas sans risque. Nous devons en tirer les conséquences dans la réglementation européenne aussi rapidement que possible", a déclaré Danièle Nouy dans un entretien récent au quotidien estonien Aripaev. Un point de vue que ne partage pas Nicolas Veron, spécialiste de la réglementation bancaire pour le centre de réflexion Bruegel et le Perterson Institute. "Le risque souverain n'existe plus au sein de la zone euro. Il n'y aura plus jamais de défaut d'un émetteur souverain après la Grèce, qui était un cas exceptionnel. Les écarts de rendement ont diminué par que le consensus de marché est qu'en cas d'un éventuel problème d'un émetteur souverain, les gouvernements trouveront le moyen de le renflouer", a-t-il dit. Considérer les dettes souveraines comme sans risque répond à un autre objectif , souligne aussi Nick Gartside, responsable des investissements internationaux de JP Morgan Asset Management. "Il faut un actif sans risque comme base d'évaluation des autres actifs et les emprunts d'Etat sont le point de départ", rappelle-t-il ajoutant que les gouvernements des pays développés ont généralement une volonté et une capacité fortes de rembourser leurs dettes. (avec Jan Strupczweski et Paul Taylor, Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique Tison)


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