Euro: Nani sort de l'ombre

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Euro: Nani sort de l'ombre
Euro: Nani sort de l'ombre

par Simon Evans

DONETSK, Ukraine (Reuters) - Cristiano Ronaldo attire sur lui toute l'attention des médias et des supporters, qui oscillent entre l'éloge et la moquerie, si bien qu'on en oublierait presque que le Portugal compte dans ses rangs d'autres joueurs de talent, à commencer par Nani.

Si les joueurs de Paulo Bento veulent faire vaciller l'Espagne sur son trône de championne d'Europe et du monde, mercredi en demi-finale de l'Euro, ils devront aussi miser sur les courses foudroyantes de son ailier de 25 ans.

Pourtant, rien ne prédestinait le natif du Cap-Vert à porter sur ses épaules une partie des espoirs portugais.

Aujourd'hui, il est le pendant indéboulonnable de Cristiano Ronaldo sur le flanc droit et fait valoir sa capacité de percussion et sa technique balle au pied.

Mais il a suivi un itinéraire tourmenté avant d'atteindre le plus haut niveau mondial.

Dans le passé, Nani a pu agacer ses entraîneurs pour sa tendance à se précipiter seul vers les buts adverses, quitte à oublier des coéquipiers mieux positionnés. Mais il a su, au fil des ans, gommer son individualisme et modifier son jeu pour se métamorphoser en créateur au service de son équipe.

Tout comme Alex Ferguson a dû attendre pour tirer le meilleur de lui à Manchester United, le Portugal a dû faire preuve de patience avant de voir éclore son talent.

Paulo Bento a ainsi récolté les fruits d'une relation longue de plusieurs années avec le joueur, qu'il a découvert lorsqu'il entraînait l'équipe de jeunes du Sporting Portugal.

"C'ÉTAIT VIOLENT"

"Il est l'une des principales raisons pour lesquelles j'en suis arrivé là, parce qu'il m'a ouvert les portes et m'a ouvert les yeux. Il m'a fait prendre conscience que je me trompais souvent dans mes choix", a reconnu Nani la semaine dernière.

"Il m'a fait comprendre que si je voulais arriver où j'en suis aujourd'hui, je devais modifier certaines choses. Il a cru en moi".

Avant d'être repéré par le Sporting, Nani a connu une enfance mouvementée dans un quartier difficile de la banlieue de Lisbonne, où sa famille a trouvé refuge en venant du Cap-Vert.

"Ce n'était pas évident de vivre là-bas, il y avait toujours des problèmes avec la police et des fusillades. C'était violent. Je formais une bande avec des copains, et nous traînions ensemble quand on était jeune. Aujourd'hui, certains de ces gars sont en prison", a confié Nani.

"Le football était le seul moyen de s'en sortir."

Si Nani peut aujourd'hui faire éclater sa classe sur la scène internationale, c'est en partie grâce au Real Massama, le club local, qui l'intégra à son centre de formation, lui assurant ainsi un minimum de sécurité.

Cette découverte fait aujourd'hui la joie des supporters du Portugal et de Manchester United, mais aussi du trésorier du Real Massama, qui a empoché 5% des 25,5 millions d'euros versés par Manchester United au Sporting pour son transfert en 2007.

Jeudi dernier, c'est une passe de Nani à Joao Moutinho qui a débouché sur le but de Cristiano Ronaldo en quart de finale face à la République tchèque.

Simon Carraud pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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