Euro: l'UE reste divisée sur les matches en Ukraine

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par Sebastian Moffett et Justyna Pawlak

BRUXELLES (Reuters) - L'Union européenne n'est pas parvenue lundi à s'entendre sur un éventuel boycott au niveau ministériel des matches de l'Euro de football prévus en Ukraine en juin.

Réunis à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept ont cependant reporté la ratification d'un accord d'association avec l'Ukraine afin de protester contre la situation des droits de l'homme dans ce pays, notamment en ce qui concerne le sort réservé à l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko.

Catherine Ashton a annoncé qu'une décision commune sur l'envoi de représentants gouvernementaux en Ukraine durant l'Euro, qui débute le 8 juin, était reportée. Les dirigeants européens espèrent qu'une réunion prévue mardi avec le Premier ministre ukrainien, Mikola Azarov, permettra d'enregistrer des progrès.

"Nous (...) réfléchirons aux suites à donner à la lumière des développements en Ukraine", a déclaré la haute représentante de l'UE pour les affaires extérieures, en soulignant que le sort réservé à Ioulia Timochenko était d'une importance primordiale.

"Garantir que justice soit faite est au coeur des valeurs de l'Union européenne", a-t-elle ajouté.

Plusieurs dirigeants européens critiquent vivement le traitement qu'a réservé le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch à l'ancien Premier ministre, condamnée en octobre dernier à sept ans de prison pour abus de pouvoir, et certains menacent de boycotter la compétition.

Ioulia Timochenko accuse ses gardiens de prison de l'avoir battue et elle vient d'observer pendant trois semaines une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention.

ÉLECTIONS EN OCTOBRE

Deux lignes s'affrontent au sein de l'UE: certains souhaitent punir l'Ukraine pour son bilan en matière de respect des droits de l'homme; d'autres préfèrent préserver les relations avec l'Ukraine afin de la faire évoluer vers des pratiques conformes aux normes européennes.

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié jeudi l'Ukraine de "dictature" et l'a assimilée à la Biélorussie, l'un des pays les plus isolés et les plus autoritaires d'Europe.

L'Allemagne, dont l'équipe nationale joue le 9 juin à Lvov, n'a pas dit si elle enverrait des responsables politiques pour cette rencontre. En général, les hauts responsables ne se déplacent qu'en cas de qualification de l'équipe pour les demi-finales ou la finale, fait-on remarquer à Berlin.

Les Pays-Bas, eux, n'enverront pas de représentant lors du premier match des Orange à Kharkov le 9 juin.

La Commission européenne ne se fera pas non plus représenter en Ukraine.

La Pologne, qui organise l'Euro 2012 avec l'Ukraine, a exhorté Kiev à supprimer la législation qui autorise l'emprisonnement de responsables politiques pour des décisions prises lorsqu'ils étaient au pouvoir, comme dans le cas de Timochenko, condamnée pour un contrat gazier passé avec Moscou.

Mais Varsovie s'oppose à un boycott du tournoi.

L'UE a achevé en mars l'élaboration technique d'un accord d'association avec l'Ukraine, destiné à renforcer la coopération économique et politique avec ce pays aussi tourné vers la Russie.

Catherine Ashton a précisé que le déroulement des élections législatives prévues en octobre en Ukraine figurerait parmi les critères observés avant de ratifier cet accord d'association. Les deux principaux partis d'opposition ont scellé une alliance pour ce scrutin.

"Nous souhaitons le ratifier mais l'Ukraine doit montrer qu'elle vit conformément à l'esprit de cette association politique", a-t-elle dit. "Le déroulement de la campagne électorale et du vote sera essentiel dans notre évaluation de ces élections."

Jean-Stéphane Brosse et Bertrand Boucey pour le service français

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