Euro: Steven Gerrard doit enfin faire surface

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Euro: Steven Gerrard doit enfin faire surface
Euro: Steven Gerrard doit enfin faire surface

par Martyn Herman

LONDRES (Reuters) - Steven Gerrard est sans conteste un des joueurs les plus doués d'Europe, où sa vision du jeu, la formidable précision de son pied et son instinct du buteur lui valent le respect de tous.

Le capitaine de Liverpool sera à l'Euro celui de l'équipe d'Angleterre, avec laquelle il approche des cent sélections et dont il a déjà fièrement porté le brassard à plusieurs reprises.

Mais ce tableau idyllique est noirci par l'indéniable échec de sa carrière internationale. Gerrard, 32 ans, n'a encore rien laissé d'autre que ses buts et son dévouement à la sélection.

L'Euro qui débute vendredi est sans doute sa dernière chance de donner un trophée à son pays.

Archétype de ces joueurs que les Anglais appellent "box-to-box" ("surface à surface"), capables d'anéantir les offensives adverses aussi bien que de donner l'assaut, Steven Gerrard collectionne les louanges depuis près de quinze ans.

La lecture de son palmarès n'en dit pas autant. Il a emmené Liverpool à une invraisemblable victoire en Ligue des champions en 2005 -menés 0-3 à la mi-temps par le Milan AC, les Reds l'emportèrent aux tirs au but-, mais n'a jamais été champion d'Angleterre avec son club de toujours.

Sous le maillot aux trois lions, le bilan est encore plus famélique. Estimé par tous ses sélectionneurs, Gerrard n'a jamais donné le meilleur de lui-même en équipe nationale.

Les blessures y ont contribué, le privant notamment de la Coupe du monde 2002, mais elles n'expliquent pas tout.

Quelques éclairs illuminent ses sorties, comme ce but lors d'une victoire 5-1 en Allemagne en 2001, en qualifications pour le Mondial suivant.

Les autres de ses 19 buts en 92 sélections ont rarement été inscrits contre des rivaux prestigieux. Le total lui-même est faible au regard de ses statistiques avec les Reds.

TROP POLYVALENT

Gerrard n'est le seul à avoir déçu avec l'Angleterre. La dite "génération dorée" des David Beckham, Frank Lampard ou autres Paul Scholes, tant de fois couronnée en club, est allée de flops en flops, leur talent se figeant sous le maillot national.

Le milieu des Reds a en outre une excuse, car il a sans doute payé au prix fort sa polyvalence.

Milieu offensif axial, attaquant de soutien ou placé sur un côté, Steven Gerrard a sans cesse dû s'adapter, les sélectionneurs usant de tous les artifices pour tenter d'associer les vedettes du football anglais.

Il n'a ainsi jamais pu ou su être ce joueur décisif dans les grandes occasions. A l'Euro 2000, il n'est entré en jeu qu'une fois. Quatre ans plus tard, son apport fut minimal.

La Coupe du monde 2006 aurait pu être celle d'un Gerrard enfin consacré. Mais, meilleur buteur de son équipe, il a raté son tir au but dans une séance fatale en quart de finale contre le Portugal.

En Afrique du Sud il y a deux ans, il était déjà capitaine. L'Angleterre sortit sur une débâcle 1-4 dès les huitièmes contre l'Allemagne.

Harry Redknapp, longtemps pressenti pour succéder à Fabio Capello à la tête de la sélection, disait voir en Gerrard le leader naturel de l'équipe. Roy Hodgson, finalement nommé à ce poste, en a fait son capitaine.

En l'absence de Frank Lampard et du milieu d'Arsenal Jack Wilshere, blessé, Gerrard doit prendre les clés du milieu. La suspension de Wayne Rooney pour les deux premiers matches l'impose en outre comme l'atout offensif anglais numéro un.

Revenu en forme après une année 2011 gâchée par les blessures, Gerrard joue son va-tout dans cet Euro. Il en va du souvenir qu'il laissera à ses supporters et, plus simplement, de l'avenir de l'Angleterre dans cet Euro.

Gregory Blachier pour le service français

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