Eurogroupe, FMI et BCE se séparent sans accord sur la Grèce

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PAS D'ACCORD SUR LA GRÈCE ENTRE L'EUROGROUPE, LA BCE ET LE FMI
PAS D'ACCORD SUR LA GRÈCE ENTRE L'EUROGROUPE, LA BCE ET LE FMI

par Andreas Rinke et Jan Strupczewski

BERLIN/BRUXELLES (Reuters) - L'Allemagne a fait état mercredi de la persistance de désaccords profonds sur le dossier grec entre ministres des Finances de la zone euro et représentants du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE), tout en disant espérer un accord lundi.

Les représentants des différentes composantes de la "troïka" des créanciers d'Athènes se sont séparés mercredi matin sans avoir trouvé d'accord sur les moyens à mettre en oeuvre pour réduire la dette grecque à un niveau soutenable de 120% du produit intérieur brut (PIB).

Après près de douze heures de négociations, ils ont dû se résoudre à prévoir une nouvelle réunion, la troisième du mois, lundi prochain, afin d'obtenir le consensus nécessaire au versement d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce.

"Il n'y a pas de désaccord politique majeur", a affirmé à l'issue de la réunion Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. "Nous sommes près d'un accord, mais des vérifications techniques doivent être menées, des calculs financiers doivent être effectués."

Le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, a appuyé ces propos sur Europe 1 : "Nous sommes à un cheveu d'un accord, je suis très confiant que nous y parviendrons lundi".

Si la chancelière allemande Angela Merkel a jugé un tel accord "possible" devant la presse, son ministre des Finances Wolfgang Schäuble s'est montré plus prudent lors d'une intervention à huis clos devant les députés.

Selon une source qui a assisté à cette réunion, le ministre a expliqué que les principaux différends portaient sur les moyens à mettre en oeuvre pour fournir à Athènes un financement supplémentaire de 14 milliards d'euros en 2014 et pour rendre la dette grecque soutenable - dont un éventuel report de 2020 à 2022 de l'objectif de réduction du déficit à 120% du PIB.

RENFORCEMENT DU FESF?

Intervenant devant les députés après son ministre, Angela Merkel a jugé que les besoins de financement de la Grèce pourraient être satisfaits grâce à une baisse des taux d'intérêts combinée à un renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF), selon un participant.

Elle a évoqué la possibilité d'augmenter de dix milliards d'euros les garanties du fonds de sauvetage européen pour permettre à Athènes de se financer jusqu'en 2016, assurant que Berlin assumerait sa part.

Ces délais supplémentaires ne sont pas du goût du Premier ministre grec Antonis Samaras, qui a dû reporter un voyage au Qatar prévu la semaine prochaine pour discuter des opportunités d'investissements en Grèce.

"La Grèce a fait ce qu'elle avait promis. Nos partenaires et le FMI doivent faire de même. Des difficultés techniques pour trouver une solution technique ne justifient aucun manquement ou délai (pour le versement de l'aide)", a-t-il insisté.

Le Premier ministre grec doit s'entretenir avec Jean-Claude Juncker jeudi à Bruxelles avant le sommet européen, a annoncé son porte-parole.

Selon un document rédigé en vue du sommet et consulté par Reuters, ramener la dette grecque à 120% du PIB d'ici 2020 supposerait que les pays de la zone euro acceptent de passer en perte une partie de leurs prêts à Athènes, ce que refusent l'Allemagne et d'autres membres de la zone euro.

"(Une décote) aurait trois conséquences que nous jugeons mauvaises", a déclaré Norbert Barthle, député membre du parti d'Angela Merkel de l'union chrétienne démocrate (CDU) sur une radio allemande.

"D'abord, cela coûterait de l'argent. Ensuite, cela enverrait un signal désastreux à l'Irlande, au Portugal voire à l'Espagne, qui se demanderaient immédiatement pourquoi eux doivent accepter de mettre sur pied de difficiles mesures (d'austérité)(...) et cela aurait des conséquences sur la règle budgétaire."

"Une décote sur la dette est peut-être la solution la plus confortable et la plus facile pour le pays en difficulté (...) mais notre objectif doit être de combattre l'endettement", a-t-il insisté.

LA ZONE EURO DÉTERMINÉE

Pour éviter ce genre de mesure, peut-on lire dans le document rédigé en vue du sommet, "on pourrait envisager de repousser le délai pour la soutenabilité de la dette à 2022, date à laquelle on peut attendre un retour du ratio d'endettement de la Grèce à 120% de son PIB".

Jean-Claude Juncker s'est prononcé la semaine dernière pour repousser à 2022 le délai de soutenabilité de la dette, mais Christine Lagarde, directrice du FMI, souhaite conserver l'horizon 2020.

Parmi les principales mesures envisagées pour réduire la dette grecque dans les délais les plus courts, figure un plan qui permettrait à la Grèce de racheter des obligations à prix réduit par rapport à leur valeur nominale, auprès de créanciers privés.

Les ministres de la zone euro ont également évoqué l'octroi d'un moratoire à la Grèce sur le paiement des intérêts sur environ 130 milliards d'euros de prêts consentis par le Fonds européen de stabilité financière.

La large gamme d'options évoquées mardi montre la détermination de la zone euro pour trouver une solution alors que la question de la dette grecque traîne depuis maintenant trois ans.

La Grèce a obtenu en février un second plan de sauvetage sous la houlette de la "troïka", mais, depuis, deux scrutins législatifs et la dégradation de la situation économique ont perturbé la mise en oeuvre des réformes et l'assainissement des finances publiques, ce qui a conduit en juin à un gel de l'aide prévue.

L'Eurogroupe par la voix de Jean-Claude Juncker a depuis jugé que la Grèce avait "fait ce qu'il fallait" en donnant depuis l'été des gages de sa détermination à mettre en oeuvre une série de réformes économiques précises.

Avec Alexandra Hudson, Michelle Martin et Madeline Chambers à Berlin, Maria Paravantes à Athènes, Marc Angrand, Julien Dury, Tangi Salaün pour le service français, édité par Catherine Monin

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  • M2725172 le mercredi 21 nov 2012 à 14:47

    M. Cédric,savez vous la perte brute encaissée par les banques sur la Grèce ?Si manipulation il y a eu, c'est bien celle des comptes publics grecs qui a trompé tous les prêteurs.BO

  • cedricdz le mercredi 21 nov 2012 à 13:59

    "L'allemagne à raison" les vrais responsables de cette crise issus de spéculations et manipulations de marché doivent être protégés et renflouer à volonté sans contre-partie. En revanche tout le reste on peu y aller et en réclamer toujours plus..

  • M3546076 le mercredi 21 nov 2012 à 13:49

    L' Allemagne a raison. Les dirigeants français ne défendent pas assez le contibuable ( engagé à hauteur de 21% dans les mécanismes de sauvetage ).La contrepartie a exiger d'une personne surendettée demandant un rééchelonnement : vendre quelques actifs et ne pas se contenter de promesses sur la réduction des dépenses dont le passé a montré ce qu'elles valent. Il doit y avoir combinaison des deux.BO

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